RGS (référentiel général de sécurité) : ce qu'il impose
Qui doit l'appliquer, quelle version est en vigueur, et pourquoi tout se joue autour de l'homologation de sécurité.
Le RGS, ou référentiel général de sécurité, fixe les règles que les autorités administratives françaises doivent suivre pour sécuriser leurs systèmes d'information, en particulier les téléservices et les échanges électroniques avec les usagers. Issu d'une ordonnance de 2005 et d'un décret de 2010, il est aujourd'hui en version 2.0, en vigueur depuis le 1er juillet 2014. Sa première obligation est l'homologation de sécurité : une décision formelle, prise avant la mise en service, qui accepte les risques résiduels d'un système.
RGS : définition du référentiel général de sécurité
Le sigle RGS a plusieurs sens ; en cybersécurité, il désigne le référentiel général de sécurité publié par l'ANSSI, l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information. Son objectif est d'établir la confiance dans les échanges électroniques entre l'administration et les usagers, et entre administrations.
Selon l'ANSSI, il réunit trois choses :
- une méthode pour sécuriser un système d'information, de l'analyse de risques à l'homologation ;
- un état de l'art pour les fonctions de sécurité : identification, signature électronique, confidentialité, horodatage, mécanismes cryptographiques ;
- un dispositif de qualification des produits de sécurité et des prestataires de services de confiance.
Le RGS n'est pas une liste de cases à cocher. Il demande à chaque administration de partir de ses propres risques et de décider, en connaissance de cause, des mesures adaptées. En ce sens, il est plus proche d'une démarche de gestion des risques que d'un catalogue de contrôles.
Qui est concerné par le RGS ?
Le RGS s'impose aux autorités administratives, que l'ANSSI répartit en six catégories :
- les administrations de l'État ;
- les collectivités territoriales ;
- les établissements publics à caractère administratif ;
- les organismes gérant des régimes de protection sociale ;
- les autres organismes chargés de la gestion d'un service public administratif ;
- les commissions de prévention des expulsions locatives.
Une mairie qui ouvre un portail de démarches en ligne, un conseil départemental qui gère des aides sociales par voie électronique ou une caisse de sécurité sociale sont donc concernés au premier chef. Le RGS vise aussi les prestataires, publics ou privés, qui fournissent des produits ou des services de confiance à ces autorités : il fixe les normes qu'ils doivent respecter pour être qualifiés. Pour toutes les autres organisations, l'ANSSI le présente comme un recueil de bonnes pratiques conforme à l'état de l'art.
Les textes du RGS et la version en vigueur
Le RGS repose sur l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques avec et entre les autorités administratives, et sur le décret n° 2010-112 du 2 février 2010, qui en applique les articles 9, 10 et 12. Le référentiel lui-même est approuvé par arrêté.
- 2005 8 décembre
Ordonnance n° 2005-1516
Relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives. Elle prévoit un référentiel général de sécurité.
- 2010 2 février
Décret n° 2010-112
Applique l'ordonnance : analyse de risques, objectifs de sécurité, mesures, homologation, produits et prestataires qualifiés.
- 2010 6 mai
Arrêté approuvant le premier RGS
Publié au Journal officiel le 18 mai 2010, avec des délais de mise en conformité pour les systèmes déjà en service.
- 2014 13 juin
Arrêté approuvant le RGS 2.0
Publié le 24 juin 2014, la version 2.0 s'applique depuis le 1er juillet 2014. C'est toujours la version en vigueur.
- 2014 17 juillet
Circulaire PSSIE n° 5725/SG
Politique de sécurité des systèmes d'information de l'État, pour les ministères et leurs établissements publics.
- 2015 10 juin
Arrêté sur les délais
Prolonge les délais de mise en œuvre du RGS.
- 2022 8 avril
Décret n° 2022-513
Sécurité numérique du système d'information et de communication de l'État et de ses établissements publics.
- 2025 Avril
Guide de l'homologation de sécurité
Publié par l'ANSSI et la DINUM : trois niveaux de démarche et une homologation à renouveler au plus tous les trois ans.
La version en vigueur est le RGS 2.0, approuvé par l'arrêté du 13 juin 2014, publié au Journal officiel le 24 juin et applicable depuis le 1er juillet 2014. Il se compose d'un corps de texte et d'annexes, dont certaines ont été révisées depuis. La page des documents de l'ANSSI indique par exemple la version 2.04 de l'annexe B1 sur le choix et le dimensionnement des mécanismes cryptographiques, datée du 1er janvier 2020, et un erratum de 2016 sur l'annexe A3. L'ANSSI et la direction interministérielle du numérique (DINUM) sont chargées de maintenir le référentiel à jour, et l'ANSSI signale des travaux de mise à jour pour simplifier son articulation avec le règlement européen eIDAS.
La démarche du RGS en cinq étapes
Le décret de 2010 et le chapitre 2 du RGS décrivent une démarche en cinq temps : analyse de risques, objectifs de sécurité, mesures, homologation, puis suivi opérationnel. Pour un système déjà en service, le RGS prévoit une démarche simplifiée qui commence par un audit. Basculez de l'une à l'autre.
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Analyse de risques Décret, art. 3
Identifier ce qui peut affecter le système, en estimer les conséquences et décider comment ramener le risque à un niveau acceptable.
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Objectifs de sécurité Décret, art. 3
Fixer les besoins en disponibilité, intégrité et confidentialité, ainsi qu'en authentification et en traçabilité.
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Mesures de protection Décret, art. 3 et 4
Choisir les mesures techniques et organisationnelles, en recourant autant que possible à des produits et prestataires qualifiés.
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Homologation Décret, art. 5
Avant la mise en service, l'autorité d'homologation atteste que le système est protégé et accepte les risques résiduels.
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Suivi opérationnel RGS, ch. 2.5
Surveiller, détecter et traiter les incidents au quotidien, et revoir périodiquement l'homologation.
Les objectifs de sécurité s'expriment dans les termes familiers des critères DICP : disponibilité, intégrité, confidentialité, auxquels le RGS ajoute l'authentification et la traçabilité. Le texte ne prescrit pas de méthode d'analyse de risques particulière ; dans la pratique, les administrations s'appuient largement sur EBIOS Risk Manager, la méthode de l'ANSSI, ou sur ISO 27005.
L'homologation de sécurité, première obligation du RGS
L'ANSSI le dit clairement sur sa page consacrée au RGS : la première obligation, et la plus importante, est de conduire une homologation de sécurité. Le RGS la définit aussi comme une « attestation formelle ». Elle est prononcée par une autorité d'homologation désignée par l'autorité administrative, qui atteste que le système est protégé conformément aux objectifs fixés et que les risques résiduels sont acceptés. Pour un téléservice, la décision est rendue accessible aux usagers.
Ce que précise le guide de 2025
En 2025, l'ANSSI et la DINUM ont publié un guide de l'homologation de sécurité, présenté par Next comme un ensemble de quatre documents. Il rappelle que l'homologation est un acte formel qui engage l'autorité qui la prononce, et il organise la démarche :
- trois niveaux, simplifié, intermédiaire et renforcé, choisis selon la criticité et l'exposition du système ;
- un comité d'homologation, souvent présidé par le RSSI, qui instruit le dossier et rend un avis, et une commission, obligatoire au niveau renforcé, où le système est présenté à l'autorité ;
- un dossier proportionné : un document d'accompagnement de une à deux pages, complété selon le niveau par l'analyse de risques, une matrice de conformité, les résultats d'audit et un plan d'action ;
- une durée limitée : trois ans au maximum dans de nombreux cadres réglementaires, et l'ANSSI recommande fortement de ne pas dépasser trois ans ailleurs.
Pour les petites structures, l'ANSSI propose aussi un service en ligne gratuit, MonServiceSécurisé, qui guide la démarche. Le RGS recommande enfin une revue périodique des systèmes homologués : une homologation n'est pas un diplôme définitif, mais une décision à reprendre quand le système, la menace ou le contexte évoluent. Notre guide de l'homologation de sécurité détaille chaque étape de la démarche, avec un exemple suivi de bout en bout.
Produits et prestataires qualifiés
Le décret de 2010 incite les autorités administratives à recourir à des produits de sécurité et à des prestataires de services de confiance qualifiés. L'ANSSI le formule ainsi : recourir à un service qualifié au titre du RGS vaut présomption de conformité. Lorsqu'aucun produit ou service qualifié n'existe, l'administration doit s'assurer elle-même de la conformité et en attester.
- Produits de sécurité : c'est l'ANSSI qui délivre les qualifications, aux niveaux élémentaire, standard ou renforcé.
- Services de confiance (certification électronique, horodatage, audit) : la qualification est délivrée par un organisme accrédité par le COFRAC et habilité par l'ANSSI, pour trois ans.
- Audits : le RGS recommande de faire appel, chaque fois que possible, à des prestataires d'audit qualifiés, les PASSI. Voir notre article sur l'audit de cybersécurité.
Ce même réflexe vaut pour l'hébergement : pour leurs données les plus sensibles confiées à un cloud commercial, l'État et ses opérateurs doivent désormais recourir à une offre qualifiée SecNumCloud, et la question se pose souvent au moment de l'homologation.
RGS, PSSIE, eIDAS et NIS 2 : comment ils s'articulent
La PSSIE et le cadre de gouvernance de l'État
La politique de sécurité des systèmes d'information de l'État (PSSIE), issue de la circulaire n° 5725/SG du 17 juillet 2014, s'applique aux ministères et à leurs établissements publics. Le décret n° 2022-513 du 8 avril 2022 a posé un cadre de gouvernance de la sécurité numérique de l'État, appelé à remplacer à terme la circulaire de 2014 ; les deux coexistent pour l'instant. Le RGS, lui, couvre toutes les autorités administratives, collectivités comprises. Chaque organisme décline ces exigences dans sa propre PSSI.
Le règlement eIDAS
Pour l'identification et la signature électroniques, le règlement européen eIDAS s'ajoute au RGS. D'après l'ANSSI, le RGS continue de s'appliquer aux échanges entre administrations et usagers, mais les administrations doivent accepter les moyens d'identification et les signatures ou cachets conformes à eIDAS, même s'ils ne respectent pas le RGS. L'agence recommande aux administrations de recourir à des services qualifiés à la fois au sens du RGS et d'eIDAS.
NIS 2 et la loi résilience
La directive NIS 2 inclut l'administration publique parmi les secteurs concernés. En France, sa transposition passe par le projet de loi résilience, qui vise notamment près de 1 500 collectivités territoriales et qui n'était toujours pas adopté au 9 octobre 2026. Les obligations de NIS 2 s'ajouteront au RGS sans le remplacer : une administration déjà rodée à l'analyse de risques et à l'homologation partira avec une longueur d'avance. Notre article sur la LPM, les OIV et les OSE montre d'ailleurs que l'homologation figure aussi parmi les règles imposées aux opérateurs de services essentiels.
Pour piloter vos homologations dans la durée, avec les analyses de risques, les décisions et les réserves au même endroit, voyez notre logiciel d'homologation de sécurité.
Synthèse
Un cadre pour les autorités administratives
Le RGS s'impose aux administrations de l'État, aux collectivités, aux établissements publics administratifs et aux organismes de protection sociale pour leurs systèmes d'information et leurs téléservices.
La version 2.0 depuis 2014
Approuvé par l'arrêté du 13 juin 2014, le RGS 2.0 s'applique depuis le 1er juillet 2014. L'ANSSI le maintient avec la DINUM et travaille à mieux l'articuler avec le règlement eIDAS.
L'homologation au centre
Analyse de risques, objectifs, mesures, puis décision formelle d'une autorité qui accepte les risques résiduels : c'est la première obligation du RGS, à renouveler dans le temps.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le RGS ?
Le RGS, ou référentiel général de sécurité, est le texte qui encadre la sécurité des systèmes d'information des autorités administratives françaises, en particulier pour leurs échanges électroniques avec les usagers et entre elles. Il découle de l'ordonnance n° 2005-1516 et du décret n° 2010-112, et il est maintenu par l'ANSSI avec la DINUM.
Qui est concerné par le RGS ?
Les autorités administratives : administrations de l'État, collectivités territoriales, établissements publics à caractère administratif, organismes de protection sociale et autres organismes chargés de la gestion d'un service public administratif. Les prestataires qui leur fournissent des produits ou services de confiance sont également concernés. Pour les autres organisations, le RGS est un guide de bonnes pratiques.
Le RGS s'applique-t-il aux collectivités territoriales ?
Oui. Les collectivités territoriales font partie des autorités administratives visées par l'ordonnance de 2005. Leurs systèmes d'information et leurs téléservices doivent donc suivre la démarche du RGS, à commencer par l'homologation de sécurité.
Quelle est la version en vigueur du RGS ?
La version en vigueur est le RGS 2.0, approuvé par l'arrêté du 13 juin 2014 et applicable depuis le 1er juillet 2014. Plusieurs annexes ont été mises à jour depuis, par exemple l'annexe B1 sur les mécanismes cryptographiques (version 2.04 du 1er janvier 2020). L'ANSSI indique mener des travaux de mise à jour pour simplifier l'articulation avec le règlement eIDAS.
Qu'est-ce que l'homologation RGS ?
C'est la décision formelle par laquelle une autorité d'homologation, désignée par l'autorité administrative, atteste qu'un système d'information est protégé conformément aux objectifs de sécurité fixés et accepte les risques résiduels, avant sa mise en service. Elle s'appuie sur une analyse de risques et doit être revue périodiquement ; l'ANSSI recommande de ne pas dépasser trois ans.
Quelle différence entre le RGS et la PSSIE ?
Le RGS s'applique à toutes les autorités administratives, collectivités comprises, et porte sur la sécurité de leurs systèmes d'information et de leurs échanges électroniques. La PSSIE, issue de la circulaire n° 5725/SG du 17 juillet 2014, est la politique de sécurité propre aux ministères et à leurs établissements publics. Les deux se complètent.
Sources (9)
- ANSSI — Le référentiel général de sécurité (RGS)
- ANSSI — Le référentiel général de sécurité version 2.0 : les documents
- ANSSI — RGS version 2.0, corps du texte
- ANSSI — Communiqué de presse sur le RGS 2.0 (25 juin 2014)
- ANSSI — Communiqué de presse sur la publication du RGS (20 mai 2010)
- ANSSI — Règlement eIDAS : l'articulation avec le RGS
- ANSSI — Cadre de gouvernance de la sécurité numérique de l'État (PSSIE)
- ANSSI et DINUM — Le guide de l'homologation de sécurité des systèmes d'information (2025)
- Next — Un guide de l'ANSSI sur l'homologation de sécurité des systèmes d'information (2 avril 2025)
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