Démonstration

Gestion des risques : la démarche, les rôles et le cas informatique

Ce qu'est la gestion des risques, la démarche pas à pas, l'appétence pour le risque, qui fait quoi selon le modèle des trois lignes, puis ce qui change quand le risque est informatique.

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Illustration : trois piliers de verre, celui du centre en orange, posés sur un socle

La gestion des risques est la démarche par laquelle une organisation repère ce qui pourrait l'empêcher d'atteindre ses objectifs, décide ce qu'elle accepte, traite le reste et suit le tout dans le temps. Elle concerne tous les risques, financiers, juridiques, opérationnels, d'image, et de plus en plus les risques informatiques, que NIS 2 et DORA obligent désormais à piloter au niveau de la direction. Voici la démarche, l'appétence pour le risque, la répartition des rôles, puis ce qui change quand le risque est informatique.

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Qu'est-ce que la gestion des risques ?

La norme ISO 31000 définit le risque comme l'effet de l'incertitude sur les objectifs. Deux idées découlent de cette définition très courte. Un risque n'existe que par rapport à un objectif : livrer à temps, rester solvable, protéger les données des clients. Et un effet peut être négatif ou positif : la gestion des risques aide aussi à saisir des opportunités, pas seulement à éviter des pertes.

La gestion des risques, que l'ISO appelle management du risque, désigne les activités coordonnées qui permettent de diriger et de piloter l'organisation vis-à-vis du risque. Elle ne se résume donc pas à une liste de risques : elle comprend des critères fixés par la direction, des décisions, des responsables, un suivi et un compte rendu. À l'échelle de toute l'entreprise, on parle de gestion des risques d'entreprise, ou ERM (enterprise risk management).

Il ne faut pas la confondre avec l'analyse de risques, qui n'en est qu'une étape : identifier et estimer les risques d'un périmètre donné. La gestion des risques décide ensuite quoi en faire et s'assure que les décisions sont tenues. Elle forme, avec la gouvernance et la conformité, le « R » de la GRC.

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Les référentiels de la gestion des risques

Deux référentiels généraux dominent, complétés par des méthodes propres à chaque domaine :

  • ISO 31000:2018 donne des lignes directrices applicables à toute organisation : des principes, un cadre organisationnel et un processus. Elle n'est pas certifiable.
  • Le COSO ERM, publié en 2017 sous le titre « Integrating with Strategy and Performance » par le COSO, l'organisme à l'origine du référentiel de contrôle interne du même nom, insiste sur le lien entre risque, stratégie et performance. Il est très utilisé dans les groupes cotés.
  • Les méthodes spécialisées appliquent la même logique à un domaine : ISO 27005 et EBIOS Risk Manager pour la sécurité de l'information, ISO 22301 pour la continuité d'activité.

Le métier de celui qui anime le dispositif, ses missions et sa place dans l'organisation sont décrits dans notre article sur le risk manager.

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La démarche de gestion des risques en six temps

  1. Fixer le contexte et les critères. Quels objectifs, quel périmètre, quelles parties prenantes ? Quelles échelles de gravité et de vraisemblance, et quel niveau de risque la direction accepte-t-elle ? Ces critères doivent être les mêmes pour tous les domaines, sinon les risques ne se comparent pas.
  2. Identifier les risques. Ateliers avec les métiers, revue des incidents passés, des audits, des contrats, de la veille réglementaire. Chaque risque se décrit par une cause, un événement et une conséquence sur un objectif.
  3. Analyser. Estimer la gravité des conséquences et la vraisemblance de l'événement, en tenant compte des mesures déjà en place. Le produit des deux donne un niveau, que l'on place sur une matrice des risques.
  4. Évaluer. Comparer chaque niveau aux critères fixés au départ : le risque est-il acceptable, ou faut-il agir ? C'est ici que l'appétence pour le risque intervient.
  5. Traiter. Pour chaque risque à traiter, choisir une option : le réduire par des mesures, le partager (contrat, assurance), l'éviter en renonçant à l'activité, ou le conserver par une décision éclairée. ISO 31000 cite aussi la prise de risque délibérée pour saisir une opportunité.
  6. Suivre et rendre compte. Vérifier que les mesures sont mises en œuvre et efficaces, réévaluer quand le contexte change, rendre compte à la direction. Le risque résiduel obtenu doit être accepté formellement par le propriétaire du risque.

Deux activités accompagnent toutes les étapes selon ISO 31000 : la communication et la consultation des parties prenantes, et l'enregistrement des résultats. Le schéma ci-dessous montre le cœur de la démarche sur quatre risques d'une entreprise de services.

Matrice de quatre cases sur quatre, gravité en ordonnée et vraisemblance en abscisse, traversée par une ligne orange en escalier qui marque l'appétence pour le risque. Quatre risques y sont placés : rançongiciel, défaillance d'un prestataire, fuite de données clients et obsolescence d'une application. Les trois premiers sont au-dessus de la ligne. Une étiquette d'option apparaît pour chacun : réduire pour le rançongiciel, partager pour le prestataire, réduire pour la fuite de données. Chaque point descend alors sous la ligne. L'obsolescence, déjà en dessous, reçoit l'étiquette accepter. Un bandeau rappelle les étapes : identifier, analyser, évaluer, traiter, suivre.
Quatre risques d'une entreprise de services face à l'appétence fixée par la direction : ceux qui la dépassent reçoivent une option de traitement et redescendent sous le seuil ; celui qui est déjà en dessous est accepté.
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L'appétence pour le risque

L'appétence pour le risque désigne la quantité et le type de risque qu'une organisation est prête à rechercher ou à conserver pour atteindre ses objectifs. Le vocabulaire de l'ISO sur le management du risque la définit ainsi depuis le Guide 73 de 2009, remplacé depuis par ISO 31073, et le COSO en fait un élément central de la stratégie. Ce n'est pas un chiffre unique : une banque peut avoir une forte appétence pour le risque de crédit, qui est son métier, et une appétence quasi nulle pour la fuite de données de ses clients.

En pratique, elle se traduit en trois éléments :

  • une déclaration de la direction, en quelques phrases par grande catégorie de risque (« nous n'acceptons aucune interruption de plus de 24 heures de nos services aux clients ») ;
  • des seuils sur la matrice des risques, qui séparent ce qui est acceptable, ce qui demande un traitement et ce qui exige une décision de la direction ;
  • des indicateurs qui alertent quand on s'en approche : nombre de risques au-dessus du seuil, mesures en retard, incidents.

Sans appétence explicite, chaque équipe fixe sa propre limite, et la direction découvre au moment d'un incident un risque que personne n'avait décidé de garder. Les textes récents vont dans ce sens : DORA demande une stratégie de résilience, approuvée par l'organe de direction, qui fixe le niveau de tolérance au risque lié aux technologies de l'information et de la communication (TIC) en cohérence avec l'appétence pour le risque de l'entité, et NIS 2 lui demande d'approuver les mesures de gestion des risques cyber.

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Qui fait quoi : les rôles et le modèle des trois lignes

La gestion des risques échoue rarement par manque de méthode ; elle échoue faute de responsables. Le modèle des trois lignes de l'Institute of Internal Auditors (IIA), mis à jour en juillet 2020 et qui a remplacé le modèle des « trois lignes de défense », sert de repère à la plupart des organisations :

Le modèle des trois lignes appliqué à la gestion des risques
ActeurRôleExemples
Organe de gouvernanceFixe l'appétence, approuve les grandes décisions, reçoit les comptes rendus et l'assuranceConseil d'administration, comité d'audit et des risques, direction générale
Première lignePossède et gère les risques au quotidien, applique les mesuresDirections métier, chefs de projet, DSI, propriétaires de risques
Deuxième ligneFournit la méthode, l'expertise et un regard critique, consolide et alerteRisk manager, conformité, RSSI, DPO, contrôle interne
Troisième ligneDonne une assurance indépendante sur le fonctionnement du dispositifAudit interne

Le modèle de 2020 insiste sur la coopération plutôt que sur la défense, et sur l'indépendance de l'audit interne vis-à-vis de la direction. Le secteur financier l'a intégré dans la loi : l'article 6 de DORA demande de séparer les fonctions de gestion du risque lié aux TIC, de contrôle et d'audit interne, selon le modèle des trois lignes ou un modèle interne équivalent, et l'article 5 confie à l'organe de direction la responsabilité ultime de ce risque. Dans une PME, une même personne tient souvent plusieurs rôles ; l'essentiel est que chaque risque ait un propriétaire nommé, et que celui qui gère un risque ne soit pas le seul à juger s'il est bien géré.

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La gestion des risques informatiques

La gestion des risques informatiques applique la même démarche aux technologies de l'information. Le périmètre est plus large que la seule cybersécurité :

  • les attaques : rançongiciel, hameçonnage, vol de données, compromission d'un compte d'administration ;
  • les défaillances : panne d'un centre de données, erreur de manipulation, mise à jour qui bloque la production ;
  • les tiers : défaillance ou compromission d'un hébergeur, d'un éditeur ou d'un infogérant (voir la gestion des risques tiers) ;
  • l'obsolescence et la dette technique : systèmes plus maintenus, compétences rares ;
  • les projets : nouvelles applications, migrations vers le nuage, usage de l'intelligence artificielle.

Des méthodes spécialisées

Pour ces risques, on utilise des méthodes dédiées. ISO 27005 décline le processus d'ISO 31000 pour la sécurité de l'information. EBIOS Risk Manager, la méthode de l'ANSSI, part des valeurs métier et des scénarios d'attaque les plus vraisemblables. Les besoins de sécurité se cotent en disponibilité, intégrité, confidentialité et preuve (DICP). Les tests d'intrusion et les audits viennent ensuite vérifier que les mesures tiennent.

Des obligations nouvelles

La gestion des risques informatiques n'est plus seulement une bonne pratique. L'article 21 de NIS 2 impose aux entités essentielles et importantes des mesures de gestion des risques cyber, fondées sur une approche tous risques, et l'article 20 en rend la direction responsable (voir notre article sur NIS 2). DORA impose au secteur financier un cadre de gestion du risque lié aux TIC complet et documenté, décrit dans notre chapitre du guide DORA.

Un même cadre pour tous les risques

Le piège est de traiter le risque informatique à part, dans un vocabulaire que la direction ne lit pas. Le guide publié en 2019 par l'ANSSI et l'AMRAE, l'association des professionnels du risque et des assurances, le dit clairement : le risque numérique est un risque d'entreprise, à piloter au plus haut niveau. Concrètement, utilisez les mêmes échelles de gravité que les autres risques, exprimez les conséquences en impact sur l'activité (arrêt de la production, perte de clients, sanction), et faites remonter les principaux scénarios dans la cartographie des risques de l'entreprise. La cartographie des processus aide à faire ce lien entre systèmes et activités.

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Les outils et les indicateurs

  • Le registre des risques : un risque par ligne, avec sa description, son propriétaire, ses cotations brute et résiduelle, ses mesures et leur échéance.
  • La matrice et la cartographie : la matrice des risques place chaque risque selon sa gravité et sa vraisemblance ; la cartographie des risques donne la vue d'ensemble pour la direction.
  • Le plan de traitement : les mesures décidées, leurs responsables et leurs échéances, suivies jusqu'à leur mise en œuvre.
  • Les indicateurs : nombre de risques au-dessus de l'appétence, part des mesures en retard, risques acceptés dont la décision arrive à échéance, incidents rapprochés des risques identifiés. Notre article sur le tableau de bord SSI en donne des exemples pour le volet cyber.

Dans un tableur, ces éléments vivent séparément et se désynchronisent vite : la mesure avance, mais le niveau de risque reste celui de l'an dernier.

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Les erreurs fréquentes

  • Un inventaire annuel. Une liste refaite chaque année pour le comité d'audit, sans lien avec les décisions prises entre-temps.
  • Des échelles différentes selon les équipes. Le « critique » du RSSI ne vaut pas le « critique » du directeur financier, et rien ne se compare.
  • Des risques sans propriétaire, ou attribués à la fonction risques plutôt qu'au métier qui les porte.
  • Des risques mal formulés : « la cybersécurité » n'est pas un risque ; « un rançongiciel arrête la production pendant une semaine » en est un.
  • Des acceptations implicites : un risque élevé que l'on ne traite pas, sans décision écrite ni date de revue.
  • Le risque informatique à part, dans un jargon technique, absent de la cartographie de l'entreprise.
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Comment Phinasoft vous aide

Le logiciel d'analyse de risques Phinasoft permet de conduire les analyses à l'échelle de toute l'organisation, d'un métier ou d'un projet, avec la méthode EBIOS RM (module labellisé par l'ANSSI), ISO 27005 ou votre propre démarche : vos échelles, vos bases de risques et de mesures sont intégrées à la plateforme. Chaque analyse est reliée au plan d'action, et le niveau de risque évolue au fur et à mesure que les mesures sont mises en œuvre. Les métiers contribuent guidés pas à pas, les circuits de revue et de validation formalisent les décisions, les dérogations sont tracées quand un écart est accepté pour une durée limitée, et les tableaux de bord et rapports exportables servent à rendre compte à la direction. Les BIA se mènent dans la même plateforme, pour savoir quelles activités protéger en priorité. Pour le voir sur vos propres risques, vous pouvez demander une démonstration.

Synthèse

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Une démarche continue

Fixer le contexte et les critères, identifier, analyser, évaluer, traiter, suivre : la gestion des risques est un cycle intégré aux décisions, pas un inventaire annuel.

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Une appétence décidée en haut

La direction fixe la quantité et le type de risque qu'elle accepte de prendre. Ce seuil départage les risques à traiter de ceux que l'on garde, en connaissance de cause.

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Le risque informatique dans le même cadre

Les risques informatiques se gèrent avec des méthodes spécialisées (ISO 27005, EBIOS RM), mais avec les mêmes échelles et la même appétence que les autres risques de l'entreprise.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la gestion des risques ?

C'est l'ensemble des activités coordonnées qui permettent à une organisation de diriger et de piloter ses décisions face au risque, défini par l'ISO comme l'effet de l'incertitude sur les objectifs. Concrètement : fixer un contexte et des critères, identifier les risques, les analyser, les évaluer au regard de ce que l'on accepte, les traiter, puis les suivre et en rendre compte.

Quelles sont les étapes de la gestion des risques ?

Selon ISO 31000 : établir le périmètre, le contexte et les critères ; identifier les risques ; les analyser (causes, conséquences, vraisemblance) ; les évaluer en les comparant aux critères ; les traiter ; les suivre et les revoir. La communication avec les parties prenantes et l'enregistrement des résultats accompagnent toutes les étapes.

Qu'est-ce que l'appétence pour le risque ?

C'est la quantité et le type de risque qu'une organisation est prête à rechercher ou à conserver pour atteindre ses objectifs. Elle est fixée par la direction, souvent sous forme de déclaration et de seuils par catégorie de risque. Un risque qui la dépasse doit être traité ; un risque en dessous peut être accepté.

Qu'est-ce que le modèle des trois lignes ?

C'est un modèle publié par l'Institute of Internal Auditors (IIA), mis à jour en 2020. La première ligne, les opérationnels, gère les risques au quotidien ; la deuxième ligne, les fonctions de risques, de conformité et de sécurité, apporte expertise et contrôle ; la troisième ligne, l'audit interne, donne une assurance indépendante à l'organe de gouvernance. DORA y fait référence pour le risque lié aux technologies.

Qu'est-ce que la gestion des risques informatiques ?

C'est l'application de la gestion des risques aux technologies de l'information : cyberattaques, pannes, erreurs, défaillance d'un prestataire, obsolescence, projets. Elle utilise des méthodes spécialisées comme ISO 27005 ou EBIOS Risk Manager, et elle est imposée par des textes comme NIS 2 et DORA. Ses résultats doivent remonter dans la cartographie des risques de l'entreprise.

Quelle différence entre gestion des risques et analyse de risques ?

L'analyse de risques est une étape : elle identifie et estime des risques sur un périmètre donné. La gestion des risques est le dispositif complet qui l'entoure : critères et appétence fixés par la direction, décisions de traitement, rôles, suivi dans le temps et compte rendu. Une analyse de risques sans gestion des risques reste un document.

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