Guide continuité d'activité · Chapitre 5

Exercice de crise cyber : préparer, jouer et tirer les leçons

Un plan de continuité jamais exercé reste une hypothèse. L'exercice de crise cyber met la cellule de crise face à un scénario réaliste pour vérifier que l'organisation, les outils et les réflexes tiennent. Ce chapitre suit la méthode en quatre étapes du guide de l'ANSSI.

Mis à jour le · 7 min de lecture

Référence
Guide ANSSI et CCA, 2020
Préparation
2 à 6 mois pour une simulation
Durée de jeu
Quelques heures à 2 jours
Exigé par
ISO 22301, DORA
Chapitres du guide
  1. Continuité d'activité
  2. ISO 22301
  3. Bilan d'impact (BIA)
  4. Plan de reprise (PRA)
  5. Gestion de crise cyber
  6. Exercice de crise cyber
  7. Glossaire

En bref

  1. Le guide de l'ANSSI Organiser un exercice de gestion de crise cyber, écrit avec le Club de la continuité d'activité (CCA), décrit la démarche en quatre étapes : concevoir, préparer, dérouler, tirer les enseignements.

  2. Un exercice ne cherche pas à surprendre ni à piéger les participants : il sert à s'entraîner et à améliorer le dispositif.

  3. Deux grands formats : l'exercice sur table, conseillé pour débuter (2 à 3 heures, environ six semaines de préparation), et la simulation, avec une cellule d'animation (une demi-journée à deux jours, deux à six mois de préparation).

  4. Le chronogramme fixe le déroulé et les stimuli envoyés aux joueurs ; des observateurs notent ce qui fonctionne et ce qui coince.

  5. Le retour d'expérience se fait à chaud, juste après, puis à froid, deux à quatre semaines plus tard, et débouche sur un plan d'action suivi.

Pourquoi organiser un exercice de crise cyber ?

Un exercice de crise cyber est une simulation au cours de laquelle les personnes qui géreraient une vraie crise (direction, métiers, communication, équipes techniques) affrontent un scénario fictif d'attaque. Il vérifie que les rôles sont clairs, que les procédures et annuaires sont utilisables, que les décisions se prennent au bon niveau et que la communication suit.

Les référentiels l'exigent de plus en plus : ISO 22301 demande un programme d'exercices (article 8.5) ; DORA impose aux entités financières de tester leurs plans au moins une fois par an, y compris sur des scénarios de cyberattaque et leurs plans de communication de crise ; et le guide de crise de l'ANSSI fait de l'entraînement l'une des sept fiches de préparation. Pour une première démarche, l'exercice est aussi le meilleur moyen de rendre la continuité concrète pour la direction.

Exercice sur table ou simulation : quel format choisir ?

Les deux formats décrits par le guide de l'ANSSI
Exercice sur tableSimulation
PrincipeLes participants sont réunis autour d'une table ; un animateur présente la situation et la fait évoluerLa cellule de crise joue dans ses conditions réelles ; une cellule d'animation lui envoie des événements et joue les interlocuteurs extérieurs
Durée2 à 3 heures, briefing et débriefing comprisUne demi-journée à deux jours
PréparationEnviron six semainesDeux à six mois
Pour quiUne première fois, ou un sujet cibléUne organisation qui veut tester son dispositif complet

Le guide distingue aussi les exercices planifiés, dont la date est connue, et les exercices inopinés, qu'il réserve aux organisations déjà expérimentées. Pour un niveau décisionnel, il estime qu'une simulation idéale dure environ une journée, du début de la crise au début de la sortie de crise, et qu'elle dépasse rarement deux jours.

Les rôles dans un exercice

RôleMission
Directeur de l'exercicePilote la conception ; le jour J, dirige souvent l'animation
PlanificateursGroupe projet qui conçoit et prépare l'exercice
ExpertsApportent la vraisemblance technique et métier du scénario
Cellule d'animationEnvoie les stimuli selon le chronogramme, joue les acteurs extérieurs, s'adapte aux réactions des joueurs
ObservateursRegardent sans intervenir et notent forces et faiblesses ; le guide conseille de ne pas dépasser deux par salle
JoueursGèrent la crise simulée sans connaître le scénario à l'avance

Les quatre étapes de l'exercice

Frise en quatre étapes : concevoir (cadrage, objectifs, format), préparer (scénario, chronogramme, stimuli, deux à six mois), dérouler (le jour J), tirer les enseignements (retour d'expérience à chaud puis à froid, deux à quatre semaines après). Au centre, la scène du jour J : la cellule d'animation envoie des messages horodatés le long du chronogramme vers la cellule de crise des joueurs ; deux observateurs prennent des notes. À droite, les notes alimentent un plan d'action qui revient vers le dispositif de crise.
Les quatre étapes de l'ANSSI. Le jour de l'exercice, la cellule d'animation envoie des stimuli selon le chronogramme, les joueurs réagissent et les observateurs notent ; le retour d'expérience transforme ces notes en plan d'action.

Étape 1 : concevoir l'exercice

On constitue un petit groupe de planificateurs, puis on fixe le cadre : objectifs (le guide en conseille trois ou quatre par exercice), format, thème, durée, logistique et date. Le résultat est un cahier des charges. On identifie ensuite les parties prenantes : experts, animateurs, observateurs et joueurs. Annoncez la date plusieurs mois à l'avance et évitez de la reporter, ce qui démotive les participants.

Étape 2 : préparer l'exercice

  • écrire le scénario, à partir d'entretiens avec les experts et d'une menace réaliste ; le rançongiciel est le cas le plus courant, et c'est celui de l'exemple du guide ;
  • rédiger le chronogramme : le déroulé minute par minute, du début à la fin de l'exercice, avec les réactions attendues des joueurs ;
  • préparer les stimuli : messages, appels, fausses dépêches, questions de journalistes, en variant le rythme pour alterner tension et attente ;
  • produire les documents : dossier de mise en situation pour les joueurs, grille d'observation ;
  • briefer séparément animateurs, observateurs et joueurs.

Étape 3 : dérouler l'exercice

Le jour J, la cellule d'animation met les joueurs en situation, suit le chronogramme et rend les impacts concrets (« les urgences n'ont plus accès aux dossiers »). Elle s'adapte au rythme des joueurs : si une décision inattendue est prise, on improvise plutôt que de forcer le scénario. L'exercice se joue avec les vrais outils de crise : salle, annuaire papier, téléphones de secours, main courante.

Étape 4 : tirer les enseignements

Le guide prévoit un retour d'expérience à chaud, idéalement juste après la fin du jeu, puis un retour d'expérience à froid, deux à quatre semaines plus tard, appuyé sur les notes des observateurs. Un rapport écrit et une restitution à la direction clôturent l'exercice. Les actions qui en sortent doivent être suivies comme n'importe quel plan d'action, faute de quoi le même défaut ressortira à l'exercice suivant.

Exemple : l'exercice de l'hôpital du fil rouge

Un an plus tard, lors de la vraie attaque décrite dans le chapitre gestion de crise cyber, ces trois actions ont fait gagner des heures. Après la crise, l'hôpital a programmé une simulation complète, avec une cellule d'animation, pour tester cette fois la reprise informatique et la relation avec les prestataires.

Ressources pour se lancer

Le guide de l'ANSSI comprend onze fiches pratiques (objectifs, cahier des charges, scénario, chronogramme, pression médiatique, observation, retour d'expérience…) illustrées par un exercice complet sur un rançongiciel. L'ANSSI met aussi à disposition des kits d'exercice prêts à l'emploi pour certains publics, dont les collectivités territoriales et l'enseignement supérieur et la recherche. Pour structurer le reste de votre démarche, revenez à l'accueil du guide ou consultez le glossaire.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un exercice de crise cyber ?

C'est une simulation au cours de laquelle les personnes chargées de gérer une crise affrontent un scénario fictif de cyberattaque, pour vérifier et améliorer l'organisation, les outils et les réflexes. Il se conclut par un retour d'expérience et un plan d'action.

Combien de temps faut-il pour préparer un exercice de crise cyber ?

Selon le guide de l'ANSSI, environ six semaines pour un exercice sur table, et deux à six mois pour une simulation avec cellule d'animation, selon sa complexité.

À quelle fréquence organiser un exercice de crise ?

Au moins une fois par an est la pratique de référence, et c'est l'exigence de DORA pour les entités financières. Alterner exercices sur table, tests techniques de restauration et simulations complètes permet de couvrir tout le dispositif.

Qu'est-ce qu'un chronogramme d'exercice ?

C'est le tableau qui fixe le déroulé de l'exercice, du début à la fin : à quel moment chaque stimulus est envoyé, par qui, à qui, et quelle réaction est attendue des joueurs.

Quelle différence entre retour d'expérience à chaud et à froid ?

Le retour d'expérience à chaud se fait juste après l'exercice, pour recueillir les impressions de chacun. Le retour d'expérience à froid a lieu deux à quatre semaines plus tard, avec du recul et les notes des observateurs, et aboutit au rapport et au plan d'action.

Sources

Ce chapitre résume et reformule les publications officielles ci-dessous. En cas de doute, le texte officiel fait foi.

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