Guide DORA · Pilier 1
Gestion du risque lié aux TIC : le cadre exigé par DORA
Le premier pilier de DORA, et le plus long, demande à chaque entité financière un cadre complet de gestion du risque TIC, porté par la direction et réexaminé chaque année. Ce chapitre suit les articles 5 à 16 du règlement et leur déclinaison dans le règlement délégué 2024/1774.
- Articles
- 5 à 16 (chapitre II)
- Norme technique
- Règlement délégué (UE) 2024/1774
- Réexamen
- Au moins une fois par an
Chapitres du guide
En bref
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L'organe de direction définit, approuve et supervise le cadre de gestion du risque lié aux TIC, et en porte la responsabilité finale (article 5).
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Le cadre réunit stratégies, politiques, procédures, protocoles et outils ; il est documenté, réexaminé au moins une fois par an et après tout incident majeur (article 6).
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Il comprend une stratégie de résilience opérationnelle numérique, qui fixe notamment le niveau de tolérance au risque lié aux TIC.
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Le règlement suit un cycle : identifier (article 8), protéger (9), détecter (10), répondre et rétablir (11 et 12), apprendre (13), communiquer (14).
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Le règlement délégué 2024/1774 détaille les politiques attendues : gestion des actifs, chiffrement, opérations, réseaux, changements, accès, incidents et continuité.
Gouvernance : la direction en première ligne
DORA commence par la gouvernance, et ce n'est pas un hasard. L'article 5 rend l'organe de direction (conseil d'administration, directoire ou dirigeants effectifs, selon la forme de l'entité) responsable de la gestion du risque lié aux TIC. Il ne s'agit pas d'une délégation à la direction informatique : la direction doit, entre autres :
- porter la responsabilité finale de la gestion du risque lié aux TIC ;
- adopter des politiques qui garantissent un haut niveau de disponibilité, d'authenticité, d'intégrité et de confidentialité des données ;
- attribuer clairement les rôles et responsabilités pour toutes les fonctions liées aux TIC ;
- définir la stratégie de résilience opérationnelle numérique, y compris le niveau de tolérance au risque lié aux TIC ;
- approuver et réexaminer la politique de continuité des activités de TIC, les plans de réponse et de rétablissement, et les plans d'audit TIC ;
- allouer un budget suffisant, y compris pour la sensibilisation et la formation ;
- approuver la politique d'utilisation des services TIC fournis par des prestataires tiers, et se tenir informée des accords conclus, de leurs changements importants et des incidents majeurs.
Les membres de l'organe de direction doivent aussi se former régulièrement pour comprendre et évaluer le risque lié aux TIC. Hors microentreprises, l'entité désigne un rôle chargé de suivre les accords avec les prestataires TIC, ou un cadre dirigeant chargé de ce suivi.
Le cadre de gestion du risque lié aux TIC (article 6)
Le cadre de gestion du risque lié aux TIC est l'ensemble documenté des stratégies, politiques, procédures, protocoles et outils qui protègent les actifs informationnels et informatiques (logiciels, matériels, serveurs) et les infrastructures physiques (locaux, centres de données). Il s'intègre au dispositif global de gestion des risques de l'entité.
- Hors microentreprises, la gestion et le contrôle du risque lié aux TIC sont confiés à une fonction de contrôle suffisamment indépendante, distincte de l'audit interne, selon le modèle des trois lignes de défense ou un modèle équivalent.
- Le cadre est réexaminé au moins une fois par an (périodiquement pour les microentreprises), après tout incident majeur, et à la suite des constats des tests, des audits ou des autorités. Un rapport de réexamen est remis à l'autorité sur demande ; son format est fixé par l'article 27 du règlement délégué 2024/1774.
- Hors microentreprises, le cadre est audité régulièrement par des auditeurs internes compétents en TIC, et les constats critiques font l'objet d'un suivi formel.
- L'entité peut adopter une stratégie multifournisseur pour ses services TIC, au niveau du groupe ou de l'entité.
La stratégie de résilience opérationnelle numérique
Le cadre inclut une stratégie qui explique comment il sera mis en œuvre. L'article 6, paragraphe 8, en liste le contenu minimal :
- le lien entre le cadre et la stratégie et les objectifs de l'entreprise ;
- le niveau de tolérance au risque lié aux TIC, cohérent avec l'appétence pour le risque, et l'analyse de la tolérance aux perturbations ;
- des objectifs de sécurité de l'information, avec des indicateurs clés de performance et de risque ;
- l'architecture TIC de référence et les évolutions nécessaires ;
- les mécanismes de détection, de protection et de prévention des incidents ;
- l'état de la résilience, mesuré notamment par le nombre d'incidents majeurs et l'efficacité des mesures préventives ;
- les tests de résilience et la stratégie de communication en cas d'incident.
Le cycle des articles 7 à 14
Les articles suivants décrivent ce que le cadre doit couvrir. On peut les lire comme un cycle continu, que l'organe de direction pilote et que les incidents et les tests viennent alimenter :
| Article | Étape | Ce que le règlement attend |
|---|---|---|
| 7 | Systèmes et outils | Des systèmes TIC adaptés à l'ampleur des opérations, fiables, dotés de capacités suffisantes et résilients sur le plan technologique. |
| 8 | Identifier | Identifier, classer et documenter les fonctions métier soutenues par les TIC, les actifs et leurs interdépendances, ainsi que les dépendances envers les prestataires ; revoir cette cartographie et les scénarios de risque au moins une fois par an ; évaluer chaque année les systèmes anciens. |
| 9 | Protéger et prévenir | Surveiller en continu la sécurité, réduire l'impact du risque par des politiques de sécurité, de gestion des accès (moindre privilège, authentification forte), des correctifs et des changements. |
| 10 | Détecter | Détecter rapidement les activités anormales, avec plusieurs niveaux de contrôle et des seuils d'alerte qui déclenchent la réponse aux incidents. |
| 11 | Répondre et rétablir | Une politique de continuité des activités de TIC, des plans de réponse et de rétablissement testés au moins une fois par an, une analyse d'impact sur les activités et, hors microentreprises, une fonction de gestion de crise. |
| 12 | Sauvegarder et restaurer | Des politiques de sauvegarde, des restaurations sur des systèmes séparés physiquement et logiquement de la source, des objectifs de délai et de point de reprise par fonction. |
| 13 | Apprendre et évoluer | Tirer les leçons des incidents et des tests, suivre les menaces, former tout le personnel et la direction à la sécurité numérique. |
| 14 | Communiquer | Des plans de communication en cas d'incident, envers les clients, les contreparties et le public, et au moins une personne chargée de la stratégie de communication. |
Ce que précise le règlement délégué 2024/1774
Publié au Journal officiel le 25 juin 2024, le règlement délégué (UE) 2024/1774 transforme les principes des articles 5 à 15 en une liste de politiques et de procédures attendues. Son titre II, pour le régime général, couvre :
- la gestion des actifs de TIC : inventaire, propriétaire, classification, actifs en fin de support ;
- le chiffrement et la gestion des clés cryptographiques ;
- la sécurité des opérations : capacités, gestion des vulnérabilités et des correctifs, sécurité des données et des systèmes, journalisation ;
- la sécurité des réseaux et des informations en transit ;
- la gestion des projets, des acquisitions, du développement et des changements ;
- la sécurité physique et environnementale ;
- les ressources humaines, la gestion des identités et le contrôle d'accès ;
- la détection et la gestion des incidents ;
- la continuité des activités de TIC, ses tests et les plans de réponse et de rétablissement ;
- le format du rapport de réexamen du cadre.
Son titre III décrit le cadre simplifié réservé aux entités de l'article 16 (voir entités concernées). Dans le secteur de l'assurance, la notice de l'ACPR du 18 décembre 2024 reprend ces attentes de façon pratique.
Apprécier le risque lié aux TIC : quelle méthode ?
DORA impose d'identifier les sources de risque, d'évaluer les menaces et les vulnérabilités et de revoir les scénarios de risque au moins une fois par an, mais n'impose pas de méthode. Une analyse de risques conduite selon la norme ISO 27005 ou la méthode EBIOS RM de l'ANSSI répond à cette attente, à condition de couvrir les fonctions critiques ou importantes et les dépendances envers les prestataires. Le résultat se présente utilement sous forme de cartographie des risques pour l'organe de direction.
Les exigences recoupent largement celles d'un système de management de la sécurité de l'information certifié ISO 27001 : une entité déjà certifiée part avec une bonne partie des politiques, mais doit ajouter ce qui est propre à DORA, comme la stratégie de résilience, la tolérance aux perturbations, le registre d'information ou la notification des incidents en heures. Côté continuité, l'article 11 s'appuie sur un plan de continuité d'activité testé.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le risque lié aux TIC selon DORA ?
C'est toute circonstance raisonnablement identifiable, liée à l'utilisation des réseaux et systèmes d'information, qui pourrait compromettre leur sécurité, celle des outils ou processus qui en dépendent, ou les services fournis. Il couvre les cyberattaques comme les pannes, les erreurs ou les défaillances de prestataires.
Qui est responsable du risque lié aux TIC dans une entité financière ?
L'organe de direction. L'article 5 de DORA lui donne la responsabilité finale de la gestion du risque lié aux TIC, de l'approbation du cadre, de la stratégie de résilience et des budgets.
À quelle fréquence réexaminer le cadre de gestion du risque lié aux TIC ?
Au moins une fois par an, ainsi qu'après tout incident majeur et à la suite des constats de tests, d'audits ou de l'autorité de contrôle. Les microentreprises le réexaminent périodiquement.
DORA impose-t-il une méthode d'analyse de risques ?
Non. Le règlement fixe les résultats attendus (identification des risques, scénarios revus au moins chaque année, évaluation des systèmes anciens) sans imposer de méthode. ISO 27005 et EBIOS RM sont couramment utilisées.
Être certifié ISO 27001 suffit-il pour DORA ?
Non, mais cela aide beaucoup. Une partie des politiques est commune ; DORA ajoute des exigences propres, comme la stratégie de résilience opérationnelle numérique, la notification des incidents dans des délais en heures, le programme de tests et le registre d'information.
Sources
Ce chapitre résume et reformule les publications officielles ci-dessous. En cas de doute, le texte officiel fait foi.
- Règlement (UE) 2022/2554 du 14 décembre 2022 sur la résilience opérationnelle numérique du secteur financier (DORA), EUR-Lex, Journal officiel de l'Union européenne L 333 du 27 décembre 2022, 27 décembre 2022.
- Règlement délégué (UE) 2024/1774 : outils, méthodes, processus et politiques de gestion du risque lié aux TIC, et cadre simplifié, EUR-Lex, 25 juin 2024.
- Notice décrivant le cadre de gestion des risques liés aux TIC au sens du règlement DORA (secteur de l'assurance), ACPR, 18 décembre 2024.
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