Zero trust : principes, architecture et mise en œuvre progressive
Le zero trust renonce à la confiance accordée par la position sur le réseau : chaque accès est vérifié selon l'identité, l'état du poste et le contexte. Principes, architecture et mise en œuvre pas à pas.
Le zero trust, ou confiance zéro, est un modèle de sécurité selon lequel aucun utilisateur, aucun poste et aucun flux n'est digne de confiance du seul fait de sa position sur le réseau : chaque accès à une ressource est vérifié, selon l'identité, l'état du terminal et le contexte, et limité au strict nécessaire. Sa référence est la publication SP 800-207 du NIST, l'institut américain des normes et de la technologie. En France, l'ANSSI l'accueille favorablement tout en insistant sur un point : c'est une démarche progressive, qui complète la défense en profondeur sans la remplacer.
Qu'est-ce que le zero trust ?
Le modèle classique protège un périmètre : à l'intérieur du réseau de l'entreprise, on fait confiance ; à l'extérieur, on filtre. Ce modèle a deux faiblesses. D'abord, le périmètre s'est dissous : télétravail, services en ligne, cloud, prestataires connectés, terminaux mobiles. Ensuite, un attaquant qui franchit la barrière, par un mot de passe volé ou un équipement de bordure vulnérable, circule ensuite librement d'un serveur à l'autre.
La publication NIST SP 800-207, parue en août 2020, définit le zero trust comme un ensemble de concepts destinés à réduire l'incertitude lorsqu'on décide, demande par demande, d'accorder un accès au plus juste, en considérant le réseau comme déjà compromis. L'architecture zero trust est le plan qui applique ces concepts aux flux, aux composants et aux politiques d'accès d'une organisation.
Le zero trust n'est donc ni un produit ni une technologie unique : c'est une manière de concevoir les accès, que l'on met en œuvre avec plusieurs briques (gestion des identités, authentification forte, gestion des terminaux, segmentation, journalisation).
Les sept principes du zero trust selon le NIST
- Tout est ressource : données, applications, services, y compris les petits équipements et les services en ligne.
- Toutes les communications sont protégées, quel que soit l'endroit du réseau d'où elles partent : être sur le réseau interne ne dispense ni d'authentification ni de chiffrement.
- L'accès est accordé session par session, avec le moins de privilèges possible ; un accès à une ressource n'en ouvre pas une autre.
- L'accès dépend d'une politique dynamique, qui tient compte de l'identité du demandeur, de l'application, de l'état du terminal et d'autres attributs de comportement ou d'environnement.
- L'organisation surveille l'intégrité et la posture de sécurité de tous les actifs qu'elle possède ou qui y sont associés.
- Authentification et autorisation sont dynamiques et strictement appliquées avant tout accès, et réévaluées en cours de session.
- L'organisation collecte un maximum d'informations sur ses actifs, son réseau et ses communications, et s'en sert pour améliorer sa sécurité.
L'architecture zero trust : décision et application
Le NIST décrit une architecture logique qui sépare clairement celui qui décide de celui qui applique :
- le moteur de politique décide d'accorder, de refuser ou de révoquer un accès, à partir de la politique de l'organisation et des signaux disponibles ;
- l'administrateur de politique exécute cette décision : il ouvre ou ferme le chemin entre le demandeur et la ressource, par exemple en délivrant un jeton de session. Les deux forment ensemble le point de décision ;
- le point d'application se place devant la ressource, laisse passer ou bloque, et surveille la connexion.
Les signaux qui nourrissent la décision viennent de nombreuses sources : annuaire et gestion des identités, état de conformité des terminaux, renseignement sur les menaces, journaux d'activité, classification des données. Le NIST distingue trois façons de bâtir l'ensemble, souvent combinées : en s'appuyant d'abord sur une gouvernance renforcée des identités, sur la microsegmentation du réseau, ou sur un périmètre défini par logiciel qui n'expose les applications qu'aux demandeurs autorisés.
Le modèle a ses propres fragilités, que le NIST recense : le point de décision devient une cible de choix (s'il est contourné ou indisponible, tout s'arrête ou tout s'ouvre), les identifiants volés restent une menace, le trafic chiffré limite la visibilité, et la dépendance à des formats propriétaires peut enfermer l'organisation chez un fournisseur. Ces composants doivent donc eux-mêmes être protégés, redondés et surveillés.
Ce que dit l'ANSSI sur le modèle zero trust
Dans son avis scientifique et technique d'avril 2021, l'ANSSI juge que le zero trust s'inscrit dans la logique de défense en profondeur qu'elle promeut depuis longtemps, tout en rompant avec le paradigme d'un périmètre strict. Elle en retient des contrôles réguliers, dynamiques et granulaires, le moindre privilège, la vérification quelle que soit l'origine réseau de la demande et la réauthentification périodique. Mais elle pose trois limites :
- la migration doit être progressive : les nouvelles solutions s'intègrent à un dispositif global de défense, elles ne le remplacent pas ;
- les solutions manquent encore de maturité : mal installées ou mal configurées, elles peuvent affaiblir le système d'information au lieu de le renforcer ;
- le risque d'un faux sentiment de sécurité est réel si l'on croit qu'un produit « zero trust » suffit.
En juin 2025, l'agence a publié Modèle Zero Trust : les fondamentaux, qui propose une douzaine de recommandations pour adopter le modèle de façon maîtrisée et progressive, à destination d'un large public : RSSI, DSI, administrateurs, développeurs et utilisateurs. Pour un RSSI, le message est clair : le zero trust se pilote comme un programme de transformation, inscrit dans la PSSI, pas comme un achat.
Zero trust, NIS 2 et DORA
Aucun texte n'impose le zero trust sous ce nom. Les deux grands textes européens de cybersécurité en reprennent pourtant les briques :
- NIS 2 : le considérant 89 cite les principes de confiance zéro parmi les pratiques de cyberhygiène que les entités devraient adopter, aux côtés des mises à jour, de la segmentation du réseau, de la gestion des identités et des accès et de la sensibilisation. L'article 21 exige notamment des politiques de contrôle d'accès et l'authentification multifacteur lorsqu'elle est appropriée (voir notre chapitre sur les mesures de l'article 21).
- DORA : l'article 9 demande aux entités financières de limiter l'accès physique et logique aux actifs informationnels et informatiques à ce qui est nécessaire pour des fonctions légitimes et approuvées, et de mettre en place des mécanismes d'authentification forte. Notre guide détaille le cadre de gestion du risque lié aux TIC.
Côté cloud, une qualification comme SecNumCloud garantit le niveau de sécurité de l'hébergeur, mais la façon dont vos utilisateurs accèdent à vos applications reste de votre ressort : c'est là que le zero trust intervient.
Mettre en œuvre le zero trust de façon progressive
Le NIST propose une démarche en sept temps, que l'on peut suivre périmètre par périmètre :
- Identifier les acteurs : utilisateurs, comptes de service, prestataires, avec leurs droits réels.
- Identifier les actifs : terminaux, applications, données, y compris ceux du shadow IT et les agents d'IA (shadow AI). On ne protège pas ce qu'on ne connaît pas ; la cartographie du SI sert de base.
- Identifier les processus clés et évaluer les risques : quels flux soutiennent les activités essentielles, et lesquels exposent le plus ? Une analyse de risques, par exemple avec la méthode EBIOS Risk Manager, aide à choisir le premier périmètre.
- Formuler les politiques d'accès pour ce périmètre : qui, depuis quel terminal, dans quelles conditions, pour quelle durée.
- Choisir les solutions qui s'intègrent à l'existant.
- Déployer et observer : faire tourner les politiques en mode observation avant de bloquer, pour éviter de couper des usages légitimes.
- Étendre à d'autres périmètres, en tirant les leçons du premier.
Pour situer sa progression, le modèle de maturité de la CISA, l'agence américaine de cybersécurité, découpe le chantier en cinq piliers (identités, terminaux, réseaux, applications et charges de travail, données), chacun évalué sur quatre stades, de traditionnel à optimal. Les premiers pas sont souvent les mêmes partout : authentification multifacteur pour tous les comptes, à commencer par les administrateurs et les accès distants ; inventaire et contrôle de l'état des terminaux ; séparation de l'administration ; remplacement d'un accès distant qui ouvre tout le réseau par des accès application par application, par exemple pour les prestataires.
Chaque étape réduit un risque identifié : c'est ce lien qu'il faut pouvoir montrer à la direction. Le logiciel d'analyse de risques Phinasoft sert à choisir les périmètres prioritaires et à suivre le niveau de risque au fil des mesures.
Synthèse
Plus de confiance implicite
Le zero trust ne fait confiance ni au réseau interne, ni à un poste déjà authentifié. Chaque accès à une ressource est décidé selon l'identité, l'état du terminal et le contexte, avec les droits au plus juste.
Un modèle, pas un produit
La publication NIST SP 800-207 décrit des principes et une architecture logique : point de décision, point d'application, signaux. Aucun outil ne l'apporte clés en main.
Une démarche progressive
L'ANSSI insiste : le zero trust complète la défense en profondeur sans la remplacer. On commence par l'inventaire, l'authentification forte et un périmètre pilote, choisis par l'analyse de risques.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le zero trust ?
Le zero trust, ou confiance zéro, est un modèle de sécurité qui part du principe qu'aucun utilisateur, aucun poste et aucun flux n'est digne de confiance du seul fait de sa position sur le réseau. Chaque accès à une ressource est vérifié selon l'identité, l'état du terminal et le contexte, et limité au strict nécessaire, pour une durée limitée.
Quels sont les principes du zero trust ?
La publication NIST SP 800-207 en retient sept : toutes les sources de données et services sont des ressources ; toutes les communications sont sécurisées quel que soit l'emplacement réseau ; l'accès est accordé session par session ; il dépend d'une politique dynamique ; l'organisation surveille l'intégrité et la posture de sécurité de ses actifs ; authentification et autorisation sont dynamiques et appliquées strictement avant tout accès ; l'organisation collecte un maximum d'informations pour améliorer sa sécurité.
Le zero trust remplace-t-il le VPN et le pare-feu ?
Pas forcément, et pas d'un coup. Les accès distants fondés sur le zero trust peuvent remplacer un VPN qui donne accès à tout le réseau, mais l'ANSSI rappelle que le modèle s'inscrit dans la défense en profondeur : cloisonnement, filtrage et protection du périmètre restent utiles. Les nouvelles briques s'ajoutent au dispositif existant.
Le zero trust est-il obligatoire ?
Non. Aucun texte ne l'impose sous ce nom. Le considérant 89 de NIS 2 cite toutefois les principes de confiance zéro parmi les pratiques de cyberhygiène attendues, et NIS 2 comme DORA exigent un contrôle des accès strict et une authentification forte, qui en sont des briques essentielles.
Par où commencer une démarche zero trust ?
Par l'inventaire des utilisateurs, des terminaux, des applications et des données, puis l'analyse des risques pour choisir un premier périmètre (par exemple l'accès distant des prestataires à une application sensible). On y généralise l'authentification multifacteur, on vérifie l'état des postes, on déploie en mode observation, puis on étend progressivement.
Quels sont les risques du zero trust ?
Le point de décision devient un composant critique : s'il est compromis ou indisponible, les accès le sont aussi. Le NIST cite aussi le vol d'identifiants, le manque de visibilité sur le trafic chiffré et la dépendance à des formats propriétaires. L'ANSSI met en garde contre des solutions encore peu matures, qu'une mauvaise configuration peut rendre contre-productives, avec un faux sentiment de sécurité.
Sources (7)
- NIST — SP 800-207, Zero Trust Architecture, août 2020
- ANSSI — Le modèle Zero Trust, avis scientifique et technique, avril 2021
- ANSSI — ANSSI views on the Zero Trust model (version anglaise)
- ANSSI — Modèle Zero Trust : les fondamentaux, ANSSI-PA-111, version 1.0, 20 juin 2025
- CISA — Zero Trust Maturity Model, version 2.0, avril 2023
- Directive (UE) 2022/2555 (NIS 2) — considérant 89 et article 21
- Règlement (UE) 2022/2554 (DORA) — article 9
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