Démonstration

RSSI et DPO : rôles, différences et collaboration

L'un protège le système d'information, l'autre les personnes dont on traite les données : comment le RSSI et le DPO se répartissent les rôles, où ils se recoupent et comment travailler ensemble.

· 11 min de lecture
Illustration : un bouclier de verre au cœur orange

Le RSSI et le DPO travaillent sur les mêmes données, mais pas pour la même raison : le premier protège le système d'information contre les menaces, le second veille à ce que l'organisme respecte le RGPD et les droits des personnes. Leurs missions se croisent sans cesse (sécurité des traitements, violations de données, analyses d'impact, sous-traitants), ce qui pose deux questions : comment se répartir le travail, et peut-on confier les deux rôles à la même personne ?

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RSSI et DPO : deux fonctions, deux logiques

Le RSSI, responsable de la sécurité des systèmes d'information, définit et fait appliquer la politique de sécurité, pilote l'analyse de risques, la réponse aux incidents et la continuité. Son objet est le système d'information dans son ensemble : données personnelles, mais aussi secrets industriels, données financières, disponibilité des services. Son poste n'est imposé par aucun texte général, même si NIS 2 et le secteur public supposent une fonction de ce type.

Le DPO, délégué à la protection des données, est une fonction créée par le RGPD (articles 37 à 39). Il informe et conseille l'organisme, contrôle le respect du règlement, rend des avis sur les analyses d'impact et sert de point de contact avec la CNIL. Son objet est la donnée personnelle et les droits des personnes. Il doit être indépendant, ne reçoit pas d'instruction sur ses missions et rend compte au plus haut niveau de la direction.

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RSSI et DPO : le tableau des différences

CritèreRSSIDPO
Ce qu'il protègeLe système d'information et toutes ses données (disponibilité, intégrité, confidentialité, traçabilité)Les données personnelles et les droits des personnes concernées
Base juridiquePas de texte général ; exigences indirectes de NIS 2, DORA, du secteur public et de la santéRGPD, articles 37 à 39
Obligatoire ?Rarement imposé nommémentOui pour le secteur public et certaines activités à grande échelle (article 37)
PostureDécide ou propose des mesures, pilote des projetsConseille et contrôle, sans décider des finalités ni des moyens des traitements
IndépendanceSelon l'organisation et son rattachementGarantie par la loi : pas d'instruction, pas de sanction pour l'exercice de ses missions
Interlocuteurs externesANSSI, CERT-FR, CSIRT sectoriels, autorités de NIS 2 et DORACNIL et personnes concernées
Documents clésPSSI, analyse de risques, plan de sécurité, dossier d'incidentRegistre des traitements, avis sur les AIPD, registre des violations
ProfilPlutôt technique et gestion des risquesPlutôt juridique et conformité, avec une culture technique
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Là où les missions du RSSI et du DPO se croisent

  • La sécurité des traitements (article 32). Le RGPD exige des mesures techniques et organisationnelles adaptées au risque. Le RSSI les conçoit et les met en œuvre ; le DPO vérifie qu'elles sont proportionnées pour les données personnelles.
  • La protection des données dès la conception (article 25). Chaque nouveau projet passe devant les deux : le RSSI pour la sécurité, le DPO pour la minimisation, les durées de conservation et l'information des personnes (voir le chapitre privacy by design).
  • Les analyses d'impact. L'AIPD est menée par le responsable du traitement, sur avis du DPO ; son volet « risques pour les personnes » s'appuie souvent sur l'analyse de risques du RSSI.
  • Les sous-traitants (article 28). Le DPO vérifie les clauses du contrat (voir le chapitre sur l'article 28) ; le RSSI évalue la sécurité réelle du prestataire, par exemple avec un questionnaire de sécurité.
  • La journalisation et la surveillance des salariés. Les journaux servent la sécurité mais sont des données personnelles : leur durée de conservation et leur accès se décident à deux.
  • La sensibilisation. L'article 39 confie au DPO la formation du personnel aux règles du RGPD ; le programme de sensibilisation à la cybersécurité du RSSI gagne à intégrer ce volet.
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Un incident, deux analyses, deux notifications

La violation de données est le moment où la collaboration se voit. La CNIL a reçu 6 167 notifications en 2025, un record, en hausse de 9,5 % sur un an, dont la moitié liée à un piratage. Pour une entité soumise à NIS 2, deux régimes courent en même temps :

RégimeDéclencheurDélaisDestinatairePilote habituel
NIS 2, article 23Incident important, ayant un impact significatif sur les servicesAlerte précoce sous 24 h, notification sous 72 h, rapport final sous un moisCSIRT ou autorité compétente (en France, l'ANSSI)RSSI
RGPD, article 33Violation de données personnelles présentant un risque pour les personnesNotification sous 72 h après en avoir pris connaissance, complétable ensuiteCNILDPO, pour le responsable du traitement
RGPD, article 34Risque élevé pour les droits et libertésDans les meilleurs délaisPersonnes concernéesDPO et communication
Schéma animé en deux couloirs, RSSI et DPO. Heure 0 : le RSSI détecte et contient l'incident, qualifie et préserve les traces ; une flèche passe au DPO qui, dans les heures qui suivent, vérifie si des données personnelles sont touchées et apprécie le risque pour les personnes. Sous 24 heures, le RSSI envoie l'alerte précoce au CSIRT ou à l'autorité prévue par NIS 2 ; sous 72 heures, la notification d'incident NIS 2 (gravité, impact, indicateurs). En parallèle, sous 72 heures, le DPO prépare la notification à la CNIL pour le responsable du traitement. Message : le RSSI mesure l'impact sur le système, le DPO le risque pour les personnes.
Face à une même violation de données, le RSSI et le DPO mènent deux analyses en parallèle et deux notifications, avec des délais différents selon NIS 2 et le RGPD.

Le cas pratique publié par la CNIL sur une cyberattaque chez un sous-traitant illustre ce partage : le RSSI confirme la fuite et déclenche la procédure d'alerte, le DPO évalue les données touchées et le niveau de risque pour les personnes avant la notification. Le RSSI apporte les faits techniques (périmètre, durée, données exfiltrées) ; le DPO les traduit en risque pour les personnes et en obligations. Les deux tiennent chacun leur registre : dossier d'incident d'un côté (voir ISO 27035), registre des violations exigé par l'article 33, paragraphe 5, de l'autre. Le chapitre du guide NIS 2 sur la notification des incidents détaille le contenu attendu de chaque message.

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Peut-on cumuler les fonctions de RSSI et de DPO ?

L'article 38, paragraphe 6, du RGPD autorise le DPO à exercer d'autres missions, à condition qu'elles n'entraînent pas de conflit d'intérêts. Dans l'arrêt X-FAB du 9 février 2023, la Cour de justice a précisé le critère : le DPO ne peut pas occuper une fonction qui le conduit à déterminer les finalités et les moyens d'un traitement. La fiche de la CNIL sur les conflits d'intérêts prend justement l'exemple du RSSI : s'il fixe la durée de conservation des journaux ou propose les mesures de sécurité, il contrôlerait, comme DPO, ses propres décisions. L'appréciation se fait au cas par cas, et c'est à l'organisme de mettre fin au conflit.

Le sujet n'est pas théorique : l'action coordonnée du Comité européen de la protection des données consacrée aux DPO, menée en 2023 par 25 autorités et fondée sur plus de 17 000 réponses, recommande de renforcer leur indépendance et leurs moyens. Les solutions courantes quand les effectifs sont réduits :

  • un DPO externe ou mutualisé (groupement, fédération, prestataire), le RSSI restant interne ;
  • un RSSI à temps partagé, le DPO étant une personne de la direction juridique ou de la conformité ;
  • si le cumul est maintenu, un déport documenté : sur les sujets où le RSSI décide, l'avis du DPO est rendu par une autre personne.

Le chapitre DPO du guide RGPD détaille ces options et les garanties à prévoir.

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Organiser la collaboration entre RSSI et DPO

Plutôt qu'un cumul, la plupart des organisations formalisent un binôme. Un tableau de répartition des rôles évite les angles morts (R : réalise, A : approuve, C : consulté, I : informé) :

ActivitéRSSIDPODirection
Politique de sécurité (PSSI)RCA
Registre des traitementsCRA
Analyse d'impact (AIPD)R (volet sécurité)C (avis obligatoire)A
Qualification d'un incidentRI puis CI
Notification NIS 2RIA
Notification CNIL et information des personnesCRA
Évaluation d'un sous-traitantR (sécurité)R (contrat, article 28)A
Sensibilisation du personnelRR (volet RGPD)A

Trois rituels suffisent souvent : un point mensuel sur les nouveaux projets, les incidents et les prestataires entrants ; une procédure commune de gestion des violations, testée lors d'un exercice ; une revue annuelle conjointe présentée à la direction. La norme ISO 27701 fournit un cadre commun aux deux fonctions, et le risk manager peut les réunir autour de la cartographie des risques.

Pour tenir le registre et mener les analyses d'impact au même endroit que les évaluations de sécurité, le module RGPD de Phinasoft relie les deux démarches ; notre guide RGPD détaille la méthode.

Synthèse

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Deux objets différents

Le RSSI protège le système d'information et ses données de toute nature ; le DPO veille au respect du RGPD et des droits des personnes. Le second est imposé par la loi dans certains cas, le premier rarement.

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Un cumul risqué

Un RSSI qui décide des mesures de sécurité contrôlerait ses propres choix en tant que DPO : la CNIL cite cet exemple de conflit d'intérêts. L'appréciation se fait au cas par cas.

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Un binôme organisé

Procédure commune de gestion des violations, revue des projets et des sous-traitants, analyses d'impact à deux voix : la collaboration se formalise plutôt qu'elle ne s'improvise.

Questions fréquentes

Quelle différence entre un RSSI et un DPO ?

Le RSSI (responsable de la sécurité des systèmes d'information) protège le système d'information contre les menaces : il définit la politique de sécurité, pilote les risques et les incidents. Le DPO (délégué à la protection des données) veille à ce que l'organisme respecte le RGPD : il informe, conseille, contrôle et sert de point de contact avec la CNIL. Le premier protège les systèmes et toutes les données, le second les droits des personnes.

Le RSSI peut-il être DPO ?

C'est rarement une bonne idée. Le RGPD autorise le DPO à exercer d'autres missions si elles ne créent pas de conflit d'intérêts (article 38, paragraphe 6). La CNIL cite le RSSI comme exemple : s'il fixe la durée de conservation des journaux ou propose les mesures de sécurité, il contrôlerait comme DPO ses propres décisions. L'organisme doit apprécier la situation au cas par cas et, s'il y a conflit, y mettre fin.

Le DPO est-il obligatoire ?

Oui pour les autorités et organismes publics, et pour les organismes dont l'activité de base les amène à suivre des personnes de façon régulière et systématique à grande échelle, ou à traiter à grande échelle des données sensibles ou relatives aux condamnations (article 37 du RGPD). Dans les autres cas, il est facultatif mais recommandé.

Le RSSI est-il obligatoire ?

Aucun texte n'impose un RSSI à toutes les entreprises. Certains cadres l'exigent ou le supposent : le secteur public, la santé dans certains programmes, et NIS 2, qui impose une gouvernance et des responsables de la sécurité sans nommer le poste. Notre article sur le RSSI détaille ces cas.

Qui notifie une violation de données à la CNIL ?

C'est le responsable du traitement, c'est-à-dire l'organisme, qui doit notifier la CNIL dans les 72 heures après en avoir pris connaissance, lorsque la violation présente un risque pour les personnes (article 33). En pratique, le DPO prépare souvent la notification et le RSSI fournit les éléments techniques. Si l'organisme est aussi soumis à NIS 2, une alerte précoce sous 24 heures et une notification sous 72 heures vont en parallèle au CSIRT ou à l'autorité compétente.

À qui rendent compte le RSSI et le DPO ?

Le DPO fait rapport au niveau le plus élevé de la direction et ne reçoit aucune instruction sur l'exercice de ses missions (article 38). Le RSSI est rattaché selon les organisations à la direction générale, à la DSI ou à la direction des risques ; le rattachement direct à la direction est de plus en plus recommandé.

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