Démonstration

Guide RGPD · Article 25

Privacy by design : la protection des données dès la conception et par défaut

Le privacy by design (protection de la vie privée dès la conception) consiste à intégrer la protection des données dans un service ou un traitement dès sa conception et tout au long de sa vie, plutôt que de l'ajouter à la fin. L'article 25 du RGPD en fait une obligation, complétée par la protection par défaut (privacy by default). Ce chapitre présente ses sept principes fondateurs, explique ce qu'exigent ces deux obligations, d'après le texte et les lignes directrices du Comité européen de la protection des données, et comment le délégué à la protection des données (DPO) et le responsable de la sécurité des systèmes d'information (RSSI) les intègrent aux projets et aux achats.

Mis à jour le · 11 min de lecture

Article du RGPD
25
Référence
Lignes directrices CEPD 4/2019
Concerne
Tous les responsables du traitement
Chapitres du guide
  1. Le RGPD pour le RSSI et le DPO
  2. Mise en conformité RGPD
  3. Le DPO
  4. Article 28 : le sous-traitant
  5. Le registre des traitements
  6. Privacy by design (art. 25)
  7. Anonymisation et pseudonymisation
  8. Audit RGPD
  9. Glossaire RGPD

En bref

  1. Le privacy by design est né dans les années 1990 au Canada et repose sur sept principes fondateurs, dont la protection proactive et la protection par défaut.

  2. Le privacy by design est appelé dans le RGPD protection des données dès la conception ; le privacy by default, protection des données par défaut. Les deux figurent à l'article 25.

  3. Dès la conception : choisir des mesures techniques et organisationnelles qui appliquent effectivement les principes du RGPD, au moment de définir les moyens du traitement puis pendant toute sa durée.

  4. Par défaut : seules les données nécessaires à chaque finalité sont traitées, en jouant sur quatre leviers : quantité collectée, étendue du traitement, durée de conservation et accessibilité.

  5. Le choix des mesures tient compte de l'état des connaissances, notion évolutive, du coût, du contexte et des risques pour les personnes. Le coût ne justifie jamais l'absence de protection.

  6. L'obligation vise le responsable du traitement, mais les lignes directrices du CEPD l'invitent à l'exiger de ses prestataires dès l'appel d'offres et encouragent les éditeurs à l'appliquer à leurs produits.

Qu'est-ce que le privacy by design ?

L'expression anglaise privacy by design désigne une démarche simple dans son principe : la protection de la vie privée se pense en même temps que le produit ou le service, comme une exigence de conception, et non comme une couche ajoutée avant la mise en production. Le RGPD l'a transformée en obligation juridique sous le nom de protection des données dès la conception, et l'a complétée par la protection des données par défaut (privacy by default).

Pour un RSSI, la logique est familière : c'est l'équivalent, pour les droits des personnes, de la sécurité dès la conception (security by design). Les deux démarches gagnent à être menées ensemble, avec les mêmes jalons de projet.

D'où vient le privacy by design ?

Le concept a été formulé dans les années 1990 par Ann Cavoukian, alors commissaire à l'information et à la protection de la vie privée de l'Ontario (Canada). En octobre 2010, la conférence internationale des commissaires à la protection des données et de la vie privée, réunie à Jérusalem, l'a adopté par une résolution qui invite les organisations à en faire leur mode de fonctionnement par défaut. Le RGPD, adopté en 2016, l'a ensuite inscrit dans le droit européen.

Ce que dit l'article 25

L'article 25 du RGPD, reformulé
ParagrapheObligation
§ 1 : dès la conceptionLe responsable met en œuvre, au moment de déterminer les moyens du traitement et pendant le traitement lui-même, des mesures techniques et organisationnelles appropriées (la pseudonymisation est citée en exemple) pour appliquer effectivement les principes de protection des données, comme la minimisation, et intégrer les garanties nécessaires. Il tient compte de l'état des connaissances, des coûts, de la nature, de la portée, du contexte et des finalités du traitement, et des risques pour les personnes.
§ 2 : par défautPar défaut, seules les données nécessaires à chaque finalité précise sont traitées : cela vaut pour la quantité de données collectées, l'étendue du traitement, la durée de conservation et l'accessibilité. En particulier, les données ne doivent pas être rendues accessibles à un nombre indéterminé de personnes sans intervention de la personne concernée.
§ 3 : certificationUne certification approuvée au titre de l'article 42 peut servir à démontrer le respect des deux paragraphes précédents.

Les 7 principes du privacy by design

Ann Cavoukian a résumé la démarche en sept principes fondateurs, repris dans les publications du commissariat ontarien. Ils ne sont pas juridiquement contraignants en eux-mêmes, mais la plupart trouvent un écho direct dans le RGPD.

Les sept principes fondateurs du privacy by design et leur traduction dans le RGPD
PrincipeCe qu'il signifieÉcho dans le RGPD
1. Proactif et non réactif, préventif et non correctifAnticiper les atteintes à la vie privée avant qu'elles ne se produisent, plutôt que d'y remédier après coup.Analyse d'impact préalable (article 35), approche par les risques
2. Protection de la vie privée par défautSans action de la personne, ses données restent protégées : seul le nécessaire est collecté et utilisé.Protection par défaut (article 25, § 2), minimisation (article 5)
3. Protection intégrée à la conceptionLa protection fait partie de l'architecture du système et des pratiques, pas d'un module ajouté.Protection dès la conception (article 25, § 1)
4. Fonctionnalité intégraleChercher des solutions gagnant-gagnant : la protection ne se fait pas au détriment du service, ni l'inverse.Mesures proportionnées à l'état des connaissances et au coût (article 25)
5. Sécurité de bout en boutProtéger les données pendant tout leur cycle de vie, de la collecte à la destruction.Sécurité du traitement (article 32), limitation de la conservation (article 5)
6. Visibilité et transparenceLes pratiques peuvent être vérifiées par les personnes et par des tiers indépendants.Transparence (articles 12 à 14), responsabilité et documentation (article 5, § 2)
7. Respect de la vie privée des utilisateursPlacer l'intérêt de la personne au centre : réglages protecteurs, information claire, choix simples.Droits des personnes (articles 15 à 22), consentement (article 7)

En pratique, ces principes servent surtout de grille de lecture. Ce que le responsable du traitement doit démontrer, ce sont les exigences de l'article 25, précisées par le Comité européen de la protection des données.

La protection dès la conception, d'après le CEPD

Le Comité européen de la protection des données (CEPD) a précisé l'article 25 dans ses lignes directrices 4/2019, dont la version définitive a été adoptée le 20 octobre 2020. Quatre idées structurent le texte.

  • L'efficacité avant tout. Une mesure ne compte que si elle produit l'effet attendu. Le responsable doit pouvoir le démontrer, par exemple avec des indicateurs de performance.
  • L'état des connaissances est une notion dynamique. Une mesure acceptable il y a cinq ans peut ne plus l'être : il faut suivre les évolutions techniques et organisationnelles, en s'appuyant notamment sur les normes et certifications reconnues.
  • Le coût est un facteur, pas une excuse. Il peut orienter le choix entre plusieurs mesures efficaces, mais ne justifie pas de renoncer à une protection adaptée au risque.
  • Le moment compte. L'obligation s'applique dès la définition des moyens (choix d'un logiciel, d'un prestataire, d'une architecture) et pendant toute la vie du traitement, y compris pour les systèmes antérieurs au RGPD.

Le CEPD décline ensuite chaque principe de l'article 5 en « éléments clés » à mettre en œuvre. En voici une sélection, utile comme liste de questions en revue de conception :

Exemples d'éléments clés par principe, d'après les lignes directrices 4/2019 du CEPD
PrincipeÉléments clés à prévoir dès la conception
TransparenceInformation claire, accessible au bon moment, présentée par niveaux de détail.
LicéitéUne base légale pertinente pour chaque traitement ; retirer son consentement aussi simplement que le donner.
LoyautéRespect de l'autonomie des personnes, aucune interface trompeuse, pas de discrimination.
Limitation des finalitésFinalités fixées avant la conception, réexamen régulier, garde-fous contre les réutilisations.
MinimisationSe passer de données quand c'est possible, pseudonymiser, agréger, limiter les accès.
ExactitudeSources fiables, vérification avec la personne, correction rapide et sans propagation des erreurs.
Limitation de la conservationProcédures automatisées de suppression ou d'anonymisation, durées justifiées.
Intégrité et confidentialitéGestion des accès, sécurité des transferts et du stockage, sauvegardes, gestion des incidents.

La protection par défaut : les quatre leviers

La protection par défaut porte sur les réglages initiaux d'un traitement, ceux qui s'appliquent si personne ne change rien. Le principe : le réglage le plus protecteur est le point de départ, et c'est à la personne (ou à une décision justifiée du responsable) d'aller au-delà.

Quatre curseurs, chacun réglé au départ sur « maximum », glissent vers « nécessaire ». Quantité, données collectées : identité, date de naissance, contact, pas de numéro de sécurité sociale. Étendue, usages des données : les rendez-vous et les comptes rendus, aucun autre usage. Durée, conservation : compte supprimé après une période d'inactivité définie. Accessibilité, qui voit les données : l'équipe qui soigne le patient, puis un accès réduit après sa sortie, le curseur descendant en deux temps. En bas : réglage par défaut, le plus protecteur ; portail patient, exemple fictif.
Quatre curseurs à régler au plus juste pour chaque finalité : la quantité de données, l'étendue du traitement, la durée de conservation et l'accessibilité.
Les quatre dimensions de la protection par défaut, avec les exemples du CEPD
LevierQuestion à se poserExemple tiré des lignes directrices
QuantitéChaque champ collecté est-il nécessaire à la finalité ?Une librairie en ligne n'a pas besoin de la date de naissance pour une commande, ni de l'adresse postale pour un livre numérique.
ÉtendueLes données servent-elles seulement à ce pour quoi elles ont été collectées ?Les données d'un service ne sont pas réutilisées par défaut pour d'autres traitements.
DuréeLes données sont-elles supprimées ou anonymisées dès qu'elles ne sont plus utiles ?Une société de transport ne garde que des trajets agrégés, sans l'identifiant du titre de transport.
AccessibilitéQui peut voir les données, et l'accès se réduit-il quand le besoin disparaît ?À l'hôpital, l'accès au dossier est limité au personnel qui prend en charge le patient, puis restreint après sa sortie.

Intégrer le privacy by design dans les projets

La meilleure façon de respecter l'article 25 est de l'inscrire dans la méthode de conduite de projet, avec des jalons où le DPO et le RSSI interviennent ensemble. Voici une trame possible :

Jalon du projetQuestions protection des donnéesLivrable
Expression du besoinQuelles finalités ? Quelles données sont vraiment nécessaires ? Une analyse d'impact est-elle requise ?Fiche de registre en projet, examen du besoin d'une analyse d'impact (AIPD)
Choix de la solution et achatLe produit permet-il de régler les durées, les accès, les exports ? Le prestataire offre-t-il des garanties suffisantes ?Exigences dans le cahier des charges, contrat article 28
Conception détailléeRéglages par défaut, pseudonymisation, cloisonnement des accès, purge automatique, information des personnesDossier de conception, analyse de risques
RecetteLes réglages par défaut sont-ils les plus protecteurs ? La purge fonctionne-t-elle ? Les droits peuvent-ils être exercés ?Cahier de tests intégrant ces contrôles
Mise en serviceLes risques résiduels sont-ils acceptés par le responsable ?Décision de mise en service, homologation le cas échéant
ExploitationLes mesures restent-elles efficaces et à l'état de l'art ? Les usages ont-ils dérivé ?Revue périodique, mise à jour du registre

Le CEPD insiste sur le rôle des achats : intégrer les exigences de protection des données dans les appels d'offres et les contrats évite de découvrir trop tard qu'un produit ne permet pas, par exemple, de purger les données ou de restreindre les accès. Pour l'appréciation des risques sécurité, le RSSI peut s'appuyer sur une méthode comme EBIOS RM et sur sa PSSI.

Côté développement, la CNIL publie un guide RGPD de l'équipe de développement dont une fiche porte précisément sur la préparation des projets : intégrer la protection des données dans la méthode de développement, puis dans le choix de l'architecture et des outils. C'est un bon point de départ pour traduire le privacy by design en pratiques de code.

Démontrer sa conformité à l'article 25

Comme pour le reste du RGPD, il ne suffit pas d'avoir bien fait : il faut pouvoir le montrer. Les traces utiles sont les comptes rendus des revues de conception, les exigences du cahier des charges, les analyses d'impact, les réglages par défaut documentés, les tests de recette, et les indicateurs suivis dans le temps (taux de comptes purgés, nombre d'habilitations revues, délais de réponse aux demandes de droits). Un manquement à l'article 25 relève du plafond d'amende de 10 millions d'euros ou 2 % du chiffre d'affaires annuel mondial.

Questions fréquentes

Quels sont les 7 principes du privacy by design ?

Formulés par Ann Cavoukian, ancienne commissaire à la protection de la vie privée de l'Ontario : être proactif plutôt que réactif ; protéger la vie privée par défaut ; intégrer la protection à la conception ; viser une fonctionnalité intégrale, sans opposer protection et service ; assurer une sécurité de bout en bout ; garantir visibilité et transparence ; respecter la vie privée des utilisateurs en les plaçant au centre.

Que veut dire privacy by design ?

Privacy by design signifie « protection de la vie privée dès la conception ». Le RGPD parle de protection des données dès la conception : intégrer les principes de protection des données dans un traitement au moment où on le conçoit et pendant toute sa durée, plutôt que de les ajouter après coup.

Protection dès la conception et protection par défaut : qu'est-ce qui les distingue ?

Le privacy by design porte sur la conception du traitement : choisir des mesures qui appliquent effectivement les principes du RGPD. Le privacy by default porte sur les réglages initiaux : par défaut, seules les données nécessaires sont collectées, utilisées, conservées et rendues accessibles. Les deux figurent à l'article 25 et se complètent.

Une entreprise peut-elle se passer du privacy by design ?

Non. L'article 25 du RGPD s'impose à tous les responsables du traitement, quelle que soit leur taille. Un manquement peut être sanctionné d'une amende allant jusqu'à 10 millions d'euros ou 2 % du chiffre d'affaires annuel mondial.

Les éditeurs de logiciels sont-ils concernés par l'article 25 ?

L'article 25 vise le responsable du traitement. Mais le CEPD encourage les éditeurs et fabricants à appliquer la protection des données dès la conception à leurs produits, et recommande aux responsables de l'exiger dans leurs appels d'offres et leurs contrats. Un éditeur qui agit comme sous-traitant doit en outre aider son client à respecter ses obligations.

Faut-il une AIPD pour appliquer le privacy by design ?

Pas toujours. L'analyse d'impact (AIPD) est l'un des outils du privacy by design : menée avant la mise en œuvre d'un traitement à risque élevé, elle sert à choisir les mesures qui réduiront ce risque. Mais l'article 25 s'applique à tous les traitements, y compris ceux qui n'exigent pas d'analyse d'impact.

Sources

Ce chapitre résume et reformule les publications officielles ci-dessous. En cas de doute, le texte officiel fait foi.

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