Démonstration

Guide AI Act · Étape 2

Les niveaux de risque de l'AI Act : classer chaque système d'IA

Une fois l'inventaire dressé, chaque système se range dans l'un des niveaux de risque du règlement. C'est ce classement qui dit quelles obligations s'appliquent, et à partir de quand. Ce chapitre passe en revue les quatre niveaux et le régime à part des modèles d'IA à usage général.

Mis à jour le · 9 min de lecture

Interdictions
Article 5, depuis le 2 février 2025
Haut risque
Article 6, annexes I et III
Transparence
Article 50, depuis le 2 août 2026
IA à usage général
Articles 51 à 55, depuis le 2 août 2025
Chapitres du guide
  1. Le règlement sur l'IA
  2. Système d'IA et inventaire
  3. Niveaux de risque
  4. Fournisseur et déployeur
  5. Exigences et marquage CE
  6. Gouvernance et maîtrise de l'IA
  7. Surveillance et sanctions
  8. Glossaire

En bref

  1. Le règlement gradue les obligations selon le risque pour la santé, la sécurité et les droits fondamentaux : interdit, haut risque, transparence, risque minimal.

  2. Un système est à haut risque s'il est le composant de sécurité d'un produit réglementé de l'annexe I soumis à une évaluation par un tiers, ou s'il sert dans l'un des huit domaines de l'annexe III (emploi, éducation, crédit, biométrie…).

  3. Un usage de l'annexe III peut échapper au haut risque s'il ne pèse pas réellement sur la décision (article 6, paragraphe 3), mais jamais s'il réalise un profilage des personnes. Le fournisseur doit alors documenter son analyse et enregistrer le système.

  4. Les modèles d'IA à usage général relèvent d'un régime propre, plus lourd pour ceux qui présentent un risque systémique (présumé au-delà de 10 puissance 25 opérations de calcul pour l'entraînement).

Quatre niveaux, plus l'IA à usage général

On représente souvent l'approche du règlement par une pyramide : plus on monte, plus le risque est élevé et plus les obligations sont lourdes. Un même système peut cumuler deux régimes : un agent conversationnel qui sert aussi à présélectionner des candidats est à la fois soumis à la transparence et au haut risque.

Une pyramide en quatre étages. Au sommet, en rouge, « Interdit (article 5) ». Puis « Haut risque (article 6, annexes I et III) », « Transparence (article 50) » et, à la base, « Risque minimal ». À côté, une colonne à part « Modèles d'IA à usage général (articles 51 à 55) ». Les systèmes du Groupe Ardent viennent se poser à leur étage : l'option d'analyse des émotions en entretien est barrée au sommet, le logiciel de présélection et le projet de suggestion des promotions se placent au haut risque, l'agent conversationnel du site carrières à la transparence, l'assistant de rédaction des offres au risque minimal.
Les niveaux de risque de l'AI Act et le classement des systèmes d'IA du Groupe Ardent (exemple fictif).

Les pratiques interdites (article 5)

Depuis le 2 février 2025, l'article 5 interdit de mettre sur le marché, de mettre en service ou d'utiliser des systèmes d'IA pour :

  • manipuler les personnes par des techniques subliminales, délibérément manipulatrices ou trompeuses, au point d'altérer leur comportement et de causer, ou de risquer de causer, un préjudice important ;
  • exploiter les vulnérabilités liées à l'âge, au handicap ou à une situation sociale ou économique particulière, avec le même effet ;
  • pratiquer la notation sociale qui conduit à un traitement défavorable sans rapport avec le contexte des données, ou disproportionné ;
  • prédire le risque qu'une personne commette une infraction uniquement à partir de son profilage ou de ses traits de personnalité ;
  • constituer ou enrichir des bases de reconnaissance faciale par moissonnage non ciblé d'images sur internet ou de vidéosurveillance ;
  • déduire les émotions d'une personne sur le lieu de travail et dans les établissements d'enseignement, sauf pour des raisons médicales ou de sécurité ;
  • pratiquer la catégorisation biométrique pour déduire l'origine, les opinions politiques, l'appartenance syndicale, les convictions religieuses ou philosophiques, la vie ou l'orientation sexuelles ;
  • utiliser l'identification biométrique à distance en temps réel dans l'espace public à des fins répressives, hors exceptions strictement encadrées.

L'omnibus ajoute deux interdictions, applicables à partir du 2 décembre 2026 : les systèmes qui génèrent ou manipulent des images, vidéos ou sons réalistes à caractère intime ou sexuellement explicite d'une personne identifiable sans son consentement, et ceux qui génèrent des contenus pédocriminels. La Commission a précisé la portée des interdictions initiales dans des lignes directrices publiées le 4 février 2025, non contraignantes.

Les systèmes à haut risque (article 6)

L'article 6 prévoit deux voies, détaillées dans notre article systèmes d'IA à haut risque : êtes-vous concerné ? :

  • Voie 1, l'annexe I : le système est un produit, ou le composant de sécurité d'un produit, couvert par une législation d'harmonisation de l'Union (jouets, ascenseurs, équipements radio, dispositifs médicaux…) et ce produit doit passer une évaluation de conformité par un tiers. Ces systèmes relèvent du haut risque à partir du 2 août 2028.
  • Voie 2, l'annexe III : le système est destiné à l'un des usages listés dans huit domaines sensibles. Ces systèmes relèvent du haut risque à partir du 2 décembre 2027.
Les huit domaines de l'annexe III
PointDomaineExemples d'usages visés
1BiométrieIdentification biométrique à distance, catégorisation biométrique, reconnaissance des émotions, là où le droit les permet.
2Infrastructures critiquesComposants de sécurité de la gestion du trafic routier ou de la fourniture d'eau, de gaz, de chauffage ou d'électricité.
3Éducation et formation professionnelleAdmission, évaluation des acquis, orientation, surveillance des examens.
4Emploi et gestion des travailleursRecrutement et sélection (annonces ciblées, analyse et filtrage des candidatures, évaluation des candidats) ; décisions de promotion, de licenciement, d'attribution des tâches ; suivi des performances.
5Services essentiels privés et publicsAccès aux prestations publiques, évaluation de la solvabilité, tarification de l'assurance vie et santé, tri des appels d'urgence.
6RépressionÉvaluation de risques, fiabilité des preuves, profilage dans les enquêtes, là où le droit les permet.
7Migrations, asile, contrôle aux frontièresExamen des demandes, évaluation des risques, détection des personnes.
8Justice et processus démocratiquesAide à l'interprétation des faits et du droit par une autorité judiciaire, influence sur une élection.

L'exception de l'article 6, paragraphe 3

Un système de l'annexe III n'est pas à haut risque s'il ne présente pas de risque important de préjudice, notamment parce qu'il n'influence pas sensiblement le résultat de la décision. C'est le cas s'il remplit au moins l'une de ces conditions :

  • il exécute une tâche procédurale étroite (convertir des documents, classer des pièces par catégorie, détecter des doublons) ;
  • il améliore le résultat d'une activité humaine déjà réalisée ;
  • il détecte des schémas de décision ou des écarts par rapport à des décisions antérieures, sans remplacer l'évaluation humaine ni l'influencer sans contrôle humain ;
  • il exécute une tâche préparatoire à une évaluation.

Mais un système de l'annexe III qui réalise un profilage de personnes physiques est toujours à haut risque. Le règlement reprend la définition du RGPD : un traitement automatisé qui évalue des aspects personnels, comme le rendement au travail, la fiabilité ou le comportement. Le fournisseur qui estime son système hors du haut risque doit documenter son analyse avant la mise sur le marché et enregistrer le système dans la base de données de l'Union (article 6, paragraphe 4, et article 49, paragraphe 2).

Les obligations de transparence (article 50)

Depuis le 2 août 2026, quatre situations imposent d'informer les personnes, au plus tard lors de la première interaction ou exposition :

SituationQui doit agirCe qu'il faut faire
Système qui dialogue avec des personnes (agent conversationnel)FournisseurLe concevoir pour que les personnes sachent qu'elles échangent avec une IA, sauf si c'est évident.
Système qui génère des sons, images, vidéos ou textesFournisseurMarquer les contenus produits dans un format lisible par machine. Les systèmes mis sur le marché avant le 2 août 2026 ont jusqu'au 2 décembre 2026.
Reconnaissance des émotions ou catégorisation biométrique (là où elles sont permises)DéployeurInformer les personnes exposées du fonctionnement du système.
Hypertrucage, ou texte publié pour informer le public sur des questions d'intérêt publicDéployeurIndiquer que le contenu a été généré ou manipulé par une IA. Pour le texte, l'obligation tombe s'il a été relu par une personne qui en assume la responsabilité éditoriale.

Le risque minimal

Filtres antispam, correcteurs, aides à la rédaction, recommandations de contenus sans enjeu : la plupart des systèmes n'ont aucune obligation propre au titre de l'AI Act. Il reste deux points. La maîtrise de l'IA (article 4) vaut pour tout système, quel que soit son niveau de risque. Et le classement « minimal » doit être revu si l'usage change : un assistant de rédaction utilisé pour noter des candidats ne serait plus minimal.

Les modèles d'IA à usage général

Un modèle d'IA à usage général est un modèle capable d'exécuter un large éventail de tâches distinctes et d'être intégré dans de nombreux systèmes, comme les grands modèles de langage. Depuis le 2 août 2025, leurs fournisseurs doivent tenir une documentation technique, informer les fournisseurs qui intègrent le modèle, appliquer une politique de respect du droit d'auteur et publier un résumé des contenus d'entraînement (article 53). Les modèles mis sur le marché avant cette date ont jusqu'au 2 août 2027.

Un modèle est présumé présenter un risque systémique quand l'entraînement a demandé plus de 10 puissance 25 opérations en virgule flottante (article 51) ; il doit alors être évalué, ses risques atténués, ses incidents graves signalés et sa cybersécurité assurée. La Commission a publié le 10 juillet 2025 un code de bonnes pratiques volontaire, en trois chapitres (transparence, droit d'auteur, sûreté et sécurité), dont le respect permet de démontrer la conformité.

Pour une entreprise utilisatrice, ces obligations pèsent sur le fournisseur du modèle, pas sur elle. Elles ont pourtant un intérêt pratique : la documentation que ce fournisseur doit remettre alimente vos propres analyses de risques et vos questionnaires fournisseurs. Et si vous construisez vous-même un système sur un tel modèle, c'est le classement de votre système qui compte.

Fil rouge : le classement du Groupe Ardent

Groupe Ardent (exemple fictif) : classement des cinq systèmes d'IA retenus
SystèmeClassementRaisonnement
Logiciel de présélection des candidaturesHaut risque (annexe III, point 4 a)Il analyse, filtre et classe les candidatures. Classer des candidats évalue des aspects personnels : c'est un profilage, donc l'exception de l'article 6, paragraphe 3, ne peut pas jouer.
Projet de suggestion des promotionsHaut risque (annexe III, point 4 b)Il pèse sur des décisions de promotion et évalue la performance des salariés.
Option d'analyse des expressions en entretien vidéoÉcartéeElle vise à déduire des émotions à partir du visage. La déduction des émotions sur le lieu de travail est interdite (article 5) ; Ardent ne veut pas parier sur une lecture étroite de la notion de lieu de travail et désactive l'option.
Agent conversationnel du site carrièresTransparence (article 50)Le fournisseur doit faire savoir aux candidats qu'ils échangent avec une IA. Ardent vérifie que c'est bien le cas sur son site.
Assistant de rédaction des offresRisque minimalIl aide à rédiger des annonces relues et publiées par les recruteurs, sans évaluer personne.

Questions fréquentes

Quels sont les niveaux de risque de l'AI Act ?

Quatre : le risque inacceptable (pratiques interdites de l'article 5), le haut risque (article 6, annexes I et III), le risque de transparence (article 50) et le risque minimal, sans obligation propre. Les modèles d'IA à usage général ont un régime à part.

Quelles pratiques d'IA sont interdites ?

Notamment la manipulation et l'exploitation des vulnérabilités, la notation sociale, la prédiction d'infractions fondée uniquement sur le profilage, le moissonnage d'images faciales, la déduction des émotions au travail et à l'école, la catégorisation biométrique sensible et, sauf exceptions, l'identification biométrique en temps réel à des fins répressives. Deux interdictions s'ajoutent le 2 décembre 2026.

Un logiciel de tri de CV est-il un système d'IA à haut risque ?

Oui, s'il s'agit d'un système d'IA : l'annexe III, point 4, vise les systèmes destinés au recrutement, notamment pour analyser et filtrer les candidatures et évaluer les candidats. Comme le classement de candidats est un profilage, l'exception de l'article 6, paragraphe 3, ne s'applique pas.

Un agent conversationnel est-il à haut risque ?

Pas en soi. Il relève de l'obligation de transparence : les personnes doivent savoir qu'elles échangent avec une IA. Il ne devient à haut risque que s'il est utilisé pour l'un des usages de l'annexe III, par exemple pour évaluer des candidats.

Sources

Ce chapitre résume et reformule les publications officielles ci-dessous. En cas de doute, le texte officiel fait foi.

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