Guide DORA · Pilier 2
Incident majeur DORA : classer et notifier les incidents liés aux TIC
Tout incident lié aux TIC doit être enregistré ; un incident majeur DORA doit en plus être notifié à l'autorité compétente selon un calendrier serré, en trois temps. Ce chapitre détaille le processus de gestion des incidents, les critères de classification fixés par le règlement délégué 2024/1772 et les délais du règlement délégué 2025/301.
- Articles
- 17 à 23 (chapitre III)
- Normes techniques
- 2024/1772, 2025/301, 2025/302
- Notification initiale
- 4 h après classification, 24 h au plus après détection
Chapitres du guide
En bref
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Chaque entité met en place un processus de gestion des incidents liés aux TIC : enregistrement de tous les incidents, indicateurs d'alerte précoce, rôles, communication, remontée à la direction (article 17).
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Un incident est majeur s'il touche des services critiques et qu'il atteint soit le seuil d'accès malveillant susceptible d'entraîner des pertes de données, soit au moins deux autres seuils (règlement délégué 2024/1772).
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La notification initiale part au plus tard 4 heures après la classification comme majeur et 24 heures après la prise de connaissance de l'incident.
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Le rapport intermédiaire suit dans les 72 heures après la notification initiale ; le rapport final au plus tard un mois après le dernier rapport intermédiaire.
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Si l'incident a une incidence sur leurs intérêts financiers, les clients sont informés sans retard injustifié.
Le processus de gestion des incidents (article 17)
Un incident lié aux TIC est, au sens de DORA, un événement imprévu ou une série d'événements liés qui compromet la sécurité des réseaux et systèmes d'information et nuit à la disponibilité, l'authenticité, l'intégrité ou la confidentialité des données ou des services. L'article 17 demande un processus formalisé pour les détecter, les gérer et les notifier. Il doit notamment :
- enregistrer tous les incidents liés aux TIC et toutes les cybermenaces importantes, et en rechercher la cause originelle ;
- prévoir des indicateurs d'alerte précoce ;
- classer et prioriser les incidents selon leur gravité et la criticité des services touchés ;
- attribuer des rôles et responsabilités par type d'incident ;
- prévoir la communication envers le personnel, les parties externes, les médias et les clients, et l'escalade interne ;
- faire remonter au moins les incidents majeurs à la direction et informer l'organe de direction de leur impact et des mesures prises ;
- définir des procédures de réponse qui rétablissent rapidement des services sûrs.
Ce processus prolonge le cadre décrit au chapitre gestion du risque lié aux TIC : détection (article 10), réponse et rétablissement (article 11), retour d'expérience (article 13).
Classer un incident : les critères du règlement délégué 2024/1772
L'article 18 de DORA liste les critères de classification ; le règlement délégué (UE) 2024/1772 les précise et fixe des seuils d'importance significative. Les sept critères sont :
| Critère | Seuil atteint si… |
|---|---|
| Clients, contreparties financières et transactions | plus de 10 % des clients du service touché, ou plus de 100 000 clients ; plus de 30 % des contreparties financières ; plus de 10 % du nombre ou de la valeur moyenne journalière des transactions ; ou un client ou une contrepartie importante touchée |
| Atteinte à la réputation | l'incident a été relayé par les médias, a suscité des réclamations répétées de clients ou de contreparties, empêche ou risque d'empêcher le respect d'exigences réglementaires, ou risque de faire perdre des clients ou des contreparties (article 2) |
| Durée et interruption de service | l'incident dure plus de 24 heures, ou les services TIC qui soutiennent des fonctions critiques ou importantes sont interrompus plus de 2 heures |
| Répartition géographique | incidence dans au moins deux États membres |
| Pertes de données | atteinte à la disponibilité, l'authenticité, l'intégrité ou la confidentialité des données qui nuit aux objectifs de l'entité ou au respect de ses obligations ; ou accès réussi, malveillant et non autorisé aux systèmes, susceptible d'entraîner des pertes de données |
| Criticité des services touchés | l'incident touche des services TIC ou des réseaux qui soutiennent des fonctions critiques ou importantes, des services financiers soumis à agrément ou à enregistrement, ou s'il y a eu un accès malveillant réussi aux systèmes (condition préalable) |
| Conséquences économiques | coûts et pertes supérieurs, ou susceptibles d'être supérieurs, à 100 000 euros |
La règle de décision
Selon l'article 8 du règlement délégué, un incident est majeur lorsqu'il touche des services critiques et qu'il remplit l'une de ces deux conditions :
- il atteint le seuil de l'accès malveillant et non autorisé susceptible d'entraîner des pertes de données ;
- ou il atteint au moins deux des autres seuils.
Des incidents qui ne sont pas majeurs isolément deviennent majeurs ensemble s'ils se sont produits au moins deux fois en six mois, ont la même cause originelle apparente et remplissent ensemble les conditions. Les entités vérifient chaque mois l'existence de tels incidents récurrents (sauf microentreprises et entités du cadre simplifié).
Les délais de notification : 4 heures, 72 heures, un mois
Les incidents majeurs se notifient à l'autorité compétente (en France, l'ACPR ou l'AMF) avec les formulaires du règlement d'exécution (UE) 2025/302. L'article 19 prévoit trois envois, dont le règlement délégué (UE) 2025/301 fixe les délais :
| Envoi | Délai maximal | Contenu principal |
|---|---|---|
| Notification initiale | Dès que possible et au plus tard 4 heures après la classification comme majeur, sans dépasser 24 heures après la prise de connaissance de l'incident. Si la classification intervient après ces 24 heures, 4 heures après la classification. | Description, date et heure de détection et de classification, critères qui font de l'incident un incident majeur, États membres touchés, origine si elle est connue, activation ou non du plan de continuité |
| Rapport intermédiaire | Au plus tard 72 heures après la notification initiale, même si la situation n'a pas changé ; mis à jour sans retard injustifié et au plus tard au retour à la normale | Justification de la classification, type d'incident, processus et composants touchés, incidence sur les intérêts financiers des clients, mesures de rétablissement, indicateurs de compromission le cas échéant |
| Rapport final | Au plus tard un mois après le rapport intermédiaire ou sa dernière mise à jour | Causes originelles, dates de résolution, coûts et pertes directs et indirects, recouvrements financiers, incidents récurrents le cas échéant |
Si une échéance tombe un week-end ou un jour férié, l'envoi peut intervenir au plus tard à midi le jour ouvrable suivant. Cette tolérance ne vaut pas pour la notification initiale et le rapport intermédiaire des établissements de crédit, des contreparties centrales, des opérateurs de plateformes de négociation et des entités essentielles ou importantes au sens de NIS 2 ; l'autorité peut aussi la retirer à des entités qu'elle juge systémiques. Une entité qui ne peut pas tenir un délai doit en informer l'autorité avant l'échéance, en expliquant pourquoi.
Informer les clients et signaler les cybermenaces
Lorsqu'un incident majeur a une incidence sur les intérêts financiers des clients, l'entité les informe sans retard injustifié et leur indique les mesures prises pour limiter les effets (article 19, paragraphe 3).
Une entité peut aussi notifier volontairement une cybermenace importante, c'est-à-dire une menace dont les caractéristiques techniques laissent penser qu'elle pourrait provoquer un incident majeur. Le règlement délégué 2024/1772 fixe des seuils élevés pour les identifier. Les clients potentiellement concernés peuvent alors être informés des mesures de protection à envisager.
Après chaque envoi, l'autorité compétente transmet les informations utiles aux autorités européennes de surveillance, à la Banque centrale européenne le cas échéant, et aux autorités et centres de réponse aux incidents désignés au titre de NIS 2. L'entité peut confier la rédaction des notifications à un prestataire, mais en reste pleinement responsable.
Les établissements de crédit, de paiement, de monnaie électronique et les prestataires d'information sur les comptes appliquent les mêmes règles aux incidents opérationnels ou de sécurité liés au paiement (article 23).
Exemple : la panne du logiciel de gestion santé
Cet incident a son origine chez un prestataire : c'est le cas le plus fréquent selon le bilan de l'ACPR, qui relevait un tiers impliqué dans plus de la moitié des incidents notifiés en 2025. Le chapitre prestataires tiers et registre d'information montre comment s'y préparer, et notre article sur les attaques par la chaîne d'approvisionnement en donne des exemples réels.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un incident majeur au sens de DORA ?
C'est un incident lié aux TIC qui a une incidence négative importante sur les systèmes soutenant des fonctions critiques ou importantes. En pratique, il touche des services critiques et atteint soit le seuil d'accès malveillant non autorisé susceptible d'entraîner des pertes de données, soit au moins deux autres seuils du règlement délégué 2024/1772.
Quel est le délai de notification d'un incident majeur DORA ?
La notification initiale est due au plus tard 4 heures après la classification de l'incident comme majeur, et au plus tard 24 heures après sa prise de connaissance. Le rapport intermédiaire suit dans les 72 heures, et le rapport final au plus tard un mois après le dernier rapport intermédiaire.
À qui notifier un incident majeur en France ?
À l'autorité compétente de l'entité : l'ACPR pour les banques, assureurs, mutuelles et établissements de paiement, l'AMF pour les sociétés de gestion et les acteurs de marché. Pour une filiale européenne, à l'autorité du pays où se trouve la filiale touchée.
Faut-il notifier une cyberattaque déjouée ?
Pas obligatoirement. Une cybermenace importante peut être notifiée à titre volontaire. Elle doit en revanche être enregistrée dans le processus de gestion des incidents, comme tous les incidents liés aux TIC.
Quelle différence avec la notification d'incident de NIS 2 ?
NIS 2 prévoit une alerte précoce dans les 24 heures, une notification dans les 72 heures et un rapport final dans le mois. DORA ajoute un délai de 4 heures après la classification et s'adresse à l'autorité financière ; pour les entités financières, ce régime s'applique à la place de celui de NIS 2.
Sources
Ce chapitre résume et reformule les publications officielles ci-dessous. En cas de doute, le texte officiel fait foi.
- Règlement (UE) 2022/2554 du 14 décembre 2022 sur la résilience opérationnelle numérique du secteur financier (DORA), EUR-Lex, Journal officiel de l'Union européenne L 333 du 27 décembre 2022, 27 décembre 2022.
- Règlement délégué (UE) 2024/1772 : critères de classification des incidents liés aux TIC et des cybermenaces, seuils d'importance significative, EUR-Lex, 25 juin 2024.
- Règlement délégué (UE) 2025/301 : contenu et délais de la notification initiale et des rapports sur les incidents majeurs, EUR-Lex, 20 février 2025.
- Règlement d'exécution (UE) 2025/302 : formulaires et modèles de notification des incidents majeurs, EUR-Lex.
- Résilience opérationnelle numérique : état des lieux huit mois après l'entrée en vigueur de DORA, ACPR, 9 octobre 2025, mis en ligne en janvier 2026.
- Questions et réponses du webinaire DORA du 23 janvier 2026, ACPR, 20 mars 2026.
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