Plan de sécurité informatique : contenu, étapes et outils
Le plan de sécurité informatique dit qui fait quoi, et pour quand. Son contenu type, ce qui le distingue de la PSSI, les sept étapes pour le bâtir et les outils pour le suivre.
Le plan de sécurité informatique est la liste des mesures qu'une organisation s'engage à mettre en œuvre pour réduire ses risques cyber, chacune avec un responsable, une échéance, un budget et un statut. On le confond souvent avec la PSSI, qui fixe les règles. Le plan, lui, dit comment on les applique et comment on comble les écarts, trimestre après trimestre. Voici son contenu type, la méthode pour le construire, un exemple et les outils pour le suivre.
Plan de sécurité informatique : définition
Le plan de sécurité informatique (on parle aussi de plan d'action sécurité ou de plan de sécurisation) traduit en actions concrètes les conclusions de trois démarches : l'analyse de risques, les audits de cybersécurité et les obligations qui s'appliquent à l'organisation. Il porte en général sur un à trois ans, découpés en trimestres.
Les référentiels le demandent sous d'autres noms. ISO 27001 exige un plan de traitement des risques (clause 6.1.3) et, pour chaque objectif de sécurité, de préciser ce qui sera fait, avec quelles ressources, par qui, pour quand et comment le résultat sera évalué (clause 6.2). La méthode EBIOS Risk Manager conclut son cinquième atelier par un plan d'amélioration continue de la sécurité (voir notre chapitre sur l'atelier 5). NIS 2 attend des mesures de gestion des risques et l'évaluation de leur efficacité (article 21).
Plan de sécurité, PSSI, charte, PCA : qui fait quoi
| Document | Question à laquelle il répond | Horizon | Public |
|---|---|---|---|
| PSSI | Quelles règles de sécurité s'appliquent, et qui en est responsable ? | Durable, revue chaque année | Direction, équipes informatiques, métiers |
| Plan de sécurité informatique | Quelles actions mener, par qui et quand, pour réduire les risques ? | Un à trois ans, suivi trimestriel | RSSI, DSI, responsables d'actions, direction |
| Feuille de route cybersécurité | Où veut-on être dans trois ans, et par quelles grandes étapes ? | Trois ans | Direction, comité des risques |
| Charte informatique | Que doit faire, et ne pas faire, chaque utilisateur ? | Durable | Tous les salariés |
| PCA et PRA | Comment continuer et redémarrer après un sinistre ? | Durable, testé chaque année | Direction, métiers, informatique |
La feuille de route fixe le cap ; le plan de sécurité en est le détail opérationnel, souvent pour l'année en cours. La PSSI dit « tout accès distant passe par une authentification multifacteur » ; le plan dit « authentification multifacteur sur le VPN pour tous les prestataires, responsable DSI, fin du premier trimestre ».
Le contenu type d'un plan de sécurité informatique
- Périmètre et objectifs : entités, sites, systèmes couverts ; objectifs chiffrés quand c'est possible.
- État des lieux : résultats d'audit, écarts au référentiel choisi, incidents récents.
- Risques prioritaires : les scénarios retenus par l'analyse de risques, avec leur niveau actuel et visé (voir risque inhérent et risque résiduel).
- Liste des actions : pour chacune, une description, le risque ou l'exigence couvert, un responsable, une échéance, un budget ou une charge, une priorité et un statut.
- Dérogations : les écarts acceptés en connaissance de cause, avec leur justification, leurs mesures compensatoires et leur date de fin.
- Indicateurs : avancement, actions en retard, évolution des risques, à reprendre dans le tableau de bord de la sécurité.
- Gouvernance : qui valide le plan, à quel rythme il est revu, comment il est présenté à la direction.
Construire un plan de sécurité informatique en 7 étapes
- Fixer le périmètre et le mandat. La direction désigne un pilote, souvent le RSSI, et valide l'horizon du plan.
- Choisir un référentiel de comparaison. Le guide d'hygiène informatique de l'ANSSI pour une première démarche ; le ReCyF, version 2.5 publiée en mars 2026, pour les entités visées par NIS 2 ; le guide de la sécurité des données personnelles de la CNIL, réorganisé en 25 fiches dans son édition 2024 ; l'annexe A d'ISO 27001 ou le NIST CSF pour une approche plus large.
- Faire l'état des lieux par entretiens et preuves : ce qui est en place, partiellement en place, absent.
- Relier les écarts aux risques. Un écart qui ne correspond à aucun risque important attendra ; un écart sur un scénario grave passe en tête.
- Prioriser. Croiser la réduction de risque et l'effort : les mesures fortes et peu coûteuses d'abord, les grands chantiers découpés en étapes.
- Planifier et chiffrer : un responsable nommé (pas un service), une échéance réaliste, une estimation de budget et de charge.
- Faire valider et suivre. Validation par la direction, revue mensuelle de l'avancement, bilan trimestriel, mise à jour après chaque incident ou audit.
Les mesures prioritaires d'un premier plan
Pour une organisation qui démarre, le service MonAideCyber de l'ANSSI propose, à l'issue d'un diagnostic gratuit mené avec un aidant, six mesures prioritaires à mettre en œuvre en six mois. Le guide d'hygiène et le ReCyF permettent d'aller plus loin. Les domaines qui reviennent dans tous ces référentiels :
| Domaine | Exemples de mesures | Pourquoi en priorité |
|---|---|---|
| Comptes et accès | Authentification multifacteur sur les accès distants et la messagerie, comptes d'administration séparés, revue des droits | Les identifiants volés sont la première porte d'entrée |
| Mises à jour | Correctifs appliqués dans un délai fixé, priorité aux équipements exposés sur Internet | Les failles connues sont exploitées en quelques jours |
| Sauvegardes | Copie hors ligne ou isolée, restauration testée | C'est ce qui permet de redémarrer après un rançongiciel |
| Exposition sur Internet | Inventaire des services exposés, fermeture de ce qui n'est pas nécessaire | On ne protège pas ce qu'on ne connaît pas |
| Postes et réseau | Droits d'utilisateur standard, antivirus, cloisonnement des zones sensibles | Limiter la propagation d'une attaque |
| Journalisation et détection | Journaux centralisés et conservés, alertes sur les comptes à privilèges | Détecter tôt, et pouvoir enquêter |
| Personnes | Sensibilisation des fonctions exposées, signalement simple (voir le pare-feu humain), kit de Cybermalveillance.gouv.fr | L'hameçonnage reste le premier vecteur |
| Tiers | Liste des prestataires critiques, clauses de sécurité, évaluation (voir la gestion des risques tiers) | Une part croissante des attaques passe par un fournisseur |
| Incidents et crise | Procédure de réponse, contacts d'urgence, exercice annuel | Gagner des heures le jour où l'incident survient |
Un exemple de plan de sécurité informatique
Exemple fictif : une entreprise industrielle de 150 salariés, deux sites, un informaticien et un prestataire d'infogérance. Après un diagnostic sur le guide d'hygiène de l'ANSSI et une analyse de risques simplifiée, elle retient le plan suivant pour l'année :
| Action | Risque couvert | Responsable | Échéance | Charge |
|---|---|---|---|---|
| Authentification multifacteur sur la messagerie et le VPN | Vol d'identifiants | Informaticien | T1 | Faible |
| Sauvegarde hors ligne et test de restauration | Rançongiciel, perte de données | Infogérant | T1 | Moyenne |
| Inventaire des équipements exposés, fermeture des accès inutiles | Exploitation de failles | Infogérant | T2 | Faible |
| Comptes d'administration séparés, revue des droits | Élévation de privilèges | Informaticien | T2 | Moyenne |
| Procédure de vérification des changements de RIB | Fraude au virement | Direction financière | T2 | Faible |
| Cloisonnement du réseau de production | Arrêt de la production | Infogérant | T3 | Élevée |
| Clauses de sécurité dans les contrats des cinq prestataires critiques | Attaque par un tiers | Achats | T3 | Moyenne |
| Procédure de réponse aux incidents et exercice | Crise mal gérée | Direction générale | T4 | Moyenne |
Le cloisonnement, trop lourd pour un seul trimestre, est découpé : étude au troisième trimestre, réalisation l'année suivante, dans la feuille de route à trois ans. En attendant, une dérogation documentée accepte l'écart avec une mesure compensatoire (surveillance renforcée des accès au réseau de production).
Les outils pour suivre un plan de sécurité informatique
- Le tableur. Suffisant pour une vingtaine d'actions et un pilote unique. Ses limites apparaissent vite : versions multiples, pas de relance, historique perdu, consolidation manuelle des actions issues de démarches différentes.
- L'outil de gestion de projet. Utile pour les chantiers techniques, mais il ne relie pas une action au risque ou à l'exigence qu'elle couvre.
- La plateforme GRC. Elle relie chaque action à son origine (risque, exigence, audit, fournisseur), relance les responsables, trace les dérogations et met à jour le niveau de risque quand l'action avance. Notre comparatif des outils GRC aide à choisir.
Dans un SMSI, le plan alimente la revue de direction. Le logiciel de suivi des plans d'action de Phinasoft rassemble les actions issues des analyses de risques, des audits, des campagnes et des évaluations de tiers, avec échéances, relances, dérogations et rapports pour la direction.
Synthèse
Des actions, pas des règles
Le plan de sécurité informatique liste des mesures datées, avec un responsable, un budget et un statut. La PSSI fixe les règles durables ; le plan dit comment on s'en rapproche.
Partir des risques
On le bâtit à partir de l'analyse de risques, des audits et des obligations, en comparant l'existant à un référentiel (hygiène ANSSI, ReCyF, guide CNIL), puis on priorise.
Suivre et rendre compte
Un plan ne vaut que s'il avance : revue mensuelle, indicateurs simples, dérogations tracées et bilan à la direction.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un plan de sécurité informatique ?
C'est le document opérationnel qui liste les mesures de sécurité à mettre en œuvre sur une période donnée, en général un à trois ans, avec pour chacune un responsable, une échéance, un budget et un statut. Il découle de l'analyse de risques, des audits et des obligations réglementaires.
Quelle différence entre un plan de sécurité et une PSSI ?
La PSSI (politique de sécurité des systèmes d'information) fixe les règles et les principes durables : qui a accès à quoi, comment on protège les données, qui est responsable. Le plan de sécurité dit quelles actions mener, par qui et quand, pour appliquer ces règles et réduire les risques. La PSSI change peu ; le plan évolue chaque trimestre.
Que contient un plan de sécurité informatique ?
Le périmètre et les objectifs, l'état des lieux, les risques prioritaires, la liste des actions (description, risque ou exigence couvert, responsable, échéance, budget, priorité, statut), les dérogations acceptées, les indicateurs de suivi et le circuit de validation et de revue.
Le plan de sécurité informatique est-il obligatoire ?
Aucun texte n'emploie ce nom, mais plusieurs l'imposent en substance : ISO 27001 exige un plan de traitement des risques et des plans pour atteindre les objectifs de sécurité ; NIS 2 demande des mesures de gestion des risques et l'évaluation de leur efficacité ; le RGPD exige des mesures de sécurité adaptées au risque. Un plan daté et suivi est la façon la plus simple de le démontrer.
Par quelles mesures commencer ?
Par celles qui réduisent le plus le risque pour un effort modéré : authentification multifacteur sur les accès distants et les comptes à privilèges, mises à jour, sauvegardes hors ligne testées, inventaire des équipements exposés sur Internet, sensibilisation des fonctions exposées et procédure de réponse aux incidents. Le guide d'hygiène informatique de l'ANSSI et le service MonAideCyber aident à les choisir.
Quel outil utiliser pour suivre un plan de sécurité ?
Un tableur suffit pour une vingtaine d'actions et un seul responsable. Au-delà, ou quand les actions viennent de plusieurs démarches (analyses de risques, audits, évaluations de fournisseurs), un logiciel de suivi des plans d'action ou une plateforme GRC évite les doublons, relance les responsables et produit les rapports pour la direction.
Sources (8)
- ISO — ISO/IEC 27001:2022, clauses 6.1.3 (traitement des risques) et 6.2 (objectifs et planification)
- ANSSI — La méthode EBIOS Risk Manager
- ANSSI — Guide d'hygiène informatique
- ANSSI — ReCyF, référentiel de cybersécurité France pour NIS 2, version 2.5, 17 mars 2026
- CNIL — Guide de la sécurité des données personnelles, édition 2024
- ANSSI — MonAideCyber
- Directive (UE) 2022/2555 (NIS 2) — article 21
- Cybermalveillance.gouv.fr — Kit de sensibilisation
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