Ransomware : comprendre, prévenir et réagir à un rançongiciel
Ce qu'est un rançongiciel, comment se déroule une attaque, ce qu'est la double extorsion, comment s'en protéger et que faire, heure par heure, si vous êtes touché.
Un ransomware, ou rançongiciel, est un logiciel malveillant qui chiffre les données et les systèmes d'une victime pour lui réclamer une rançon, le plus souvent après lui avoir volé ses données pour la menacer de les publier. Hôpitaux, collectivités, industriels, PME : aucune organisation n'est trop petite pour être visée. Cet article explique comment se déroule une attaque, comment la prévenir et que faire si elle survient. Pour le cas particulier des intrusions par VPN et pare-feu, voyez notre article d'actualité sur les équipements de bordure, première porte d'entrée.
Qu'est-ce qu'un ransomware ?
Le mot vient de l'anglais ransom (rançon) et software (logiciel). En français, on dit rançongiciel. Le principe est ancien : rendre les données inutilisables en les chiffrant, puis vendre la clé de déchiffrement. Ce qui a changé, c'est l'organisation des attaquants.
Les attaques ne visent plus seulement des particuliers au hasard. Le CERT-FR décrit depuis 2020 la « chasse au gros gibier » : des groupes qui ciblent des entreprises et des institutions capables de payer cher, et qui prennent le temps de préparer leur coup. Beaucoup fonctionnent en rançongiciel en tant que service : un groupe développe le logiciel et le loue à des affiliés, qui mènent les intrusions et partagent les gains. D'autres acteurs se spécialisent dans la vente d'accès à des réseaux déjà compromis.
En France, 128 compromissions par rançongiciel ont été portées à la connaissance de l'ANSSI en 2025, selon son panorama de la cybermenace. Ce chiffre ne compte que les cas signalés à l'agence. Le même rapport observe que certains attaquants délaissent le chiffrement au profit du seul vol de données, suivi d'un chantage à la publication.
Le déroulé d'une attaque par rançongiciel
Une attaque ciblée n'est pas un événement instantané. Le guide de l'ANSSI sur les rançongiciels décrit une progression en plusieurs temps, qui peut s'étaler sur des jours ou des semaines entre l'intrusion et le chiffrement. Cette durée est une chance : chaque étape laisse des traces, et chaque étape a sa parade.
- L'accès initial : exploitation d'une vulnérabilité d'un équipement exposé sur Internet, identifiants volés ou réutilisés, courriel d'hameçonnage, ou accès acheté à un intermédiaire. Un fournisseur ou un infogérant compromis peut aussi servir de porte d'entrée (voir les attaques par la chaîne d'approvisionnement).
- La prise de pied : l'attaquant installe ses outils, souvent des logiciels d'administration légitimes pour passer inaperçu, et cherche à obtenir des droits plus élevés.
- La propagation : il se déplace d'une machine à l'autre jusqu'à prendre le contrôle de l'annuaire (par exemple Active Directory), qui donne les clés de tout le réseau.
- L'exfiltration : il copie les données qui feront pression, comme les fichiers RH, financiers, clients ou de santé.
- La destruction des sauvegardes : le guide de l'ANSSI souligne que les attaquants cherchent à chiffrer l'ensemble des serveurs, sauvegardes comprises. Des sauvegardes accessibles depuis le réseau ne protègent donc pas d'une attaque ciblée.
- Le chiffrement, souvent lancé un soir ou un week-end, et la demande de rançon.
La double extorsion
Les sauvegardes ont longtemps été la parade absolue : si l'on peut tout restaurer, pourquoi payer ? Les attaquants ont répondu par la double extorsion. Le CERT-FR la date de fin 2019 : avant de chiffrer, ils volent les données, puis menacent de les publier sur un site de divulgation si la victime ne paie pas. Même une organisation qui restaure tout reste exposée au chantage.
Selon le panorama 2025, les attaquants pratiquent toujours la double, voire la triple extorsion, en ajoutant d'autres moyens de pression comme des attaques en déni de service ou des contacts directs avec les clients et partenaires de la victime. Une attaque par rançongiciel est donc presque toujours aussi une fuite de données, avec les obligations qui en découlent (voir plus bas). Nos articles sur la cyberattaque d'un hôpital sanctionnée par la CNIL et sur les fuites de données dans l'État en montrent les conséquences.
Prévenir une attaque par ransomware
Le guide de l'ANSSI fait des sauvegardes la mesure prioritaire, tout en rappelant qu'elles ne suffisent pas. Les mesures essentielles, dans l'ordre des étapes de l'attaque :
- Réduire la surface d'attaque : inventorier ce qui est exposé sur Internet, appliquer vite les correctifs de sécurité, en priorité sur les équipements de bordure, et imposer l'authentification multifacteur sur tous les accès distants et les comptes d'administration.
- Détecter : un antivirus à jour, et de préférence un outil de détection et de réponse sur les postes et serveurs, avec des journaux centralisés que quelqu'un regarde.
- Freiner la propagation : cloisonner le réseau, limiter les droits des utilisateurs, séparer les comptes d'administration des comptes de travail, protéger l'annuaire.
- Protéger les sauvegardes : au moins une copie hors ligne ou non modifiable, à intervalles réguliers, et des restaurations testées. Une sauvegarde que l'on n'a jamais restaurée n'est qu'une hypothèse.
- Préparer la crise : un plan de gestion de crise et un plan de reprise d'activité connus de la direction, des contacts d'urgence imprimés, un exercice au moins une fois par an.
- Former les utilisateurs à reconnaître l'hameçonnage et à signaler vite un comportement suspect.
Ces mesures prennent tout leur sens lorsqu'elles répondent à un scénario de risque explicite. Le rançongiciel figure en tête des scénarios à étudier dans toute analyse de risques, et son impact se mesure dans le bilan d'impact sur l'activité de votre plan de continuité : combien de temps pouvez-vous tenir sans tel système ?
Que faire si vous êtes victime d'un rançongiciel ?
Les premières heures comptent. La fiche réflexe de Cybermalveillance.gouv.fr et le guide de l'ANSSI convergent sur ces gestes :
- Isoler sans éteindre : débranchez les machines touchées du réseau (câble, Wi-Fi), mais ne les éteignez pas, sauf si le chiffrement est encore en cours : leur mémoire contient des traces utiles à l'enquête.
- Protéger les sauvegardes : déconnectez-les immédiatement du réseau pour qu'elles ne soient pas chiffrées à leur tour.
- Alerter : votre équipe informatique ou votre prestataire, puis un spécialiste de la réponse à incident. La plateforme 17Cyber, lancée en décembre 2024 par la police, la gendarmerie et Cybermalveillance.gouv.fr, oriente les victimes et met en relation avec des prestataires.
- Constituer une cellule de crise avec la direction, et tenir une main courante : un journal daté de tout ce qui est constaté et décidé.
- Préserver les preuves : message de rançon, fichiers chiffrés, journaux. Ne réinstallez rien avant le dépôt de plainte.
- Communiquer en interne et, si nécessaire, auprès des clients et partenaires, par un canal sûr : la messagerie habituelle est peut-être compromise.
La norme ISO 27035 structure cette réponse en phases, de la détection au retour d'expérience : voir notre article sur la gestion des incidents de sécurité, et le chapitre du guide consacré à la gestion de crise cyber.
Faut-il payer la rançon ?
L'ANSSI et Cybermalveillance.gouv.fr sont constants : il ne faut pas payer. Trois raisons :
- Rien n'est garanti : la clé fournie peut ne pas fonctionner, ou mal, et la restauration prend de toute façon du temps.
- Payer n'efface pas le vol : rien n'empêche l'attaquant de publier ou de revendre les données exfiltrées, ni de revenir.
- Payer finance les attaques suivantes et vous désigne comme une cible qui paie.
En droit français, le paiement n'est pas interdit en tant que tel. La loi du 24 janvier 2023 d'orientation et de programmation du ministère de l'Intérieur l'a encadré du côté de l'assurance : selon l'article L12-10-1 du code des assurances, une garantie qui couvre les pertes liées à une cyberattaque ne peut jouer que si la victime a porté plainte au plus tard 72 heures après avoir eu connaissance de l'attaque. Avant toute décision, vérifiez aussi l'existence d'un outil de déchiffrement gratuit sur le site No More Ransom, soutenu par Europol.
Plainte et notifications : qui prévenir ?
| Qui | Quand | Pourquoi |
|---|---|---|
| Police, gendarmerie ou procureur | Au plus tard 72 heures après la découverte pour être indemnisé | Plainte pénale ; condition de l'indemnisation par l'assurance (article L12-10-1 du code des assurances) |
| Assureur | Selon le contrat, au plus vite | Déclaration de sinistre ; certains contrats donnent accès à une assistance |
| CNIL | 72 heures après la prise de connaissance, si des données personnelles sont touchées | Notification de violation (article 33 du RGPD) ; information des personnes si le risque est élevé (article 34) |
| ANSSI (CERT-FR) | Sans délai pour les opérateurs régulés ; recommandé pour tous | Obligation pour les opérateurs d'importance vitale et de services essentiels ; appui technique |
Pour la CNIL, un rançongiciel est presque toujours une violation de données personnelles : le chiffrement les rend indisponibles, l'exfiltration les expose. Les lignes directrices européennes (WP250) précisent qu'une perte de disponibilité, même temporaire, doit au minimum être documentée dans le registre interne des violations. La CNIL recommande de notifier dans les 72 heures quitte à compléter ensuite, plutôt que d'attendre d'avoir toutes les informations ; la notification se fait en ligne sur son téléservice.
Les opérateurs régis par la loi de programmation militaire ou par la transposition de la première directive NIS déclarent déjà leurs incidents à l'ANSSI. Avec NIS 2, des milliers d'entités essentielles et importantes devront suivre le calendrier de l'article 23 : alerte précoce dans les 24 heures, notification dans les 72 heures, rapport final dans le mois. En France, la loi de transposition n'est pas encore adoptée (voir notre article sur la loi résilience), mais ces délais méritent d'être intégrés dès maintenant dans vos procédures.
Reconstruire et tirer les leçons
Redémarrer trop vite est une erreur fréquente : si l'attaquant a laissé une porte dérobée ou si l'annuaire reste compromis, il reviendra. La reconstruction suit en général cet ordre : comprendre comment l'attaquant est entré et ce qu'il a touché, reconstruire un cœur de confiance (annuaire, comptes d'administration, mots de passe et secrets renouvelés), restaurer à partir de sauvegardes saines, puis remettre en service par priorité métier, selon votre plan de reprise.
Vient ensuite le retour d'expérience : qu'est-ce qui a permis l'intrusion, qu'est-ce qui l'a retardée ou aurait pu l'arrêter, combien de temps a pris chaque étape de la réponse ? Ses conclusions alimentent l'analyse de risques, le plan d'action et la politique de sécurité. Pensez aussi à vos fournisseurs : un prestataire compromis peut être la source de l'attaque ou en subir les suites, d'où l'intérêt d'une gestion des risques tiers.
Pour intégrer le scénario rançongiciel à votre analyse de risques et suivre les mesures qui en découlent, voyez notre logiciel d'analyse de risques.
Synthèse
Une attaque en plusieurs temps
Avant le chiffrement, l'attaquant entre, s'installe, se propage, vole des données et détruit les sauvegardes. Chaque étape est une occasion de le détecter et de l'arrêter.
Des sauvegardes hors ligne et un plan testé
Correctifs, authentification multifacteur, cloisonnement, détection et surtout une sauvegarde hors ligne restaurable : c'est ce qui fait la différence le jour de l'attaque.
Ne pas payer, porter plainte, notifier
L'ANSSI et Cybermalveillance.gouv.fr déconseillent de payer. Portez plainte dans les 72 heures pour pouvoir être indemnisé, et notifiez la CNIL sous 72 heures si des données personnelles sont touchées.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un ransomware ?
Un ransomware, ou rançongiciel, est un logiciel malveillant qui bloque l'accès aux données ou aux systèmes d'une victime, en général en les chiffrant, puis exige une rançon pour les rendre. Les attaquants volent aussi les données avant de les chiffrer et menacent de les publier : c'est la double extorsion.
Comment un ransomware entre-t-il dans un système d'information ?
Le plus souvent par une vulnérabilité non corrigée d'un équipement exposé sur Internet (VPN, pare-feu, passerelle d'accès distant), par des identifiants volés ou réutilisés, ou par un courriel d'hameçonnage. L'accès initial est parfois acheté à un intermédiaire spécialisé avant d'être exploité par un autre groupe.
Que faire en cas d'attaque par rançongiciel ?
Isolez les machines du réseau sans les éteindre, déconnectez les sauvegardes, alertez votre prestataire ou votre équipe de réponse à incident, constituez une cellule de crise et tenez un journal daté des actions. Ne payez pas, conservez les preuves, portez plainte et notifiez la CNIL dans les 72 heures si des données personnelles sont concernées.
Faut-il payer la rançon ?
L'ANSSI et Cybermalveillance.gouv.fr recommandent de ne pas payer : rien ne garantit que vous récupérerez vos données, ni que les données volées ne seront pas publiées ou revendues, et le paiement finance d'autres attaques. Le paiement n'est pas interdit en tant que tel en France, mais une assurance ne peut indemniser une cyberattaque que si une plainte a été déposée dans les 72 heures.
Faut-il porter plainte après un ransomware ?
Oui. La plainte se dépose auprès de la police, de la gendarmerie ou par écrit au procureur de la République, avant de réinstaller les machines pour préserver les preuves. Pour une entreprise, elle conditionne aussi l'indemnisation par l'assurance : l'article L12-10-1 du code des assurances impose qu'elle soit déposée au plus tard 72 heures après la découverte de l'attaque.
Une attaque par rançongiciel est-elle une violation de données ?
Le plus souvent, oui. Le chiffrement rend les données indisponibles, et l'exfiltration les expose : dans les deux cas, il s'agit d'une violation de données personnelles au sens du RGPD si des données personnelles sont concernées. Elle doit être inscrite au registre interne des violations et notifiée à la CNIL dans les 72 heures, sauf si elle ne présente pas de risque pour les personnes.
Sources (12)
- ANSSI — Attaques par rançongiciels, tous concernés : comment les anticiper et réagir en cas d'incident ? (2020)
- CERT-FR — Panorama de la cybermenace 2025 (CERTFR-2026-CTI-002, mars 2026)
- CERT-FR — État de la menace rançongiciel à l'encontre des entreprises et des institutions (CERTFR-2021-CTI-001)
- Cybermalveillance.gouv.fr — Rançongiciel : que faire si votre organisation est victime d'une attaque ?
- CNIL — Violations de données personnelles : les règles à suivre
- CNIL — Notifier une violation de données personnelles
- Groupe de travail « Article 29 » — Lignes directrices sur la notification de violations de données à caractère personnel (WP250)
- Légifrance — Article L12-10-1 du code des assurances (loi n° 2023-22 du 24 janvier 2023)
- Gendarmerie nationale — « 17Cyber » : la nouvelle plateforme de lutte contre la cybercriminalité est en ligne (décembre 2024)
- No More Ransom — outils de déchiffrement (Europol et partenaires)
- EUR-Lex — Directive (UE) 2022/2555 (NIS 2), article 23
- EUR-Lex — Règlement (UE) 2016/679 (RGPD), articles 33 et 34
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