Démonstration

Guide AI Act · Étape 3

Fournisseur, déployeur, importateur : les rôles de l'AI Act

Le règlement répartit les obligations selon la place de chacun dans la chaîne de valeur. Pour chaque système de l'inventaire, il faut donc savoir si l'on en est le fournisseur, le déployeur, l'importateur ou le distributeur, et vérifier qu'aucune modification ne fait changer de rôle.

Mis à jour le · 8 min de lecture

Définitions
Article 3, points 3 à 8
Obligations
Articles 16 à 27
Changement de rôle
Article 25
Chapitres du guide
  1. Le règlement sur l'IA
  2. Système d'IA et inventaire
  3. Niveaux de risque
  4. Fournisseur et déployeur
  5. Exigences et marquage CE
  6. Gouvernance et maîtrise de l'IA
  7. Surveillance et sanctions
  8. Glossaire

En bref

  1. Le fournisseur développe un système d'IA, ou le fait développer, et le met sur le marché ou en service sous son nom : c'est lui qui porte l'essentiel des obligations du haut risque.

  2. Le déployeur utilise un système d'IA sous sa propre autorité dans un cadre professionnel. Pour un système à haut risque, il doit suivre la notice, confier le contrôle humain à des personnes compétentes, surveiller le fonctionnement, conserver les journaux et informer les personnes.

  3. L'importateur et le distributeur vérifient, avant de proposer le système, que le fournisseur a fait son travail : évaluation de la conformité, marquage CE, déclaration, notice.

  4. On devient fournisseur si l'on appose son nom sur un système à haut risque, si on le modifie substantiellement, ou si l'on détourne un système vers un usage à haut risque (article 25).

  5. Une même organisation tient souvent plusieurs rôles : déployeur des outils qu'elle achète, fournisseur de ceux qu'elle développe pour son propre usage.

Les opérateurs de l'IA (article 3)

Le règlement appelle opérateurs l'ensemble des acteurs de la chaîne : fournisseur, fabricant de produit, déployeur, mandataire, importateur et distributeur. Leurs définitions sont à l'article 3 :

RôleDéfinition reformuléeExemple
FournisseurDéveloppe un système ou un modèle d'IA, ou le fait développer, et le met sur le marché ou en service sous son propre nom ou sa marque, à titre onéreux ou gratuit.L'éditeur d'un logiciel de présélection des candidatures.
DéployeurUtilise un système d'IA sous sa propre autorité, sauf pour un usage personnel non professionnel.L'employeur qui utilise ce logiciel pour ses recrutements.
MandataireÉtabli dans l'Union, il a reçu un mandat écrit d'un fournisseur établi hors de l'Union pour accomplir ses obligations en son nom.Le représentant européen désigné par un éditeur américain.
ImportateurÉtabli dans l'Union, il met sur le marché un système portant le nom ou la marque d'une personne établie hors de l'Union.La société française qui commercialise en Europe la solution d'un éditeur étranger.
DistributeurToute personne de la chaîne d'approvisionnement, autre que le fournisseur ou l'importateur, qui met un système à disposition sur le marché.Un intégrateur ou un revendeur de logiciels.

Deux notions comptent pour savoir qui est fournisseur. La mise sur le marché est la première mise à disposition d'un système dans l'Union. La mise en service est la fourniture d'un système pour un premier usage, directement au déployeur, ou pour usage propre : une entreprise qui développe un système et l'utilise elle-même en est donc le fournisseur, même si elle ne le vend à personne.

Qui fait quoi pour un système à haut risque

Une chaîne de quatre cartes reliées par des flèches : fournisseur (exigences, évaluation de la conformité, marquage CE, enregistrement), importateur (vérifie l'évaluation, la documentation, le marquage, le mandataire), distributeur (vérifie le marquage CE, la déclaration et la notice), déployeur (suit la notice, contrôle humain, surveillance, journaux, information des personnes). En dessous, en orange, « Article 25 : le déployeur devient fournisseur s'il… », avec trois déclencheurs : apposer son nom, modification substantielle, nouvel usage à haut risque. Exemple fictif : le Groupe Ardent est déployeur du logiciel de présélection, et serait fournisseur de son projet interne de suggestion des promotions.
La chaîne de valeur d'un système d'IA à haut risque : chaque opérateur a ses obligations, et un déployeur qui modifie le système ou en change la destination devient fournisseur.
OpérateurPrincipales obligationsArticles
FournisseurRespecter les exigences des articles 8 à 15 ; indiquer son nom et son adresse ; disposer d'un système de gestion de la qualité ; conserver la documentation et les journaux qu'il contrôle ; faire évaluer la conformité ; établir la déclaration UE de conformité ; apposer le marquage CE ; enregistrer le système ; prendre les mesures correctives ; démontrer la conformité sur demande ; respecter les exigences d'accessibilité.16 à 21
MandataireExécuter les tâches du mandat : vérifier la documentation, la tenir à disposition des autorités, coopérer avec elles.22
ImportateurAvant la mise sur le marché, vérifier que l'évaluation de la conformité a eu lieu, que la documentation technique existe, que le système porte le marquage CE et est accompagné de la déclaration et de la notice, et qu'un mandataire a été désigné ; indiquer son propre nom ; conserver les documents 10 ans.23
DistributeurAvant la mise à disposition, vérifier le marquage CE, la présence de la déclaration et de la notice, et que le fournisseur et l'importateur ont fait leur part.24
DéployeurVoir ci-dessous.26, 27, 50, 86

Les obligations du déployeur d'un système à haut risque

L'article 26 fixe ce que doit faire l'organisation qui utilise un système à haut risque. Notre article AI Act : les obligations des entreprises qui utilisent l'IA les détaille ; en résumé :

  • prendre des mesures techniques et organisationnelles pour utiliser le système conformément à la notice du fournisseur ;
  • confier le contrôle humain à des personnes qui ont la compétence, la formation et l'autorité nécessaires, et leur donner les moyens d'agir ;
  • veiller, dans la mesure où il les maîtrise, à ce que les données d'entrée soient pertinentes et suffisamment représentatives au regard de la destination ;
  • surveiller le fonctionnement ; s'il estime que le système présente un risque, prévenir sans délai le fournisseur ou le distributeur et l'autorité de surveillance du marché, et suspendre l'utilisation ; en cas d'incident grave, informer immédiatement le fournisseur, puis l'importateur ou le distributeur et les autorités ;
  • conserver les journaux générés automatiquement qu'il contrôle pendant une durée adaptée, d'au moins six mois ;
  • en tant qu'employeur, informer les représentants du personnel et les salariés concernés avant de mettre en service ou d'utiliser le système sur le lieu de travail ;
  • pour les systèmes de l'annexe III qui prennent des décisions concernant des personnes ou aident à les prendre, informer ces personnes qu'elles sont soumises à un tel système ;
  • utiliser les informations de la notice pour réaliser, le cas échéant, l'analyse d'impact relative à la protection des données (AIPD) prévue par le RGPD ;
  • coopérer avec les autorités compétentes.

Deux obligations complètent ce socle. L'analyse d'impact sur les droits fondamentaux de l'article 27 ne vise que les organismes de droit public, les entités privées qui fournissent des services publics, et les déployeurs qui évaluent la solvabilité ou tarifient l'assurance vie et santé (annexe III, point 5 b et c) ; elle peut renvoyer à l'AIPD quand celle-ci couvre déjà les mêmes points. Et toute personne visée par une décision prise sur la base d'un système de l'annexe III, qui produit des effets juridiques ou l'affecte de manière significative, peut demander au déployeur des explications claires sur le rôle du système et les principaux éléments de la décision (article 86).

Quand le déployeur devient fournisseur (article 25)

Un distributeur, un importateur, un déployeur ou un autre tiers est considéré comme fournisseur d'un système à haut risque, avec toutes les obligations de l'article 16, dans trois cas :

  1. il appose son nom ou sa marque sur un système à haut risque déjà mis sur le marché ou en service (un contrat peut toutefois répartir autrement les obligations) ;
  2. il apporte une modification substantielle à un système à haut risque, qui reste à haut risque ;
  3. il modifie la destination d'un système qui n'était pas à haut risque, y compris un système d'IA à usage général, de sorte qu'il le devient.

Le fournisseur initial n'est alors plus considéré comme le fournisseur de ce système, mais il doit coopérer avec le nouveau : documentation technique, limites et modes de défaillance connus, accès technique pour les essais, sauf s'il avait clairement exclu la transformation de son système en système à haut risque. L'article 25 impose aussi au fournisseur d'un système à haut risque de conclure un accord écrit avec les tiers qui lui fournissent des outils, services, composants ou modèles intégrés, pour obtenir les informations et l'assistance nécessaires.

Fil rouge : les rôles du Groupe Ardent

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre fournisseur et déployeur dans l'AI Act ?

Le fournisseur développe un système d'IA, ou le fait développer, et le met sur le marché ou en service sous son nom ; le déployeur l'utilise sous sa propre autorité dans un cadre professionnel. Le premier porte l'essentiel des exigences du haut risque, le second les obligations d'usage de l'article 26.

Une entreprise qui développe une IA pour son propre usage est-elle fournisseur ?

Oui. La mise en service couvre l'usage propre : une entreprise qui développe un système d'IA et l'utilise elle-même en est le fournisseur. Si le système est à haut risque, elle doit satisfaire à toutes les obligations du fournisseur.

Quand un déployeur devient-il fournisseur ?

Lorsqu'il appose son nom ou sa marque sur un système à haut risque, lorsqu'il le modifie substantiellement, ou lorsqu'il modifie la destination d'un système, y compris un système d'IA à usage général, au point d'en faire un système à haut risque (article 25).

Le déployeur doit-il réaliser une analyse d'impact sur les droits fondamentaux ?

Seulement s'il est un organisme de droit public, une entité privée fournissant des services publics, ou s'il utilise un système d'évaluation de la solvabilité ou de tarification de l'assurance vie et santé (article 27). Les autres déployeurs restent soumis à l'AIPD du RGPD lorsque les conditions sont réunies.

Sources

Ce chapitre résume et reformule les publications officielles ci-dessous. En cas de doute, le texte officiel fait foi.

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