Guide homologation · Chapitre 2
Sécuriser le système avant de l'homologuer
Une homologation ne vaut que par le travail qui la précède. Le guide de l'ANSSI et de la DINUM consacre la moitié de ses pages à ce travail : qui fait quoi, où s'arrête le système, quelles mesures appliquer, comment le maintenir, l'auditer et suivre ses faiblesses.
- Commence
- Dès la conception du système
- Porté par
- DSI et équipes projet, piloté par le RSSI
- Produit
- Les pièces du futur dossier d'homologation
Chapitres du guide
En bref
-
La sécurisation et l'homologation commencent dès la conception du système et ne s'arrêtent qu'à son démantèlement.
-
Le guide recommande un modèle en trois lignes de maîtrise : les équipes qui exploitent, le RSSI qui pilote et conseille, une fonction de contrôle qui prépare l'avis.
-
Le périmètre regroupe ce qui dépend de l'autorité d'homologation ; l'écosystème rassemble tout ce que le système utilise sans le maîtriser, dont les risques doivent quand même être traités.
-
Les mesures sont suivies une à une (appliquée, partielle, non applicable), chaque choix étant justifié ; le MCO et le MCS les font vivre dans le temps.
-
L'analyse de risques est proportionnée à la criticité et à l'exposition ; tout converge vers un plan d'action unique, la pièce maîtresse du dossier.
Les trois lignes de maîtrise
Le guide propose d'organiser le travail selon un modèle en trois lignes, que l'ANSSI décrit aussi dans son guide « Maîtrise du risque numérique, l'atout confiance » :
| Ligne | Rôle | Qui, le plus souvent |
|---|---|---|
| Première ligne | Applique et maintient les mesures de sécurité, rédige les procédures, remonte les indicateurs | Les équipes opérationnelles, en général la DSI |
| Deuxième ligne | Fixe les mesures à appliquer, vérifie leur application, pilote les analyses de risques et les audits ; conduit en général les travaux d'homologation | Le responsable de la sécurité des systèmes d'information (RSSI) |
| Troisième ligne | Contrôle que le système est assez sûr pour être utilisé, rassemble et évalue les éléments, propose l'avis à l'autorité et organise la commission | Une fonction de contrôle : direction des risques, ou conseiller à la sécurité numérique dans les ministères |
Idéalement, trois personnes différentes tiennent ces rôles. Le guide admet que les petites organisations les cumulent, avec des ressources internes ou externes ; l'essentiel est que chacun sache ce qu'il doit faire. Un tableau des responsabilités (de type RACI) aide à le formaliser. Une ligne supplémentaire peut s'ajouter lorsqu'un contrôle extérieur à l'organisation est exigé.
Délimiter le périmètre et identifier l'écosystème
Le périmètre d'homologation rassemble tous les composants du système qui traitent l'information et dont l'autorité d'homologation a la responsabilité : matériels, logiciels et services, équipements d'échange, utilisateurs et administrateurs, lieux, et tout ce qui le fait fonctionner sous la maîtrise du responsable. Il doit être décrit sans ambiguïté, sur les plans technique, fonctionnel et des responsabilités, et si possible séparé du reste par des filtrages.
L'écosystème regroupe tout ce qui est relié au système sans faire partie du périmètre : systèmes connectés, interfaces de programmation, hébergeur, postes d'accès, locaux, administrateurs ou utilisateurs extérieurs. Le guide appelle chacun de ces éléments une brique. Les briques ne sont pas homologuées avec le système, mais leurs risques doivent être identifiés et traités, et chacune doit offrir des garanties à la hauteur des besoins du système : une homologation, une certification ou un contrat de service qui précise les engagements de chaque partie.
Le guide donne quelques règles de découpage. Plusieurs systèmes qui partagent une mission commune peuvent former un seul périmètre (on parle alors de périmètre capacitaire) ; à l'inverse, des services de nature différente, comme une messagerie, un partage de fichiers et une téléphonie, peuvent faire l'objet de trois homologations. Deux systèmes de niveaux de protection ou de classification différents demandent deux démarches distinctes.
| Mode | Dans le périmètre de l'organisation | Laissé à l'écosystème |
|---|---|---|
| SaaS (logiciel fourni en service) | Les données et les ordinateurs (fixes et mobiles) qui y accèdent | Annuaires, application, systèmes, virtualisation, serveurs, réseau, locaux |
| PaaS (plateforme louée) | Les mêmes, plus les annuaires d'identité et l'application | Systèmes d'exploitation, virtualisation, serveurs, réseau, locaux |
| IaaS (infrastructure louée) | Les mêmes, plus les systèmes d'exploitation et la virtualisation | Serveurs physiques, réseau physique, locaux |
| Sur site | Tout, jusqu'aux machines physiques, au réseau et au local informatique | Les seuls systèmes connectés |
La règle posée par le guide est simple : le périmètre d'homologation doit correspondre au périmètre de responsabilité. Pour le choix d'un hébergeur, voir notre article sur SecNumCloud et, pour la maîtrise des fournisseurs, la gestion des risques tiers.
Identifier et suivre les mesures de sécurité
Les mesures à appliquer viennent de plusieurs sources : les bonnes pratiques (le guide d'hygiène informatique de l'ANSSI en premier lieu), les référentiels et textes applicables, la politique de sécurité (PSSI) de l'organisation, le plan issu de l'analyse de risques, les résultats d'audit, les incidents passés et l'évolution de la menace. Le guide distingue les mesures communes à toute l'organisation (la sensibilisation des utilisateurs, par exemple) et les mesures propres au système (son dossier d'architecture).
Chaque mesure est classée appliquée, partiellement ou pas appliquée, ou non applicable, avec une justification. Une mesure peut être écartée si elle coûte plus cher que le risque qu'elle couvre, à condition de le justifier ; en revanche, toute mesure imposée par un texte et applicable doit être appliquée. Ce suivi, que le guide compare à la déclaration d'applicabilité d'ISO 27001, donne le taux de conformité du système, et des indicateurs de performance permettent de suivre son évolution.
Cartographier le système
La cartographie fait apparaître le périmètre d'homologation et sert à réagir vite en cas d'incident. Le guide recommande trois vues, du métier vers la technique : la vue métier (processus et informations principales, les valeurs métier d'EBIOS RM), la vue applicative (logiciels, services et flux entre eux) et la vue infrastructure (équipements et réseau). Elle peut s'enrichir des profils d'utilisateurs, des prestataires, des contrats et des lieux.
Trois règles pratiques : une seule cartographie par système, datée et tenue par une personne nommée ; une protection adaptée, car elle intéresse aussi les attaquants ; et une copie accessible même si le système est entièrement à l'arrêt. Notre article sur la cartographie du système d'information détaille la méthode de l'ANSSI.
MCO, MCS et résilience : faire durer la sécurité
Les procédures d'exploitation (incidents, changements, sauvegardes et restaurations, gestion des comptes) doivent être écrites, testées, appliquées et suivies par des indicateurs. Le guide demande en outre trois plans, rédigés par la première ligne et vérifiés par la deuxième :
| Plan | Objectif | Contenu attendu |
|---|---|---|
| Maintien en condition opérationnelle (MCO) | Limiter les pannes et les temps d'arrêt | Maintenance préventive et corrective, gestion de l'obsolescence, achats et stocks de pièces critiques, procédures de démantèlement |
| Maintien en condition de sécurité (MCS) | Corriger les vulnérabilités avant qu'elles ne soient exploitées | Veille sur les vulnérabilités, repérage de celles qui touchent le système grâce à la cartographie, application des correctifs, tests préalables pour les systèmes très critiques |
| Résilience | Surmonter un incident majeur et revenir à la normale | Durée maximale d'interruption tolérable, délai de remise en route visé, procédures de gestion de crise, de continuité et de reprise |
Quand un correctif ne peut pas être appliqué, le guide demande de placer le composant vulnérable dans une bulle de confiance qui contient la menace. Le MCS peut être fusionné avec le MCO, et un plan commun à toute l'organisation suffit souvent : le dossier y renvoie au lieu de le recopier. Pour la résilience, notre guide de la continuité d'activité développe le bilan d'impact et le plan de reprise.
Analyser les risques, à la bonne profondeur
Avant la mise en service, les risques liés à l'emploi du système doivent être identifiés, traités et acceptés. Le guide demande une méthode validée par la politique de sécurité ou par l'autorité d'homologation ; EBIOS Risk Manager est obligatoire quand l'ANSSI est elle-même l'autorité, et fortement recommandée dans les autres cas. Surtout, il proportionne l'effort :
- système peu critique et peu exposé : une vérification de conformité au guide d'hygiène informatique et aux guides thématiques suffit ;
- système plus critique ou plus exposé : une analyse des principaux risques ;
- système critique et exposé : une analyse complète, qui étudie des scénarios d'attaque vraisemblables, en tenant compte de la menace intentionnelle.
L'analyse couvre le périmètre et les risques apportés par l'écosystème. Le plan de traitement qui en sort est intégré au plan d'action, et la vraisemblance des risques, qui évolue avec la menace, se surveille par des indicateurs de risque. Pour la méthode, voir notre guide EBIOS RM ou, pour une alternative, l'ISO 27005.
Auditer le système
Une fois les mesures en place, des audits éprouvent la robustesse du système sur le périmètre défini. Le guide les veut menés par des auditeurs indépendants, avec un temps suffisant et la liberté de proposer leurs propres scénarios. Il distingue les audits de conformité, d'organisation, de configuration, d'architecture et les audits techniques, auxquels s'ajoutent selon le système les revues de code, les tests d'intrusion ou les programmes de prime aux bogues. Certains textes en imposent : nous les avons listés au chapitre 1.
La fréquence suit l'évolution des enjeux, de la menace et de l'avancement des corrections ; alterner les types d'audit d'une fois sur l'autre permet de couvrir davantage de failles. Notre article sur l'audit de cybersécurité présente les différents formats.
Le plan d'action, pierre angulaire du dossier
Toutes ces démarches produisent des actions : combler des écarts de conformité, traiter des risques, corriger des vulnérabilités relevées en audit, tirer les leçons d'incidents. Le guide demande de les rassembler dans un plan d'action unique, aux actions réalistes et utiles, que l'on peut formuler selon la règle SMART (spécifique, mesurable, atteignable, réaliste, limitée dans le temps). Chaque action a au minimum un propriétaire, une complexité, un délai et une date, et l'on traite d'abord les risques les plus graves et les plus vraisemblables.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le maintien en condition de sécurité (MCS) ?
C'est l'ensemble des procédures qui corrigent les vulnérabilités d'un système avant qu'elles ne soient exploitées : veille sur les nouvelles failles, repérage de celles qui le concernent, application régulière ou urgente des correctifs. Quand un correctif est impossible, le composant est isolé dans une bulle de confiance.
Quelle différence entre MCO et MCS ?
Le maintien en condition opérationnelle (MCO) vise à éviter les pannes : maintenance préventive et corrective, obsolescence, pièces de rechange. Le maintien en condition de sécurité (MCS) vise à corriger les failles de sécurité. Les deux plans peuvent être fusionnés.
Qu'est-ce que le périmètre d'homologation ?
C'est l'ensemble des composants du système qui traitent l'information et dont l'autorité d'homologation a la responsabilité. Ce qui est utilisé sans être maîtrisé, comme la plateforme d'un hébergeur, appartient à l'écosystème : ses risques sont traités, mais il n'est pas homologué avec le système.
Faut-il toujours une analyse de risques EBIOS RM ?
Non. EBIOS RM n'est obligatoire que lorsque l'ANSSI est l'autorité d'homologation. Ailleurs, l'ANSSI la recommande fortement, avec une profondeur adaptée : une simple vérification de conformité pour un système peu critique et peu exposé, une analyse complète pour un système critique et exposé.
Qui conduit les travaux d'homologation ?
En général le RSSI, dans son rôle de deuxième ligne de maîtrise. Les équipes opérationnelles produisent la documentation et appliquent les mesures ; une fonction de contrôle évalue l'ensemble et propose l'avis à l'autorité.
Sources
Ce chapitre résume et reformule les publications officielles ci-dessous. En cas de doute, le texte officiel fait foi.
- Le guide de l'homologation de sécurité des systèmes d'information (version 2.2), ANSSI et DINUM, avril 2025, mis à jour en mars 2026.
Une plateforme et un service qui s'adaptent à vous
Notre plateforme est conçue pour un paramétrage très fin et une large capacité d'adaptation à vos besoins.