Démonstration

Guide AI Act · Étape 6

Surveillance, incidents graves et sanctions de l'AI Act

La conformité ne s'arrête pas à la mise en service : le fournisseur surveille son système sur le marché, le déployeur surveille l'usage qu'il en fait, et les autorités peuvent contrôler et sanctionner. Ce chapitre décrit ces obligations, les autorités compétentes en France au 29 octobre 2026 et le barème des sanctions.

Mis à jour le · 8 min de lecture

Incidents graves
Article 73 : 15 jours au plus
Sanctions
Article 99 : jusqu'à 35 M€ ou 7 %
Contrôles
Depuis le 2 août 2026
Chapitres du guide
  1. Le règlement sur l'IA
  2. Système d'IA et inventaire
  3. Niveaux de risque
  4. Fournisseur et déployeur
  5. Exigences et marquage CE
  6. Gouvernance et maîtrise de l'IA
  7. Surveillance et sanctions
  8. Glossaire

En bref

  1. Le déployeur d'un système à haut risque surveille son fonctionnement, suspend l'usage s'il présente un risque, et prévient le fournisseur et l'autorité ; il conserve les journaux au moins six mois.

  2. Le fournisseur tient un plan de surveillance après commercialisation et signale tout incident grave au plus tard 15 jours après en avoir eu connaissance, 10 jours en cas de décès, 2 jours pour une infraction de grande ampleur ou une perturbation grave d'une infrastructure critique.

  3. Les amendes vont jusqu'à 35 millions d'euros ou 7 % du chiffre d'affaires annuel mondial pour une pratique interdite, 15 millions ou 3 % pour les autres obligations, 7,5 millions ou 1 % pour des informations inexactes.

  4. En France, le schéma présenté par le gouvernement confie un rôle central à la CNIL, notamment pour l'emploi ; au 29 octobre 2026, la loi qui doit le consacrer n'est pas encore définitivement adoptée.

Surveiller un système à haut risque en service

Les obligations de suivi se partagent entre le fournisseur et le déployeur :

  • Le déployeur surveille le fonctionnement du système d'après la notice et informe le fournisseur (article 26, paragraphe 5). S'il a des raisons de penser que l'usage conforme à la notice présente un risque pour la santé, la sécurité ou les droits fondamentaux, il prévient sans délai le fournisseur ou le distributeur et l'autorité de surveillance du marché, et suspend l'utilisation. En cas d'incident grave, il informe immédiatement le fournisseur, puis l'importateur ou le distributeur et les autorités.
  • Le déployeur conserve les journaux générés automatiquement qu'il contrôle pendant une durée adaptée à la destination du système, d'au moins six mois, sauf disposition contraire du droit, notamment de la protection des données (article 26, paragraphe 6).
  • Le fournisseur collecte et analyse les données sur les performances de son système tout au long de sa vie, selon un plan de surveillance après commercialisation intégré à la documentation technique (article 72), et prend les mesures correctives nécessaires (article 20).

Signaler un incident grave (article 73)

Un incident grave est un incident ou un dysfonctionnement qui entraîne, directement ou indirectement, le décès ou une atteinte grave à la santé d'une personne, une perturbation grave et irréversible d'une infrastructure critique, une violation des obligations du droit de l'Union qui protègent les droits fondamentaux, ou un dommage grave aux biens ou à l'environnement (article 3, point 49). Le fournisseur le signale à l'autorité de surveillance du marché de l'État où il s'est produit :

SituationDélai maximal après en avoir eu connaissance
Cas général15 jours, et immédiatement dès qu'un lien de causalité est établi ou raisonnablement probable
Décès d'une personne10 jours
Infraction de grande ampleur ou perturbation grave et irréversible d'une infrastructure critique2 jours
En haut, un graphique de suivi mensuel : la part de candidats de plus de 50 ans retenus par le logiciel décroche nettement en mars. Une alerte se déclenche ; trois actions apparaissent : suspendre le classement automatique, prévenir l'éditeur, prévenir l'autorité de surveillance du marché ; puis l'éditeur corrige et l'usage reprend sous contrôle renforcé. En bas, trois barres de sanctions maximales : 35 millions d'euros ou 7 % du chiffre d'affaires mondial pour une pratique interdite, 15 millions ou 3 % pour les autres obligations, dont celles du déployeur, 7,5 millions ou 1 % pour des informations inexactes.
Fil rouge : la dérive détectée dans le logiciel de présélection du Groupe Ardent (exemple fictif), du signal à la suspension, et le barème des sanctions de l'article 99.

Qui contrôle l'AI Act ?

Au niveau européen

Le Bureau de l'IA, service de la Commission européenne, supervise les modèles d'IA à usage général et peut infliger des amendes à leurs fournisseurs, jusqu'à 15 millions d'euros ou 3 % du chiffre d'affaires annuel mondial (article 101). L'omnibus a précisé ses compétences sur les systèmes fondés sur ces modèles et lui a donné des pouvoirs d'enquête. Le Comité européen de l'intelligence artificielle réunit les États membres pour une application cohérente, appuyé par un groupe scientifique d'experts indépendants et un forum consultatif.

En France : un schéma décentralisé, en attente de la loi

Les États membres devaient désigner leurs autorités au plus tard le 2 août 2025. Le 9 septembre 2025, la Direction générale des Entreprises a présenté le schéma retenu par le gouvernement, « sous réserve de l'acceptation par le Parlement » :

  • la DGCCRF coordonne les autorités de surveillance du marché et sert de point de contact unique ; la DGE assure la coordination stratégique et représente la France au Comité européen de l'IA ;
  • la CNIL est chargée de plusieurs pratiques interdites (notation sociale avec la DGCCRF, police prédictive, moissonnage d'images faciales, déduction des émotions au travail et à l'école, catégorisation biométrique, identification biométrique en temps réel) et des systèmes à haut risque de la biométrie, de l'emploi et de la gestion des travailleurs, de la répression, des migrations et, avec la DGCCRF, de l'éducation ;
  • la DGCCRF et l'Arcom se partagent les pratiques manipulatrices et la transparence des contenus générés ; l'ACPR contrôle l'évaluation de la solvabilité et la tarification de l'assurance vie et santé chez les acteurs qu'elle supervise ; le Conseil d'État, la Cour de cassation et la Cour des comptes, les systèmes utilisés par l'autorité judiciaire ;
  • les autorités sectorielles existantes, comme l'ANSM pour les dispositifs médicaux, gardent l'IA intégrée aux produits qu'elles contrôlent ;
  • l'ANSSI et le PEReN mettent en commun leur expertise technique en IA et en cybersécurité.

Ce schéma a été introduit par amendements du gouvernement dans le projet de loi portant diverses dispositions d'adaptation au droit de l'Union européenne, adopté par le Sénat le 18 février 2026. Au 29 octobre 2026, le dossier législatif de l'Assemblée nationale indique que le texte est toujours examiné en commission en première lecture : il n'est ni adopté définitivement ni promulgué. En attendant, la CNIL reste pleinement compétente au titre du RGPD dès qu'un système d'IA traite des données personnelles.

Les sanctions de l'AI Act (article 99)

L'article 99 laisse aux États membres le soin de fixer les sanctions et mesures d'exécution, dans la limite de plafonds communs. Pour une entreprise, c'est le montant le plus élevé entre la somme fixe et le pourcentage du chiffre d'affaires annuel mondial de l'exercice précédent qui s'applique :

ManquementPlafond
Pratique interdite (article 5)35 millions d'euros ou 7 % du chiffre d'affaires annuel mondial
Obligations des fournisseurs, mandataires, importateurs, distributeurs, déployeurs (article 26), des organismes notifiés, de la chaîne de valeur (article 25) et de transparence (article 50)15 millions d'euros ou 3 %
Informations inexactes, incomplètes ou trompeuses fournies aux organismes notifiés ou aux autorités7,5 millions d'euros ou 1 %
Fournisseurs de modèles d'IA à usage général (article 101, amendes de la Commission)15 millions d'euros ou 3 %
  • Pour les PME, y compris les jeunes pousses, chaque amende est plafonnée au plus faible des deux montants.
  • L'omnibus étend ce traitement aux petites entreprises à moyenne capitalisation (moins de 750 salariés et un chiffre d'affaires d'au plus 150 millions d'euros ou un total de bilan d'au plus 129 millions d'euros, hors PME), mais seulement pour les deux derniers niveaux : pour une pratique interdite, c'est le montant le plus élevé qui reste applicable.
  • L'autorité tient compte, notamment, de la nature, de la gravité et de la durée du manquement, des personnes touchées, de la coopération, des mesures prises pour limiter le préjudice et des sanctions déjà prononcées pour les mêmes faits.

Les recours des personnes

  • Toute personne physique ou morale qui a des raisons de penser que le règlement a été enfreint peut déposer une réclamation auprès de l'autorité de surveillance du marché (article 85), sans préjudice des autres recours.
  • Une personne visée par une décision prise sur la base d'un système de l'annexe III, qui produit des effets juridiques ou l'affecte de manière significative et qu'elle estime défavorable, peut obtenir du déployeur des explications claires et pertinentes sur le rôle du système et les principaux éléments de la décision (article 86).

Fil rouge : une dérive détectée chez Ardent

Les définitions des termes de ce guide sont réunies dans le glossaire de l'AI Act.

Questions fréquentes

Quelles sont les sanctions de l'AI Act ?

Jusqu'à 35 millions d'euros ou 7 % du chiffre d'affaires annuel mondial pour une pratique interdite, 15 millions ou 3 % pour la plupart des autres obligations, dont celles des déployeurs, et 7,5 millions ou 1 % pour des informations inexactes fournies aux autorités. Le montant le plus élevé s'applique, sauf pour les PME, et pour les petites entreprises à moyenne capitalisation hors pratiques interdites.

Qui contrôle l'AI Act en France ?

Le schéma présenté par le gouvernement le 9 septembre 2025 confie la coordination à la DGCCRF et à la DGE, un rôle central à la CNIL (dont l'emploi, la biométrie et l'éducation) et des compétences sectorielles à l'Arcom, à l'ACPR, à l'ANSM et aux juridictions suprêmes. Au 29 octobre 2026, la loi qui doit le consacrer est encore en discussion à l'Assemblée nationale.

Dans quel délai signaler un incident grave lié à une IA ?

Le fournisseur d'un système à haut risque le signale au plus tard 15 jours après en avoir eu connaissance, 10 jours en cas de décès et 2 jours en cas d'infraction de grande ampleur ou de perturbation grave d'une infrastructure critique (article 73). Le déployeur doit prévenir immédiatement le fournisseur.

Combien de temps conserver les journaux d'un système d'IA à haut risque ?

Le déployeur conserve les journaux qu'il contrôle pendant une durée adaptée à la destination du système, d'au moins six mois, sauf disposition contraire du droit applicable, notamment en matière de protection des données (article 26, paragraphe 6).

Sources

Ce chapitre résume et reformule les publications officielles ci-dessous. En cas de doute, le texte officiel fait foi.

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