Démonstration

Guide AI Act · Étape 5

Gouvernance de l'IA : maîtrise de l'IA, organisation et articulation avec le RGPD

Le règlement ne prescrit pas d'organisation type, mais plusieurs de ses obligations supposent qu'une organisation sache qui décide, qui contrôle et qui est formé. Ce chapitre part de l'obligation de maîtrise de l'IA, applicable depuis 2025, puis propose une gouvernance simple et l'articule avec le RGPD et le droit du travail.

Mis à jour le · 7 min de lecture

Maîtrise de l'IA
Article 4, depuis le 2 février 2025
Modifié par
Omnibus numérique, juillet 2026
Textes associés
RGPD, Code du travail
Chapitres du guide
  1. Le règlement sur l'IA
  2. Système d'IA et inventaire
  3. Niveaux de risque
  4. Fournisseur et déployeur
  5. Exigences et marquage CE
  6. Gouvernance et maîtrise de l'IA
  7. Surveillance et sanctions
  8. Glossaire

En bref

  1. Depuis le 2 février 2025, fournisseurs et déployeurs doivent prendre des mesures pour favoriser la maîtrise de l'IA de leur personnel et des personnes qui utilisent l'IA pour leur compte. L'omnibus a précisé qu'il ne s'agit pas de garantir un niveau donné pour chaque personne.

  2. La Commission indique qu'aucun certificat n'est exigé ; garder une trace interne des formations et actions de sensibilisation reste utile.

  3. Une gouvernance efficace tient en quelques éléments : un responsable par usage, un circuit de validation des nouveaux usages, des règles d'usage des outils génératifs, un inventaire tenu à jour et des indicateurs pour la direction.

  4. L'AI Act ne remplace pas le RGPD : la CNIL présume qu'une AIPD sera requise pour un système à haut risque, et l'analyse d'impact sur les droits fondamentaux peut reprendre l'AIPD.

  5. En France, le Code du travail impose déjà d'informer les candidats des méthodes d'aide au recrutement et le comité social et économique avant leur utilisation.

La maîtrise de l'IA (article 4)

La maîtrise de l'IA désigne les compétences, connaissances et compréhension qui permettent d'utiliser des systèmes d'IA en connaissance de cause et de mesurer leurs possibilités, leurs risques et les préjudices qu'ils peuvent causer (article 3, point 56). L'article 4, réécrit par l'omnibus, demande aux fournisseurs et aux déployeurs de prendre des mesures pour favoriser cette maîtrise chez leur personnel et chez les autres personnes qui utilisent les systèmes pour leur compte, en tenant compte :

  • de leurs connaissances techniques, de leur expérience, de leur éducation et de leur formation ;
  • du contexte dans lequel les systèmes seront utilisés ;
  • des personnes ou groupes de personnes sur lesquels ils seront utilisés.

Le nouveau texte précise que l'obligation n'impose pas de garantir un niveau précis de maîtrise pour chaque personne. La Commission et les États membres doivent accompagner les entreprises, notamment les PME, et la Commission publiera des exemples pratiques. Elle indique dans ses questions-réponses qu'aucun certificat n'est requis et propose un socle : comprendre ce qu'est l'IA et quels systèmes l'organisation utilise, savoir si l'on est fournisseur ou déployeur, connaître les risques de ces systèmes, et adapter la formation au niveau des personnes et au contexte.

Une gouvernance de l'IA proportionnée

Les éléments qui suivent ne sont pas imposés tels quels par le règlement : ce sont des moyens de remplir ses obligations et de pouvoir le démontrer. Ils s'intègrent dans la démarche GRC existante plutôt que de créer une organisation à part.

Un cercle central « Comité IA : métiers, DSI, RSSI, DPO, juridique, achats » entouré de six étapes disposées en cycle : 1, déclarer le nouvel usage à l'inventaire ; 2, le classer et identifier son rôle ; 3, valider, avec une AIPD si nécessaire ; 4, former les utilisateurs, plus en profondeur pour ceux qui exercent le contrôle humain ; 5, informer les personnes, salariés, CSE et candidats ; 6, revoir l'usage et ses incidents. Une mention « Usage modifié ? On revient au classement » rappelle de repasser par l'étape 2.
Une gouvernance de l'IA en cycle : chaque nouvel usage passe par l'inventaire, le classement, la validation, la formation et l'information des personnes, puis par une revue régulière.
ÉlémentRôleLien avec le règlement
Un référent ou un comité IARéunit les métiers, la DSI, le RSSI, la DPO, le juridique et les achats ; arbitre les nouveaux usages.Répartition des rôles, classement, choix des fournisseurs.
Un inventaire tenu à jourRecense les systèmes, leur classement, leur rôle et leur responsable.Toutes les obligations partent de là (étapes 1 à 3).
Un circuit de validationAucun nouvel usage, ni changement de finalité, sans passage par le comité.Évite la bascule en fournisseur (article 25) et les pratiques interdites.
Des règles d'usage des outils génératifsCe qui est permis, interdit, et quelles données ne doivent pas y entrer.Maîtrise de l'IA, transparence, protection des données.
Un plan de formationSensibilisation de tous, formation renforcée des personnes qui contrôlent ou achètent.Articles 4 et 26.
Des indicateursNombre d'usages par niveau de risque, formations suivies, incidents, demandes d'explication.Compte rendu à la direction.

Pour un cadre de management complet, la norme ISO 42001 décrit un système de management de l'IA certifiable, compatible avec un SMSI ISO 27001. Elle n'est pas exigée par l'AI Act. Pour l'usage de l'IA dans les métiers de la conformité eux-mêmes, voyez aussi IA et GRC : ce que l'automatisation change, et ses limites.

Articuler l'AI Act avec le RGPD

La CNIL le rappelle dans ses questions-réponses mises à jour en août 2026 : le règlement sur l'IA ne remplace pas les exigences du RGPD, il les complète. Dès qu'un système d'IA traite des données personnelles, ce qui est le cas de presque tous les usages en ressources humaines, les deux textes s'appliquent ensemble.

  • AIPD : la CNIL indique que l'analyse d'impact relative à la protection des données sera présumée requise pour le fournisseur et le déployeur d'un système à haut risque. Le déployeur peut s'appuyer sur les informations de la notice (article 26, paragraphe 9) et sur l'AIPD du fournisseur. Voir notre article sur l'AIPD.
  • Analyse d'impact sur les droits fondamentaux : quand elle est due, elle peut renvoyer à l'AIPD ou en reprendre les éléments (article 27, paragraphe 4) ; la CNIL indique que les deux analyses peuvent être réunies dans un document unique.
  • Décision automatisée : l'article 22 du RGPD donne le droit de ne pas faire l'objet d'une décision fondée exclusivement sur un traitement automatisé, y compris le profilage, qui produit des effets juridiques ou affecte la personne de manière significative. Un tri de candidatures doit donc laisser la décision à une personne.
  • Registre et sous-traitance : l'outil d'IA apparaît dans le registre des traitements, et l'éditeur qui traite les données pour votre compte signe un contrat de sous-traitance.

Informer les salariés, le CSE et les candidats

Dans le recrutement et la gestion du personnel, l'AI Act s'ajoute à des obligations françaises plus anciennes :

TexteObligationQuand
Code du travail, article L1221-8Informer expressément le candidat des méthodes et techniques d'aide au recrutement utilisées à son égard ; ces méthodes doivent être pertinentes au regard de la finalité poursuivie, et les résultats sont confidentiels.Avant leur mise en œuvre
Code du travail, article L2312-38Informer le comité social et économique des méthodes ou techniques d'aide au recrutement et des traitements automatisés de gestion du personnel ; l'informer et le consulter sur les moyens de contrôle de l'activité des salariés.Avant leur utilisation ou introduction
AI Act, article 26, paragraphe 7Informer les représentants du personnel et les salariés concernés qu'ils seront soumis à un système à haut risque.Avant la mise en service ou l'utilisation sur le lieu de travail
AI Act, article 26, paragraphe 11Informer les personnes qu'elles font l'objet d'un système de l'annexe III qui prend des décisions les concernant ou aide à les prendre.À partir du 2 décembre 2027

Fil rouge : la gouvernance du Groupe Ardent

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la maîtrise de l'IA exigée par l'AI Act ?

C'est l'ensemble des compétences et connaissances qui permettent d'utiliser l'IA en connaissance de cause. Depuis le 2 février 2025, l'article 4 demande aux fournisseurs et déployeurs de prendre des mesures pour la favoriser chez leur personnel, en tenant compte de leur niveau et du contexte d'usage. Depuis l'omnibus, il n'impose pas de garantir un niveau précis pour chaque personne.

La formation à l'IA est-elle obligatoire ?

L'article 4 oblige à prendre des mesures pour développer la maîtrise de l'IA, ce qui passe en pratique par de la sensibilisation et de la formation. Aucun certificat n'est exigé. Pour un système à haut risque, le contrôle humain doit être confié à des personnes formées (article 26).

Faut-il une AIPD pour un système d'IA à haut risque ?

Dès lors que le système traite des données personnelles, la CNIL indique qu'une AIPD sera présumée requise pour le fournisseur et le déployeur. Le déployeur peut s'appuyer sur la notice et sur l'AIPD du fournisseur.

Faut-il informer le CSE avant d'utiliser une IA de recrutement ?

Oui. L'article L2312-38 du Code du travail impose d'informer le comité social et économique des méthodes d'aide au recrutement avant leur utilisation, et l'AI Act exige d'informer les représentants du personnel avant d'utiliser un système à haut risque sur le lieu de travail.

Sources

Ce chapitre résume et reformule les publications officielles ci-dessous. En cas de doute, le texte officiel fait foi.

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