Démonstration

Charte informatique : contenu, valeur juridique et différence avec la PSSI

La charte informatique fixe les règles d'usage des outils numériques pour les utilisateurs. Ce qu'elle contient, comment la rendre opposable aux salariés et en quoi elle diffère de la PSSI.

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Illustration : un document de verre signé d'un trait orange et validé par une coche

La charte informatique est le document qui fixe, pour les utilisateurs, les règles d'usage des outils numériques de l'organisation : ce qui est permis, ce qui est interdit, ce que l'employeur contrôle et ce qu'il advient en cas de manquement. Aucun texte ne l'impose, mais sans elle il est difficile de contrôler l'usage des outils dans les règles ou de sanctionner un abus. Pour produire ses effets, elle doit suivre la procédure du règlement intérieur. Cet article détaille son contenu, sa valeur juridique et sa place à côté de la politique de sécurité des systèmes d'information (PSSI).

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Charte informatique : définition et rôle

On parle aussi de charte d'utilisation des moyens informatiques, de charte des systèmes d'information ou de charte utilisateur. Le principe est le même : un texte court, écrit pour des non-spécialistes, qui dit à chacun comment se servir des postes, des téléphones, de la messagerie, des applications et des données de l'organisation.

Elle remplit trois fonctions à la fois :

  • Protéger le système d'information : une bonne partie des incidents commence par un geste d'utilisateur (un mot de passe réutilisé, une pièce jointe ouverte, un outil installé sans accord). La charte rend explicites les bons réflexes.
  • Fixer les droits et les devoirs : usage personnel toléré ou non, logiciels autorisés, règles en mobilité, conduite à tenir au départ de l'entreprise.
  • Informer sur les contrôles : le Code du travail interdit de collecter une information sur un salarié par un dispositif qui ne lui a pas été présenté au préalable (article L1222-4). La charte est l'endroit naturel pour décrire les journaux, filtres et outils de supervision en place.

L'ANSSI a publié en 2017 un guide d'élaboration de la charte en huit points clés, destiné aux PME et aux ETI. Elle y présente la charte comme une étape de base pour diffuser une culture de prévention du risque numérique, qui concerne les salariés mais aussi les partenaires et les sous-traitants qui utilisent vos outils.

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Que contient une charte informatique ?

Il n'existe pas de modèle officiel imposé. Une charte utile couvre en général les rubriques suivantes, à adapter à vos outils et à vos risques :

RubriqueCe qu'on y écrit
Champ d'applicationQui est concerné (salariés, stagiaires, intérimaires, prestataires) et quels moyens (postes, mobiles, messagerie, applications, accès distants).
Accès et identifiantsComptes personnels et non partagés, règles de mot de passe, authentification multifacteur, verrouillage de session.
ÉquipementsUsage du poste et du téléphone, supports amovibles, équipements personnels (la CNIL a publié des bonnes pratiques sur le BYOD), perte ou vol.
Messagerie et internetUsage personnel toléré dans une mesure raisonnable ou non, façon d'identifier un message personnel, sites et contenus interdits.
Logiciels et services en ligneInterdiction d'installer un logiciel ou d'ouvrir un service en ligne sans accord, pour éviter le shadow IT ; règles pour les outils d'IA générative (voir le shadow AI).
DonnéesConfidentialité, niveaux de classification, stockage autorisé, données personnelles, partage avec l'extérieur.
Mobilité et télétravailConnexion depuis l'extérieur, réseaux publics, confidentialité des écrans et des conversations.
IncidentsQui prévenir et comment en cas de message suspect, de perte de matériel ou de comportement anormal d'un poste.
ContrôlesCe qui est journalisé ou filtré, pourquoi, combien de temps, qui y a accès, et comment exercer ses droits.
Sanctions et entrée en vigueurRenvoi à l'échelle des sanctions du règlement intérieur, date d'entrée en vigueur, révision.
DépartRestitution du matériel, sort des données et des comptes, récupération des fichiers personnels.

Évitez de recopier la PSSI ou les procédures d'administration : les utilisateurs n'ont pas à connaître la configuration des pare-feu. Une charte de quelques pages, illustrée d'exemples, se lit ; un document de trente pages, non.

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Valeur juridique de la charte informatique : quand est-elle opposable ?

C'est la question qui compte : une charte diffusée par courriel informe, mais elle ne permet pas, à elle seule, de sanctionner un salarié qui ne la respecte pas. Tout tient au lien avec le règlement intérieur.

Le régime du règlement intérieur

Le règlement intérieur est obligatoire dans les entreprises et établissements d'au moins cinquante salariés (article L1311-2). Il fixe notamment les règles générales et permanentes relatives à la discipline, ainsi que la nature et l'échelle des sanctions (article L1321-1). Or le Code du travail assimile à des adjonctions au règlement intérieur les notes de service et tout autre document qui posent des obligations générales et permanentes dans ces matières (article L1321-5). Une charte qui interdit, oblige et renvoie à des sanctions en fait partie : elle suit donc le même régime, et le texte précise que ces documents y restent soumis en toute hypothèse.

La procédure à suivre

Selon l'article L1321-4, dans sa version en vigueur en octobre 2026 :

  1. le texte est soumis à l'avis du comité social et économique (CSE) avant d'être introduit ;
  2. il est communiqué à l'inspection du travail, accompagné de cet avis, en même temps qu'il est porté à la connaissance des salariés ;
  3. il indique sa date d'entrée en vigueur, qui doit suivre d'au moins un mois l'accomplissement des formalités de publicité ;
  4. les mêmes règles s'appliquent à chaque modification ou retrait d'une clause.

Si la charte décrit des moyens de contrôle de l'activité des salariés, le CSE des entreprises d'au moins cinquante salariés doit aussi être informé et consulté avant leur mise en œuvre (article L2312-38). Les deux consultations peuvent être menées ensemble.

Schéma animé en deux voies. En haut, une charte simplement envoyée par courriel aux salariés : elle informe, mais ses interdictions ne peuvent pas fonder une sanction disciplinaire. En bas, la voie du règlement intérieur, en cinq étapes qui s'allument l'une après l'autre : projet de charte rédigé avec la DRH, le RSSI et le DPO ; avis du comité social et économique, aussi consulté sur les moyens de contrôle ; annexe au règlement intérieur ; communication à l'inspection du travail et publicité auprès des salariés ; entrée en vigueur un mois au moins après la publicité. Au bout, une pastille verte : charte opposable aux salariés.
Une charte diffusée par simple courriel informe ; une charte qui suit la procédure du règlement intérieur peut fonder une sanction.

Et dans les petites structures ?

Sous le seuil de cinquante salariés, le règlement intérieur n'est pas obligatoire. La charte est alors en général remise à chaque utilisateur contre signature, ou annexée au contrat de travail. Le guide de l'ANSSI rappelle que, pour être opposable, elle doit être acceptée par les utilisateurs ou annexée au règlement intérieur, après consultation des représentants du personnel. Le montage dépend de votre situation : faites-le valider par un juriste en droit du travail, surtout si vous comptez vous appuyer sur la charte pour sanctionner.

Pour les prestataires et les intérimaires, qui ne sont pas vos salariés, la charte s'impose par le contrat : clause dans le contrat de prestation ou dans le plan d'assurance sécurité, et acceptation individuelle avant l'ouverture des accès.

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Charte informatique et contrôle des salariés : ce que dit la CNIL

La charte n'autorise pas tout. Les contrôles qu'elle annonce doivent respecter le principe posé par l'article L1121-1 : une restriction aux droits des salariés doit être justifiée par la tâche à accomplir et proportionnée au but recherché. La CNIL en tire plusieurs règles pratiques dans sa fiche sur les outils informatiques au travail :

  • Un usage personnel raisonnable des outils est toléré tant qu'il ne nuit ni à la sécurité ni à la productivité. C'est à l'employeur d'en fixer les limites et de les faire connaître.
  • Les messages sont présumés professionnels, mais l'employeur ne peut pas ouvrir librement ceux qu'un salarié a identifiés comme personnels (par exemple « Personnel » ou « Privé » dans l'objet ou un dossier ainsi nommé), même s'il a interdit l'usage personnel. La charte doit dire comment les identifier.
  • Certains dispositifs sont excessifs : recevoir automatiquement copie de tous les messages des salariés, ou installer un enregistreur de frappe sans impératif de sécurité exceptionnel.
  • L'information est préalable : les salariés doivent connaître la finalité du dispositif, sa base légale, les destinataires des données, leur durée de conservation et leurs droits. La CNIL admet que cette information passe par une charte, annexée ou non au règlement intérieur, par une note de service ou par une note individuelle.

Ces contrôles sont des traitements de données personnelles : ils figurent au registre des traitements et, selon leur ampleur, peuvent appeler une analyse d'impact relative à la protection des données (AIPD). Associez le délégué à la protection des données (DPO) dès la rédaction. La page de la CNIL sur le contrôle de l'activité des personnes employées donne d'autres exemples de pratiques admises ou non.

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Charte informatique et PSSI : quelle différence ?

Les deux documents sont souvent confondus. Ils sont complémentaires : la PSSI fixe le cap pour toute l'organisation, la charte en tire les règles qui concernent chaque utilisateur.

PSSICharte informatique
PublicToute l'organisation, en premier lieu la direction, la DSI et les équipes sécuritéChaque utilisateur des outils numériques
ContenuObjectifs, organisation, responsabilités, règles de sécurité par domaineDroits, devoirs et interdits au quotidien, contrôles et sanctions
RédactionLe RSSI, validée par la directionLe RSSI avec la DRH, le juriste et le DPO
PortéeEngagement de la direction, référence pour les auditsPortée disciplinaire si elle suit la procédure du règlement intérieur
Dans ISO 27001Politique de sécurité de l'information et politiques thématiquesMesure 5.10 de l'annexe A, utilisation correcte de l'information et des actifs

Dans un système de management de la sécurité de l'information (SMSI) selon ISO 27001, la charte sert de preuve pour la mesure sur l'utilisation correcte des actifs, et sa diffusion participe à la sensibilisation exigée par la norme. Notre article sur la PSSI détaille le plan type et la méthode de rédaction de la politique elle-même.

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Rédiger et faire vivre sa charte informatique en six étapes

  1. Partir de la PSSI et des risques. Chaque règle de la charte doit répondre à un risque identifié ou à une règle de la PSSI. Une interdiction sans raison sera contournée.
  2. Réunir les bonnes personnes. RSSI ou DSI pour le fond, DRH et juriste pour la procédure et les sanctions, DPO pour les contrôles, quelques utilisateurs pour vérifier que le texte se comprend.
  3. Écrire court et concret. Des phrases au présent, des exemples (« ne transférez pas un document client vers votre messagerie personnelle »), un renvoi vers les procédures détaillées.
  4. Suivre la procédure. Avis du CSE, communication à l'inspection du travail, publicité, délai d'un mois ; consultation sur les moyens de contrôle s'il y en a de nouveaux.
  5. La faire connaître. Remise à l'arrivée, rappel lors des actions de sensibilisation à la cybersécurité, accès permanent sur l'intranet. Une charte signée puis oubliée ne change aucun comportement.
  6. La revoir et vérifier son application. Nouveaux usages (IA générative, télétravail, nouveaux outils collaboratifs), incidents, évolution de la PSSI : prévoyez une revue au moins annuelle, et contrôlez régulièrement que les règles clés sont appliquées, dans une logique de conformité continue.

Pour suivre ces règles comme des exigences à part entière, vous pouvez intégrer votre PSSI et votre charte dans le module référentiels et bases de connaissance de Phinasoft, puis vérifier leur application dans le temps avec le logiciel de contrôle permanent.

Synthèse

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Un document pour les utilisateurs

La charte traduit la politique de sécurité en règles concrètes : accès, équipements, messagerie, logiciels, données, signalement des incidents, contrôles et sanctions.

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Opposable si elle suit la procédure

Dès qu'elle fixe des obligations disciplinaires, la charte suit le régime du règlement intérieur : avis du CSE, communication à l'inspection du travail, publicité, entrée en vigueur un mois plus tard.

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Un vecteur d'information sur les contrôles

La CNIL admet la charte comme moyen d'informer les salariés des contrôles. Ceux-ci restent soumis à la proportionnalité et à la consultation préalable du CSE.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une charte informatique ?

C'est le document qui fixe, pour les utilisateurs, les règles d'usage des moyens informatiques et des outils numériques de l'organisation : accès et mots de passe, équipements, messagerie et internet, logiciels autorisés, protection des données, signalement des incidents, contrôles mis en œuvre et sanctions en cas de manquement.

La charte informatique est-elle obligatoire ?

Aucun texte n'impose en tant que tel une charte informatique. En revanche, dès qu'un employeur veut encadrer l'usage des outils de façon contraignante et contrôler cet usage, il doit informer les salariés et respecter la procédure du règlement intérieur pour les règles disciplinaires : la charte est le moyen le plus simple d'y parvenir.

Comment rendre une charte informatique opposable aux salariés ?

Lorsqu'elle comporte des obligations générales et permanentes en matière de discipline, la charte est traitée comme une adjonction au règlement intérieur (article L1321-5 du Code du travail). Elle doit alors être soumise à l'avis du comité social et économique, communiquée à l'inspection du travail, portée à la connaissance des salariés et n'entre en vigueur qu'un mois au moins après ces formalités de publicité (article L1321-4).

Le CSE doit-il être consulté sur la charte informatique ?

Oui, dès lors que la charte relève du règlement intérieur. Par ailleurs, le CSE des entreprises d'au moins cinquante salariés doit être informé et consulté avant la mise en œuvre de tout moyen ou technique permettant de contrôler l'activité des salariés (article L2312-38), ce que décrit souvent la charte.

L'employeur peut-il lire les courriels de ses salariés ?

Les messages envoyés ou reçus avec la messagerie professionnelle sont présumés professionnels. Selon la CNIL, l'employeur ne peut toutefois pas consulter librement les messages qu'un salarié a clairement identifiés comme personnels, par exemple avec la mention « Personnel » ou « Privé » dans l'objet, même s'il a interdit l'usage personnel des outils.

Quelle différence entre charte informatique et PSSI ?

La PSSI s'adresse à toute l'organisation et fixe les objectifs, les responsabilités et les règles de sécurité ; elle est validée par la direction. La charte informatique, plus courte, s'adresse aux utilisateurs et décline les règles qui les concernent, avec leurs droits et leurs devoirs ; elle a une portée disciplinaire lorsqu'elle suit la procédure du règlement intérieur.

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