Démonstration

Cartographie des processus : méthode, exemple et usage pour le BIA

Représenter ce que fait votre organisation, processus par processus : la méthode en six étapes, un exemple commenté, les notations, et comment la carte sert au BIA et à l'analyse de risques.

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Illustration : des nœuds de verre reliés en chaîne, le premier en orange

La cartographie des processus est la représentation de tout ce que fait une organisation, découpé en processus reliés entre eux : une carte d'ensemble sur une page, complétée d'une fiche par processus. Née dans les démarches qualité, elle sert aujourd'hui bien au-delà : c'est le point de départ d'un bilan d'impact sur l'activité (BIA) et d'une analyse de risques, parce qu'on ne protège bien que ce que l'on sait décrire. Voici la méthode, un exemple commenté et la façon de s'en servir pour la continuité et les risques.

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Cartographie des processus : de quoi parle-t-on ?

Un processus est un enchaînement d'activités qui transforme des éléments d'entrée en un résultat attendu : une commande reçue devient un colis livré, une candidature devient un salarié intégré. Il a une finalité, un pilote, des bénéficiaires et des ressources. La norme ISO 9001 a popularisé cette lecture sous le nom d'approche processus : elle demande de déterminer les processus nécessaires, leur séquence et leurs interactions, leurs entrées et sorties, leurs responsables, les ressources et les indicateurs qui permettent de les maîtriser.

La cartographie se construit en général à trois niveaux :

  • la carte d'ensemble, sur une page, qui range les processus en familles et montre leurs principaux échanges ;
  • la fiche de chaque processus, qui en précise la finalité, le pilote, les entrées, les sorties, les activités, les ressources et les indicateurs ;
  • le détail des activités, sous forme de logigramme, réservé aux processus qui le justifient.

Il ne faut pas la confondre avec la cartographie du système d'information, qui décrit applications, serveurs et réseaux, ni avec la cartographie des risques, qui positionne les risques selon leur gravité et leur vraisemblance. Les trois se complètent, et la cartographie des processus vient en premier : elle dit ce qui compte, les deux autres disent sur quoi cela repose et ce qui le menace.

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Les trois familles de processus

La plupart des cartes rangent les processus en trois familles. Les noms varient d'une organisation à l'autre ; l'important est que chaque processus trouve sa place sans ambiguïté.

Les familles de processus et des exemples
FamilleRôleExemples
Pilotage (ou management)Fixer le cap, les règles et vérifier que l'ensemble fonctionneDéfinir la stratégie, gérer les risques et la conformité, piloter la qualité, communiquer
Réalisation (ou opérationnels, ou métier)Produire ce que l'organisation fournit à ses clients ou usagersVendre, concevoir, produire, livrer, soigner, instruire un dossier, facturer
SupportFournir aux autres processus les ressources dont ils ont besoinRessources humaines, informatique, achats, finances, juridique, services généraux

Sur la carte, on place souvent le pilotage en haut, la réalisation au centre, de gauche à droite, entre les besoins du client et sa satisfaction, et les supports en bas. Les processus de réalisation sont ceux qui créent de la valeur ; ce sont aussi, presque toujours, ceux dont l'interruption coûte le plus cher.

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La méthode en six étapes

  1. Cadrer. Fixez le périmètre (toute l'organisation, une filiale, un site), l'objectif (qualité, continuité, risques, conformité) et le niveau de détail. Un sponsor à la direction évite que la carte devienne l'exercice d'un seul service.
  2. Recenser. En entretien ou en atelier avec les responsables métier, listez ce que fait chaque direction, en verbes d'action : « préparer les commandes », pas « logistique ». Partez des documents existants : organigramme, procédures, contrats clients.
  3. Classer et nommer. Regroupez les activités en processus, puis les processus en familles. Visez une quinzaine à une trentaine de processus pour une organisation de taille moyenne : au-delà, la carte devient illisible.
  4. Décrire. Pour chaque processus, une fiche d'une page : finalité, pilote, bénéficiaires, entrées et sorties, grandes activités, ressources (personnes, applications, locaux, prestataires), indicateurs.
  5. Relier. Tracez les échanges entre processus : ce qui sort de l'un entre dans l'autre. C'est là qu'apparaissent les dépendances cachées, par exemple un processus de réalisation qui attend chaque jour un fichier du service financier.
  6. Valider et tenir à jour. Faites valider la carte par la direction et chaque fiche par son pilote, puis fixez une révision annuelle et une mise à jour à chaque réorganisation.

La note de l'ISO sur l'approche processus d'ISO 9001 recommande d'appliquer à chaque processus le cycle « planifier, faire, vérifier, agir » : la fiche n'est pas un document figé, mais la base du suivi de ses indicateurs.

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Un exemple commenté de cartographie des processus

Prenons un distributeur de fournitures médicales de 120 salariés, qui livre des cliniques et des pharmacies (exemple fictif). Sa carte compte trois processus de pilotage, quatre processus de réalisation et quatre processus de support. Le schéma ci-dessous la construit, puis déplie le processus « Préparer et livrer les commandes ».

Schéma en deux temps. D'abord une carte en trois bandes : pilotage (stratégie, risques et conformité, qualité), réalisation (vendre, acheter, préparer et livrer, facturer et encaisser, reliés de gauche à droite entre besoin client et client livré) et support (ressources humaines, informatique, finances, services généraux). Puis le processus préparer et livrer passe en orange et se déplie : il dépend des préparateurs, de l'entrepôt, du logiciel de gestion d'entrepôt et du transporteur. Deux encadrés en sortent : pour le BIA, une durée maximale d'interruption admissible de 24 heures et une perte de données maximale de 4 heures ; pour l'analyse de risques, la valeur métier préparer et livrer et le scénario d'un rançongiciel sur le logiciel de gestion d'entrepôt.
Exemple fictif : la carte d'un distributeur en trois familles, puis le processus « Préparer et livrer » déplié. Ses ressources deviennent les dépendances du BIA et les biens supports de l'analyse de risques.

La fiche du processus déplié tient en quelques lignes :

Fiche du processus « Préparer et livrer les commandes » (exemple fictif)
FinalitéLivrer chaque commande complète, dans le délai promis au client
PiloteLe responsable logistique
EntréesCommandes validées (processus « Vendre »), stock reçu (processus « Acheter »)
SortiesColis expédiés, bons de livraison transmis au processus « Facturer et encaisser »
RessourcesDouze préparateurs, l'entrepôt, le logiciel de gestion d'entrepôt, un transporteur sous contrat
IndicateursTaux de commandes livrées à l'heure, taux d'erreurs de préparation

Deux enseignements apparaissent dès cette étape. Le processus dépend d'un prestataire unique, le transporteur, qui relève de la gestion des risques tiers. Et il dépend d'une application dont personne n'avait mesuré le rôle : sans le logiciel de gestion d'entrepôt, les préparateurs ne savent plus où se trouvent les produits.

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Quelle notation choisir ?

ISO 9001 n'impose aucun formalisme : la note de l'ISO sur l'information documentée précise même qu'une cartographie formalisée n'est pas exigée, tant que les processus sont maîtrisés. Trois niveaux de formalisme coexistent :

  • des boîtes et des flèches, sur un tableau blanc ou un outil de dessin : suffisant pour la carte d'ensemble et pour un BIA ;
  • le tableau fournisseurs, entrées, processus, sorties, clients (souvent appelé SIPOC, d'après ses initiales anglaises), pratique pour remplir une fiche sans oublier d'échange ;
  • la notation BPMN, normalisée par l'OMG puis reprise par l'ISO sous la référence ISO/IEC 19510, utile pour décrire finement une activité, notamment avant de l'automatiser.

Pour la continuité et les risques, le niveau de la carte et des fiches suffit presque toujours. Détailler chaque tâche en BPMN avant d'avoir fait un premier BIA est le moyen le plus sûr de ne jamais finir.

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La cartographie des processus, point de départ du BIA

Le bilan d'impact sur l'activité (BIA) mesure, activité par activité, ce que coûterait une interruption et au bout de combien de temps elle deviendrait inacceptable. ISO 22301 en fait un préalable à toute stratégie de continuité, et l'ISO lui consacre des lignes directrices dédiées, ISO/TS 22317. Le guide PCA du SGDSN recommande de son côté de partir des activités et de leurs besoins de continuité.

La cartographie des processus lui apporte trois choses :

  • la liste des activités à évaluer, complète, y compris celles qui ne reposent pas sur l'informatique ;
  • les ressources de chaque activité (personnes, locaux, applications, prestataires), qui deviennent les ressources critiques à protéger ;
  • les dépendances entre processus : si « Préparer et livrer » s'arrête, « Facturer et encaisser » s'arrête aussi quelques jours plus tard.

Dans l'exemple, le BIA fixe pour « Préparer et livrer » une durée maximale d'interruption admissible (DMIA) de 24 heures, au-delà de laquelle les cliniques se tournent vers un concurrent, et une perte de données maximale admissible (PDMA) de 4 heures. Ces deux valeurs dictent la stratégie de reprise du logiciel de gestion d'entrepôt et la procédure dégradée sur papier. Notre guide de la continuité d'activité et l'article sur le plan de continuité d'activité détaillent la suite.

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Le socle de l'analyse de risques

Une analyse de risques commence toujours par la question : que cherche-t-on à protéger ? La méthode EBIOS Risk Manager de l'ANSSI y répond dans son atelier 1 avec les valeurs métier, qui sont des processus ou des informations essentiels, et les biens supports sur lesquels elles reposent. Une cartographie des processus à jour fournit directement les premières ; les ressources inscrites dans les fiches orientent vers les seconds, que la cartographie du SI détaille. Le guide de l'ANSSI sur la cartographie fait le même lien avec sa vue métier.

Le secteur financier en a fait une obligation : l'article 8 de DORA demande d'identifier et de documenter toutes les fonctions métier soutenues par les technologies de l'information et de la communication (TIC), les actifs qui les soutiennent et leurs dépendances. Pour chaque valeur métier, les besoins de sécurité se cotent ensuite en disponibilité, intégrité, confidentialité et preuve (voir notre article sur le DICP), et les scénarios se placent sur une matrice des risques.

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Les erreurs fréquentes

  • Recopier l'organigramme. Un processus traverse souvent plusieurs services ; une carte qui reproduit les directions masque justement les échanges entre elles.
  • Descendre trop bas trop tôt. Cent cinquante processus décrits en détail ne serviront ni au BIA ni à la direction.
  • La dessiner sans les métiers. Une carte faite par le service qualité ou par le RSSI seul décrit l'organisation telle qu'on l'imagine, pas telle qu'elle fonctionne.
  • Oublier les prestataires et les activités confiées à l'extérieur, qui sont souvent les dépendances les plus fragiles.
  • La laisser vieillir. Une carte qui date de la dernière certification ne reflète plus les réorganisations ni les nouveaux outils.
  • Multiplier les cartes. Une pour la qualité, une pour la continuité, une pour le registre des traitements du RGPD : mieux vaut une seule cartographie, réutilisée par tous, comme le permet un système de management bien conçu.

Pour mener vos BIA avec les responsables métier à partir de vos processus et suivre les actions qui en découlent, voyez notre logiciel BIA.

Synthèse

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Une vue d'ensemble, puis le détail

La cartographie des processus montre sur une page les processus de pilotage, de réalisation et de support, puis décrit chacun : finalité, pilote, entrées, sorties, activités et ressources.

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Une méthode courte

Cadrer, recenser avec les métiers, classer, décrire, relier, valider : quelques semaines suffisent pour une organisation de taille moyenne, à condition de rester au bon niveau de détail.

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Un outil pour la continuité et les risques

La carte fournit la liste des activités du BIA et les valeurs métier de l'analyse de risques ; les ressources de chaque processus deviennent les biens supports à protéger.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une cartographie des processus ?

C'est une représentation de l'ensemble des processus d'une organisation et de leurs liens : ce qui entre, ce qui sort, qui pilote, qui en bénéficie. Elle comprend en général une carte d'ensemble sur une page, qui range les processus en familles, et une fiche par processus qui le décrit plus finement.

Quels sont les trois types de processus ?

On distingue couramment les processus de pilotage (ou de management), qui fixent la stratégie et les règles ; les processus de réalisation (ou opérationnels, ou métier), qui produisent ce que l'organisation fournit à ses clients ou usagers ; et les processus de support, qui fournissent les ressources aux autres : personnel, informatique, achats, finances.

Comment faire une cartographie des processus ?

Cadrez le périmètre et le niveau de détail, recensez les processus avec les responsables métier, classez-les en familles, décrivez chacun dans une fiche (finalité, pilote, entrées, sorties, activités, ressources, indicateurs), reliez-les par leurs échanges, puis faites valider la carte par la direction et prévoyez sa mise à jour.

La cartographie des processus est-elle obligatoire pour ISO 9001 ?

Non. ISO 9001 demande de déterminer les processus nécessaires, leurs interactions, leurs entrées et sorties, leurs responsables et leurs indicateurs, mais les notes de l'ISO sur l'information documentée précisent qu'une cartographie formalisée n'est pas exigée. En pratique, c'est la façon la plus simple de montrer que l'exigence est remplie.

Quel lien entre cartographie des processus et BIA ?

Le bilan d'impact sur l'activité (BIA) évalue, activité par activité, les conséquences d'une interruption. La cartographie des processus lui fournit la liste des activités à évaluer et, pour chacune, ses ressources et ses dépendances. Sans carte, le BIA part souvent des applications au lieu des activités, et oublie celles qui ne reposent pas sur l'informatique.

Quelle différence avec la cartographie du SI ?

La cartographie des processus décrit ce que fait l'organisation. La cartographie du système d'information décrit les applications, serveurs et réseaux qui le permettent. Le guide de l'ANSSI sur la cartographie du SI contient d'ailleurs une vue métier qui reprend les processus : les deux cartes se relient par les applications que chaque processus utilise.

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