Démonstration

Guide NIS 2 · Démarche

Mise en conformité NIS 2 : les étapes, de la catégorie d'entité au contrôle

Se mettre en conformité NIS 2, ce n'est pas remplir un questionnaire : c'est installer un dispositif de gestion des risques que la direction approuve, qui sait réagir à un incident et qui peut montrer ses preuves à l'ANSSI. Ce chapitre propose une démarche en sept étapes, dans un ordre qui évite de refaire le travail, et renvoie pour chacune au chapitre qui détaille les exigences.

Mis à jour le · 11 min de lecture

Point de départ
Le champ et la catégorie (articles 2 et 3)
Responsable
L'organe de direction (article 20)
Autorité en France
L'ANSSI, selon le projet de loi
Loi française
Non adoptée au 15 octobre 2026
Chapitres du guide
  1. NIS 2 en bref
  2. Mise en conformité NIS 2
  3. Les obligations de l'article 21
  4. Entités essentielles et importantes
  5. Notification des incidents
  6. Responsabilité des dirigeants
  7. ReCyF, le référentiel de l'ANSSI
  8. S'enregistrer auprès de l'ANSSI
  9. Glossaire NIS 2

En bref

  1. La mise en conformité NIS 2 commence par une vérification : l'organisation est-elle dans le champ de la directive, et comme entité essentielle ou comme entité importante ?

  2. L'enregistrement auprès de l'ANSSI ne sera obligatoire qu'après la loi de transposition et son décret ; un pré-enregistrement volontaire est ouvert aux entreprises depuis novembre 2025.

  3. La direction approuve les mesures, supervise leur mise en œuvre et se forme (article 20) : c'est elle qui porte le projet, pas seulement le RSSI.

  4. Le cœur du travail est l'état des lieux puis la mise en œuvre des dix mesures de l'article 21, que le ReCyF de l'ANSSI décline en objectifs de sécurité.

  5. La conformité se prouve dans la durée : procédure de notification des incidents prête avant le premier incident, revues régulières et dossier de preuves pour les contrôles.

Une démarche en sept étapes

La directive NIS 2 fixe des obligations, pas une méthode de mise en œuvre. L'ordre ci-dessous suit la logique du texte : on vérifie d'abord ce qui s'applique, on se fait connaître de l'autorité, on installe la gouvernance qui portera le projet, on mesure l'écart, puis on met en œuvre les mesures et la gestion des incidents avant de faire vivre le dispositif.

Un escalier de sept marches qui monte de gauche à droite. 1, champ et catégorie : entité essentielle ou importante (articles 2 et 3). 2, enregistrement auprès de l'ANSSI (articles 3 et 27). 3, gouvernance et responsabilité de la direction (article 20). 4, état des lieux, au regard de l'article 21 et du ReCyF. 5, les dix mesures de gestion des risques (article 21). 6, la notification des incidents importants (article 23). 7, faire vivre et se préparer aux contrôles (articles 21, 32 et 33). Une flèche repart de la septième marche vers la quatrième. Sous l'escalier, un dossier de preuves pour l'ANSSI se remplit d'une pièce à chaque marche. Une mention rappelle qu'en France la loi « résilience » n'est pas encore adoptée.
Les sept étapes de la mise en conformité NIS 2. La dernière boucle sur la quatrième : chaque revue est un nouvel état des lieux.

Étape 1 : savoir si l'on est entité essentielle ou importante

Trois critères décident : le lieu (exercer dans l'Union), le secteur (une activité listée à l'annexe I ou II de la directive) et la taille (en principe au moins une moyenne entreprise, soit 50 salariés, ou plus de 10 millions d'euros de chiffre d'affaires et de bilan). Certaines entités sont visées quelle que soit leur taille. L'article 3 répartit ensuite les entités concernées entre essentielles et importantes.

Les obligations de fond sont les mêmes pour les deux catégories, mais pas la supervision ni le plafond des amendes. En France, la version de travail du ReCyF réserve aussi cinq objectifs de sécurité aux entités essentielles : la catégorie fixe donc l'ampleur du chantier. Le simulateur « Suis-je concerné ? » de l'ANSSI donne une première réponse, indicative tant que la loi n'est pas publiée. Les critères sont détaillés dans le chapitre entités essentielles et importantes.

Dans un groupe, l'analyse se fait entité par entité : une filiale peut être essentielle, une autre importante, une troisième hors champ.

Étape 2 : se faire connaître de l'ANSSI

La directive oblige chaque entité à transmettre à l'autorité son nom, ses coordonnées (dont ses plages d'adresses IP), son secteur et les pays de l'Union où elle exerce (article 3), et certains fournisseurs numériques des informations supplémentaires (article 27). En France, cet enregistrement se fera auprès de l'ANSSI, mais il ne deviendra obligatoire qu'avec la loi de transposition et son décret d'application.

En attendant, l'ANSSI a ouvert le 24 novembre 2025 un pré-enregistrement volontaire, pour l'instant réservé aux entreprises. Rassembler ces informations est un premier exercice utile : la liste des adresses IP exposées sur Internet, par exemple, révèle souvent des services oubliés. Le chapitre s'enregistrer auprès de l'ANSSI décrit les étapes.

Étape 3 : installer la gouvernance et la responsabilité des dirigeants

Selon l'article 20, les organes de direction approuvent les mesures de gestion des risques, supervisent leur mise en œuvre et peuvent être tenus responsables des manquements de l'entité. Leurs membres doivent suivre une formation, et les entités sont encouragées à former régulièrement tout leur personnel. Pour les entités essentielles, la directive prévoit en dernier recours une interdiction temporaire d'exercer des fonctions de direction (article 32).

Concrètement, il faut un responsable du projet, souvent le responsable de la sécurité des systèmes d'information (RSSI), un mandat clair et un rendez-vous régulier avec la direction pour arbitrer les écarts et suivre l'avancement. Le chapitre responsabilité des dirigeants traduit l'article 20 en pratiques.

Étape 4 : faire l'état des lieux

L'état des lieux, ou analyse d'écart, compare ce qui existe déjà aux exigences. Deux grilles de lecture se présentent : les dix mesures de l'article 21 de la directive et, pour les entités qu'il vise, le ReCyF de l'ANSSI, qui les décline en 20 objectifs de sécurité et en moyens acceptables de conformité. Les fournisseurs numériques visés par le règlement d'exécution (UE) 2024/2690 suivent ce règlement, directement applicable.

Il commence par le recensement des systèmes d'information qui soutiennent les activités visées : c'est le périmètre sur lequel porteront les mesures, et le premier objectif du ReCyF. Chaque exigence reçoit ensuite un statut (couverte, partiellement couverte, non couverte), la preuve qui la justifie et, si besoin, une action. Une analyse de risques permet de hiérarchiser les écarts : c'est la première des dix mesures, et c'est elle qui justifie la proportionnalité des autres.

Une organisation qui suit déjà ISO 27001 part avec une longueur d'avance : la version de travail du ReCyF accepte une certification ISO/IEC 27001:2022 comme preuve de deux de ses objectifs, sur le périmètre certifié. Le chapitre ReCyF explique comment s'en servir dès maintenant.

Étape 5 : mettre en œuvre les mesures de l'article 21

Les écarts deviennent un plan d'action priorisé par les risques, approuvé par la direction. Il couvre les dix mesures minimales de l'article 21 : politiques d'analyse des risques et de sécurité, gestion des incidents, continuité et gestion de crise, sécurité de la chaîne d'approvisionnement, sécurité de l'acquisition et de la maintenance, évaluation de l'efficacité des mesures, cyberhygiène et formation, cryptographie, sécurité des ressources humaines et des accès, authentification multifacteur.

Ces mesures doivent être proportionnées à l'exposition de l'entité, à sa taille et à la gravité possible des incidents. Le chapitre les obligations de l'article 21 les explique une par une. La mesure sur les fournisseurs demande souvent le plus de temps, parce qu'elle dépend d'eux : notre article Risques tiers : ce qu'exigent NIS 2 et DORA aide à l'organiser.

Étape 6 : organiser la notification des incidents

L'article 23 impose de signaler tout incident important en trois temps : une alerte précoce dans les 24 heures après en avoir pris connaissance, une notification dans les 72 heures, puis un rapport final au plus tard un mois après la notification. Ces délais ne laissent pas le temps d'improviser : il faut savoir à l'avance qui qualifie un incident, avec quels critères, qui notifie et par quel canal.

Une procédure écrite, des contacts joignables en permanence et un exercice sur un scénario réaliste suffisent souvent à rendre le dispositif crédible. Le chapitre notification des incidents détaille les critères et les destinataires, y compris l'articulation avec la notification à la CNIL au titre du règlement général sur la protection des données (RGPD).

Étape 7 : faire vivre le dispositif et se préparer aux contrôles

La conformité NIS 2 n'est jamais acquise. La directive demande d'évaluer l'efficacité des mesures (article 21, mesure f) et, dès qu'un manquement est constaté, de prendre sans retard injustifié les mesures correctives nécessaires (article 21, paragraphe 4). En pratique, l'analyse de risques, l'état des lieux et le plan d'action sont revus régulièrement, et après chaque incident ou changement important : chaque revue est un nouvel état des lieux, la démarche reboucle sur l'étape 4.

Côté supervision, l'autorité peut contrôler les entités essentielles a priori, à tout moment, et les entités importantes a posteriori, sur indice de manquement (articles 32 et 33). Ses pouvoirs comprennent notamment des inspections sur place et des contrôles à distance, des audits de sécurité, des scans de sécurité et des demandes d'informations, y compris sur les politiques de cybersécurité documentées. Les sanctions possibles sont présentées dans notre article Les sanctions de NIS 2.

Les preuves à présenter en cas de contrôle

Lors d'un contrôle, l'autorité attend des documents datés et approuvés, pas des déclarations. Le tableau suivant récapitule les principales pièces, rattachées à leur article. Les textes français pourront préciser la liste.

Principales preuves de conformité NIS 2 (liste non exhaustive)
PièceCe qu'elle montreArticle
Analyse du champ et de la catégorie, résultat du simulateurQue l'entité a vérifié sa situation, entité par entité2 et 3
Accusé de pré-enregistrement, puis d'enregistrementQue l'autorité dispose d'informations à jour3 et 27
Décisions et comptes rendus de la directionL'approbation des mesures et le suivi de leur mise en œuvre20
Programme et feuilles de présence des formationsLa formation des dirigeants et la sensibilisation du personnel20 et 21
Inventaire des systèmes d'information et analyse de risquesLe périmètre et la justification de la proportionnalité21
Politique de sécurité des systèmes d'information et état des lieuxLes règles applicables et l'écart mesuré aux exigences21
Plan d'action, risques acceptés et motivésLa correction des écarts et les arbitrages de la direction20 et 21
Plan de continuité, sauvegardes testées, exercices de criseLa capacité à maintenir ou rétablir l'activité21
Évaluations des fournisseurs et clauses contractuellesLa sécurité de la chaîne d'approvisionnement21
Procédure d'incident, registre des incidents, notifications envoyéesLa qualification des incidents et le respect des délais23
Rapports d'audit et suivi des actions correctivesL'évaluation de l'efficacité et la correction sans retard21 et 32

Et en France, faut-il attendre la loi ?

Au 15 octobre 2026, la loi qui doit transposer NIS 2 en France, le projet de loi relatif à la résilience des infrastructures critiques et au renforcement de la cybersécurité, n'est pas adoptée. Votée par le Sénat le 12 mars 2025 puis par la commission spéciale de l'Assemblée nationale en septembre 2025, elle devait être examinée en séance publique à partir du 7 octobre 2026 ; ce débat a été retiré de l'ordre du jour le 6 octobre, et aucune nouvelle date n'a été annoncée depuis. Les obligations de NIS 2 ne sont donc pas encore opposables en France, et l'enregistrement obligatoire, le calendrier de mise en conformité et la version définitive du ReCyF attendent la loi et ses décrets.

Les exigences de fond, elles, sont connues : elles figurent dans la directive depuis fin 2022, et l'ANSSI a publié leur déclinaison en version de travail. Les étapes 1 à 6 peuvent toutes commencer dès aujourd'hui. Le parcours du texte est détaillé dans notre article Loi résilience : où en est la transposition de NIS 2 ?.

Questions fréquentes

Par où commencer sa mise en conformité NIS 2 ?

Par vérifier que l'organisation est dans le champ de la directive et si elle est entité essentielle ou importante, par exemple avec le simulateur de l'ANSSI. Viennent ensuite le pré-enregistrement, l'implication de la direction et l'état des lieux au regard des dix mesures de l'article 21 ou des objectifs du ReCyF.

Qui est responsable de la conformité NIS 2 dans une entreprise ?

L'organe de direction. L'article 20 lui demande d'approuver les mesures de gestion des risques, d'en superviser la mise en œuvre et de suivre une formation ; il peut être tenu responsable des manquements. Le RSSI pilote la mise en œuvre et rend compte, mais ne porte pas cette responsabilité à la place de la direction.

Combien de temps prend une mise en conformité NIS 2 ?

Aucun délai officiel ne s'applique à toutes les entités : tout dépend de la taille, de la catégorie, du niveau de départ et du nombre de systèmes. En France, le calendrier de mise en conformité sera fixé par la loi de transposition et ses décrets, non adoptés au 15 octobre 2026.

Quels documents prouvent la conformité NIS 2 ?

Notamment les décisions de la direction, les preuves de formation, l'inventaire des systèmes d'information, l'analyse de risques, la politique de sécurité, l'état des lieux et le plan d'action, le plan de continuité et les tests de sauvegarde, les évaluations de fournisseurs, la procédure d'incident et les notifications envoyées, ainsi que les rapports d'audit.

La conformité NIS 2 est-elle obligatoire en France dès maintenant ?

Pas encore : au 15 octobre 2026, la loi « résilience » qui transpose la directive n'est pas adoptée, et ses décrets non plus. L'ANSSI invite toutefois à se préparer sans attendre, avec le ReCyF et le pré-enregistrement volontaire, car les exigences de fond sont déjà fixées par la directive.

Sources

Ce chapitre résume et reformule les publications officielles ci-dessous. En cas de doute, le texte officiel fait foi.

Une plateforme et un service qui s'adaptent à vous

Notre plateforme est conçue pour un paramétrage très fin et une large capacité d'adaptation à vos besoins.