Démonstration

Guide DORA · Démarche

Mise en conformité DORA : les étapes, de l'état des lieux au contrôle

La conformité DORA ne se résume pas à une liste de documents : le règlement demande un dispositif qui vit, réexaminé chaque année et capable de montrer ses preuves à l'ACPR ou à l'AMF. Ce chapitre propose une démarche en sept étapes, dans un ordre qui évite de refaire le travail, et renvoie pour chacune au chapitre qui détaille les exigences.

Mis à jour le · 8 min de lecture

Point de départ
Le périmètre et le régime applicable (articles 2 et 16)
Responsable
L'organe de direction (article 5)
Rythme
Réexamen du cadre au moins une fois par an (article 6)
Contrôle en France
ACPR ou AMF selon l'entité
Chapitres du guide
  1. Le règlement DORA
  2. Mise en conformité DORA
  3. Entités concernées
  4. Banques et assureurs
  5. Gestion du risque lié aux TIC
  6. Incidents majeurs
  7. Tests de résilience et TLPT
  8. Prestataires et registre d'information
  9. DORA et NIS 2
  10. Glossaire DORA

En bref

  1. La mise en conformité DORA commence par deux vérifications : l'entité est-elle visée par l'article 2, et relève-t-elle du régime général ou du cadre simplifié de l'article 16 ?

  2. L'organe de direction porte la responsabilité finale : il approuve le cadre, la stratégie et le budget, et ses membres doivent se former régulièrement (article 5).

  3. Un état des lieux des politiques, procédures et contrats existants, comparé article par article au règlement et à ses normes techniques, évite de repartir de zéro.

  4. Le cœur du travail est le cadre de gestion du risque lié aux TIC (articles 5 à 16), complété par les processus d'incidents, le programme de tests et la maîtrise des prestataires.

  5. La conformité se prouve dans la durée : réexamen annuel du cadre, audit interne, suivi des constats et registre d'information remis chaque année.

Une démarche en sept étapes

Le règlement DORA fixe des obligations, pas une méthode de mise en œuvre. L'ordre ci-dessous suit la logique du texte : on vérifie d'abord ce qui s'applique, on installe la gouvernance qui portera le projet, on mesure l'écart, puis on construit les dispositifs pilier par pilier avant de les faire vivre.

Un escalier de sept marches qui monte de gauche à droite. 1, périmètre et régime (articles 2, 4 et 16). 2, gouvernance (article 5). 3, état des lieux. 4, cadre de gestion du risque lié aux TIC (articles 6 à 16). 5, incidents et tests (articles 17 à 27). 6, prestataires et registre (articles 28 à 30). 7, faire vivre : réexamen annuel, audit interne (article 6). Une flèche repart de la septième marche vers la troisième. Sous l'escalier, un dossier « preuves » se remplit d'une pièce à chaque marche.
Les sept étapes de la mise en conformité DORA. La dernière boucle sur la troisième : chaque réexamen annuel est un nouvel état des lieux.

Étape 1 : confirmer le périmètre et le régime applicable

L'article 2 liste les 20 catégories d'entités financières visées et ses exclusions. Une fois l'entité dans le champ, deux questions fixent le niveau d'exigence : le principe de proportionnalité de l'article 4, qui adapte la mise en œuvre à la taille, au profil de risque et à la complexité de l'entité, et le cadre simplifié de l'article 16, réservé à certaines petites entités (petites entreprises d'investissement non interconnectées, certains établissements de paiement et de monnaie électronique exemptés, petites institutions de retraite professionnelle…).

Dans un groupe, ce travail se fait entité par entité : une filiale peut relever du régime général, une autre du cadre simplifié, une troisième d'aucun des deux. Le chapitre entités concernées détaille ces cas.

Étape 2 : installer la gouvernance

DORA place la conformité au plus haut niveau. Selon l'article 5, l'organe de direction définit, approuve et supervise le cadre de gestion du risque lié aux TIC et en est responsable. Il fixe les rôles et responsabilités, approuve la stratégie de résilience opérationnelle numérique, la politique de continuité et les plans d'audit, et alloue un budget suffisant. Ses membres doivent maintenir leurs connaissances à jour, notamment par une formation régulière.

Hors microentreprises, l'article 6 demande aussi de confier la gestion et la surveillance du risque lié aux TIC à une fonction de contrôle disposant d'un niveau d'indépendance suffisant, pour éviter qu'une même équipe conçoive, opère et contrôle ses propres mesures.

Étape 3 : faire l'état des lieux

L'état des lieux, ou analyse d'écart, compare ce qui existe déjà aux exigences du règlement et de ses normes techniques, au premier rang desquelles le règlement délégué (UE) 2024/1774 sur les outils, méthodes, processus et politiques de gestion du risque lié aux TIC. Peu d'entités partent de zéro : politiques de sécurité, plans de continuité, contrats et procédures d'incident couvrent souvent une partie des exigences.

Pour que l'exercice soit utile, chaque exigence reçoit un statut (couverte, partiellement couverte, non couverte), la preuve qui la justifie et, si besoin, une action avec un responsable et une échéance. Les écarts se hiérarchisent ensuite selon leur effet sur les fonctions critiques ou importantes.

Si l'entité suit déjà ISO 27001 ou NIS 2, les correspondances sont nombreuses : le chapitre DORA et NIS 2 explique comment mutualiser le travail.

Étape 4 : construire le cadre de gestion du risque lié aux TIC

C'est le chantier le plus lourd. Le cadre des articles 5 à 16 comprend des stratégies, politiques, procédures et outils documentés, ainsi qu'une stratégie de résilience opérationnelle numérique (article 6). Il couvre l'identification des fonctions, des actifs et des dépendances (article 8), la protection et la prévention (article 9), la détection (article 10), la continuité et le rétablissement (articles 11 et 12), puis l'apprentissage et la communication (articles 13 et 14).

La cartographie de l'article 8 est le point de départ concret : on ne protège, ne teste et ne contractualise bien que ce que l'on a identifié. Le chapitre gestion du risque lié aux TIC détaille chaque bloc.

Étape 5 : organiser les incidents et les tests

Deux dispositifs doivent être prêts avant d'en avoir besoin. Le processus de gestion des incidents (articles 17 à 19) fixe comment détecter, classer et notifier un incident majeur, avec des délais comptés en heures : voir le chapitre incidents majeurs. Le programme de tests (articles 24 à 27) prévoit au moins chaque année des tests sur les systèmes qui soutiennent les fonctions critiques ou importantes, et un TLPT tous les trois ans pour les entités désignées : voir tests de résilience et TLPT.

Étape 6 : maîtriser les prestataires et tenir le registre

L'article 28 demande, hors cadre simplifié, une stratégie relative au risque lié aux prestataires tiers de services TIC, un registre d'information de tous les accords contractuels, remis chaque année à l'autorité selon les modèles du règlement d'exécution (UE) 2024/2956, et des stratégies de sortie pour les services qui soutiennent des fonctions critiques ou importantes. L'article 30 liste les clauses que les contrats doivent contenir.

Ce chantier prend du temps parce qu'il dépend des prestataires : il faut collecter leurs informations, puis renégocier les contrats. Mieux vaut le lancer en parallèle de l'étape 4. Le chapitre prestataires et registre en donne le détail.

Étape 7 : faire vivre le dispositif

La conformité DORA n'est jamais acquise. L'article 6 impose de réexaminer le cadre au moins une fois par an (périodiquement pour les microentreprises), ainsi qu'après un incident majeur ou à la suite d'instructions de l'autorité ou de conclusions de tests et d'audits. Le cadre fait l'objet d'un audit interne régulier, et un processus formel de suivi doit garantir que les constats critiques sont vérifiés et corrigés à temps. Un rapport sur le réexamen est remis à l'autorité si elle le demande.

Chaque réexamen est en pratique un nouvel état des lieux : la démarche reboucle sur l'étape 3.

Les preuves à présenter en cas de contrôle

Lors d'un contrôle, l'ACPR ou l'AMF attend des documents datés et approuvés, pas des déclarations. Le tableau suivant récapitule les principales pièces, rattachées à leur article.

Principales preuves de conformité DORA (liste non exhaustive)
PièceCe qu'elle montreArticle
Décisions et procès-verbaux de l'organe de directionApprobation du cadre, de la stratégie, du budget et des plans d'audit5
Cadre de gestion du risque lié aux TIC et rapport de réexamenUn cadre documenté, réexaminé au moins une fois par an6
Stratégie de résilience opérationnelle numériqueLe lien entre la stratégie de l'entité et ses objectifs de résilience6
Inventaire et cartographie des fonctions, actifs et dépendancesL'identification et la classification, revues chaque année8
Politique de continuité, plans de réponse et résultats de testsLa capacité à maintenir ou rétablir les fonctions critiques11 et 12
Programme de formation, y compris pour la directionLa sensibilisation de tout le personnel5 et 13
Procédure de gestion des incidents et notifications envoyéesLe classement et le respect des délais17 à 19
Programme de tests et rapportsDes tests au moins annuels sur les systèmes critiques24 et 25
Registre d'information, stratégie et contratsLa maîtrise des prestataires tiers de services TIC28 et 30
Rapports d'audit interne et suivi des constatsLa correction des écarts dans les délais6

Questions fréquentes

Par où commencer sa mise en conformité DORA ?

Par vérifier que l'entité est visée par l'article 2 et quel régime s'applique (général ou simplifié), puis par faire porter le projet par l'organe de direction. Vient ensuite l'état des lieux, qui compare l'existant aux exigences du règlement et de ses normes techniques.

Qui est responsable de la conformité DORA ?

L'organe de direction. L'article 5 lui confie la responsabilité finale de la gestion du risque lié aux TIC : il approuve le cadre, la stratégie de résilience opérationnelle numérique, la politique de continuité et les plans d'audit, et alloue le budget nécessaire.

À quelle fréquence réexaminer le cadre DORA ?

Au moins une fois par an, sauf pour les microentreprises qui le réexaminent périodiquement, et en plus après un incident majeur ou à la suite d'instructions de l'autorité ou de conclusions de tests et d'audits (article 6).

Quels documents prouvent la conformité DORA ?

Notamment les décisions de l'organe de direction, le cadre de gestion du risque lié aux TIC et son rapport de réexamen, la cartographie des actifs, les plans de continuité, la procédure d'incidents, le programme de tests, le registre d'information et les contrats avec les prestataires, ainsi que les rapports d'audit interne.

Sources

Ce chapitre résume et reformule les publications officielles ci-dessous. En cas de doute, le texte officiel fait foi.

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