Guide DORA · Démarche
Mise en conformité DORA : les étapes, de l'état des lieux au contrôle
La conformité DORA ne se résume pas à une liste de documents : le règlement demande un dispositif qui vit, réexaminé chaque année et capable de montrer ses preuves à l'ACPR ou à l'AMF. Ce chapitre propose une démarche en sept étapes, dans un ordre qui évite de refaire le travail, et renvoie pour chacune au chapitre qui détaille les exigences.
- Point de départ
- Le périmètre et le régime applicable (articles 2 et 16)
- Responsable
- L'organe de direction (article 5)
- Rythme
- Réexamen du cadre au moins une fois par an (article 6)
- Contrôle en France
- ACPR ou AMF selon l'entité
Chapitres du guide
En bref
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La mise en conformité DORA commence par deux vérifications : l'entité est-elle visée par l'article 2, et relève-t-elle du régime général ou du cadre simplifié de l'article 16 ?
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L'organe de direction porte la responsabilité finale : il approuve le cadre, la stratégie et le budget, et ses membres doivent se former régulièrement (article 5).
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Un état des lieux des politiques, procédures et contrats existants, comparé article par article au règlement et à ses normes techniques, évite de repartir de zéro.
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Le cœur du travail est le cadre de gestion du risque lié aux TIC (articles 5 à 16), complété par les processus d'incidents, le programme de tests et la maîtrise des prestataires.
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La conformité se prouve dans la durée : réexamen annuel du cadre, audit interne, suivi des constats et registre d'information remis chaque année.
Une démarche en sept étapes
Le règlement DORA fixe des obligations, pas une méthode de mise en œuvre. L'ordre ci-dessous suit la logique du texte : on vérifie d'abord ce qui s'applique, on installe la gouvernance qui portera le projet, on mesure l'écart, puis on construit les dispositifs pilier par pilier avant de les faire vivre.
- Étape 1 Périmètre et régime Vérifier que l'entité est visée et quel régime s'applique.
- Étape 2 Gouvernance Faire porter le projet par l'organe de direction.
- Étape 3 État des lieux Comparer l'existant au règlement et aux normes techniques.
- Étape 4 Cadre de gestion du risque TIC Documenter, cartographier, protéger, détecter, rétablir.
- Étape 5 Incidents et tests Classer, notifier, tester chaque année.
- Étape 6 Prestataires et registre Stratégie, registre d'information, clauses de l'article 30.
- Étape 7 Faire vivre le dispositif Réexamen annuel, audit interne, suivi des constats.
Étape 1 : confirmer le périmètre et le régime applicable
L'article 2 liste les 20 catégories d'entités financières visées et ses exclusions. Une fois l'entité dans le champ, deux questions fixent le niveau d'exigence : le principe de proportionnalité de l'article 4, qui adapte la mise en œuvre à la taille, au profil de risque et à la complexité de l'entité, et le cadre simplifié de l'article 16, réservé à certaines petites entités (petites entreprises d'investissement non interconnectées, certains établissements de paiement et de monnaie électronique exemptés, petites institutions de retraite professionnelle…).
Dans un groupe, ce travail se fait entité par entité : une filiale peut relever du régime général, une autre du cadre simplifié, une troisième d'aucun des deux. Le chapitre entités concernées détaille ces cas.
Étape 2 : installer la gouvernance
DORA place la conformité au plus haut niveau. Selon l'article 5, l'organe de direction définit, approuve et supervise le cadre de gestion du risque lié aux TIC et en est responsable. Il fixe les rôles et responsabilités, approuve la stratégie de résilience opérationnelle numérique, la politique de continuité et les plans d'audit, et alloue un budget suffisant. Ses membres doivent maintenir leurs connaissances à jour, notamment par une formation régulière.
Hors microentreprises, l'article 6 demande aussi de confier la gestion et la surveillance du risque lié aux TIC à une fonction de contrôle disposant d'un niveau d'indépendance suffisant, pour éviter qu'une même équipe conçoive, opère et contrôle ses propres mesures.
Étape 3 : faire l'état des lieux
L'état des lieux, ou analyse d'écart, compare ce qui existe déjà aux exigences du règlement et de ses normes techniques, au premier rang desquelles le règlement délégué (UE) 2024/1774 sur les outils, méthodes, processus et politiques de gestion du risque lié aux TIC. Peu d'entités partent de zéro : politiques de sécurité, plans de continuité, contrats et procédures d'incident couvrent souvent une partie des exigences.
Pour que l'exercice soit utile, chaque exigence reçoit un statut (couverte, partiellement couverte, non couverte), la preuve qui la justifie et, si besoin, une action avec un responsable et une échéance. Les écarts se hiérarchisent ensuite selon leur effet sur les fonctions critiques ou importantes.
Si l'entité suit déjà ISO 27001 ou NIS 2, les correspondances sont nombreuses : le chapitre DORA et NIS 2 explique comment mutualiser le travail.
Étape 4 : construire le cadre de gestion du risque lié aux TIC
C'est le chantier le plus lourd. Le cadre des articles 5 à 16 comprend des stratégies, politiques, procédures et outils documentés, ainsi qu'une stratégie de résilience opérationnelle numérique (article 6). Il couvre l'identification des fonctions, des actifs et des dépendances (article 8), la protection et la prévention (article 9), la détection (article 10), la continuité et le rétablissement (articles 11 et 12), puis l'apprentissage et la communication (articles 13 et 14).
La cartographie de l'article 8 est le point de départ concret : on ne protège, ne teste et ne contractualise bien que ce que l'on a identifié. Le chapitre gestion du risque lié aux TIC détaille chaque bloc.
Étape 5 : organiser les incidents et les tests
Deux dispositifs doivent être prêts avant d'en avoir besoin. Le processus de gestion des incidents (articles 17 à 19) fixe comment détecter, classer et notifier un incident majeur, avec des délais comptés en heures : voir le chapitre incidents majeurs. Le programme de tests (articles 24 à 27) prévoit au moins chaque année des tests sur les systèmes qui soutiennent les fonctions critiques ou importantes, et un TLPT tous les trois ans pour les entités désignées : voir tests de résilience et TLPT.
Étape 6 : maîtriser les prestataires et tenir le registre
L'article 28 demande, hors cadre simplifié, une stratégie relative au risque lié aux prestataires tiers de services TIC, un registre d'information de tous les accords contractuels, remis chaque année à l'autorité selon les modèles du règlement d'exécution (UE) 2024/2956, et des stratégies de sortie pour les services qui soutiennent des fonctions critiques ou importantes. L'article 30 liste les clauses que les contrats doivent contenir.
Ce chantier prend du temps parce qu'il dépend des prestataires : il faut collecter leurs informations, puis renégocier les contrats. Mieux vaut le lancer en parallèle de l'étape 4. Le chapitre prestataires et registre en donne le détail.
Étape 7 : faire vivre le dispositif
La conformité DORA n'est jamais acquise. L'article 6 impose de réexaminer le cadre au moins une fois par an (périodiquement pour les microentreprises), ainsi qu'après un incident majeur ou à la suite d'instructions de l'autorité ou de conclusions de tests et d'audits. Le cadre fait l'objet d'un audit interne régulier, et un processus formel de suivi doit garantir que les constats critiques sont vérifiés et corrigés à temps. Un rapport sur le réexamen est remis à l'autorité si elle le demande.
Chaque réexamen est en pratique un nouvel état des lieux : la démarche reboucle sur l'étape 3.
Les preuves à présenter en cas de contrôle
Lors d'un contrôle, l'ACPR ou l'AMF attend des documents datés et approuvés, pas des déclarations. Le tableau suivant récapitule les principales pièces, rattachées à leur article.
| Pièce | Ce qu'elle montre | Article |
|---|---|---|
| Décisions et procès-verbaux de l'organe de direction | Approbation du cadre, de la stratégie, du budget et des plans d'audit | 5 |
| Cadre de gestion du risque lié aux TIC et rapport de réexamen | Un cadre documenté, réexaminé au moins une fois par an | 6 |
| Stratégie de résilience opérationnelle numérique | Le lien entre la stratégie de l'entité et ses objectifs de résilience | 6 |
| Inventaire et cartographie des fonctions, actifs et dépendances | L'identification et la classification, revues chaque année | 8 |
| Politique de continuité, plans de réponse et résultats de tests | La capacité à maintenir ou rétablir les fonctions critiques | 11 et 12 |
| Programme de formation, y compris pour la direction | La sensibilisation de tout le personnel | 5 et 13 |
| Procédure de gestion des incidents et notifications envoyées | Le classement et le respect des délais | 17 à 19 |
| Programme de tests et rapports | Des tests au moins annuels sur les systèmes critiques | 24 et 25 |
| Registre d'information, stratégie et contrats | La maîtrise des prestataires tiers de services TIC | 28 et 30 |
| Rapports d'audit interne et suivi des constats | La correction des écarts dans les délais | 6 |
Questions fréquentes
Par où commencer sa mise en conformité DORA ?
Par vérifier que l'entité est visée par l'article 2 et quel régime s'applique (général ou simplifié), puis par faire porter le projet par l'organe de direction. Vient ensuite l'état des lieux, qui compare l'existant aux exigences du règlement et de ses normes techniques.
Qui est responsable de la conformité DORA ?
L'organe de direction. L'article 5 lui confie la responsabilité finale de la gestion du risque lié aux TIC : il approuve le cadre, la stratégie de résilience opérationnelle numérique, la politique de continuité et les plans d'audit, et alloue le budget nécessaire.
À quelle fréquence réexaminer le cadre DORA ?
Au moins une fois par an, sauf pour les microentreprises qui le réexaminent périodiquement, et en plus après un incident majeur ou à la suite d'instructions de l'autorité ou de conclusions de tests et d'audits (article 6).
Quels documents prouvent la conformité DORA ?
Notamment les décisions de l'organe de direction, le cadre de gestion du risque lié aux TIC et son rapport de réexamen, la cartographie des actifs, les plans de continuité, la procédure d'incidents, le programme de tests, le registre d'information et les contrats avec les prestataires, ainsi que les rapports d'audit interne.
Sources
Ce chapitre résume et reformule les publications officielles ci-dessous. En cas de doute, le texte officiel fait foi.
- Règlement (UE) 2022/2554 du 14 décembre 2022 sur la résilience opérationnelle numérique du secteur financier (DORA), EUR-Lex, Journal officiel de l'Union européenne L 333 du 27 décembre 2022, 27 décembre 2022.
- Règlement délégué (UE) 2024/1774 : outils, méthodes, processus et politiques de gestion du risque lié aux TIC, et cadre simplifié, EUR-Lex, 25 juin 2024.
- Règlement d'exécution (UE) 2024/2956 : modèles normalisés du registre d'information, EUR-Lex, 2 décembre 2024.
- Notice décrivant le cadre de gestion des risques liés aux TIC au sens du règlement DORA (secteur de l'assurance), ACPR, 18 décembre 2024.
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